21 septembre 2007

My heart goes boom

David Hockney

Six mois ! Six mois que je me trimballais une douloureuse douleur dans la poitrine, la poitrine gauche, au niveau du coeur, au niveau de mon coeur... Pourtant d'un naturel optimiste, j'ai commencé par imaginer le pire. Fin mai-début juin, en pleine période de partiels, je m'imaginais déjà mourir d'un arrêt cardiaque entre deux rames de métro, entre deux séances de cinéma. Pourtant, je rechignais à consulter un médecin. Je dois bien avouer que je n'ai toujours pas de médecin traitant. Je n'ai pas vu de docteur depuis au moins trois ans. J'espérais que les vacances, le calme, la quiétude dans laquelle j'allais bientôt végéter calmeraient les ardeurs de mon coeur. Pour moi ça ne faisait aucun doute, mon coeur allait bientôt cesser de battre. Faute de ne pas savoir aimer, faute de ne pas être aimé, il allait finir par se flétrir jusqu'à ne plus être en mesure d'insuffler le souffle de vie nécessaire ma grande carcasse. Chaque matin, la douleur revenait. Chaque lever était une torture. Je restais parfois plus de trente minutes, allongé dans mon lit sans pouvoir bouger, réprimant parfois un cri de détresse causé par l'élancement. Autour de moi, on me conseillait d'aller voir un médecin. Mais, je n'en faisais qu'à ma tête. J'avais peur de son diagnostic. Je voulais partir à Noirmoutier le coeur léger.

Malheureusement, une fois là-bas, la douleur s'est intensifiée. L'angoisse aussi. Chaque mouvement effectué sur ma serviette me faisait grimacer. Les traits de mon visage témoignaient de la douleur qui me rongeait de l'intérieur. Je commençais à songer sérieusement à consulter un spécialiste. La douleur optimiste avait laissé place à une certaine appréhension. N'allez pas croire pour autant que je vivais dans l'angoisse du lendemain; mon pessimisme a ses limites. Mais il m'arrivait quand même d'y penser ne serait-ce que parce les douleurs se faisaient de plus en plus fréquentes, de plus en plus piquantes. Pourtant, elles ne revenaient que lors d'un effort très particulier : le passage de la position allongée à la position assise. Aucune douleur lorsque je faisais du vélo, lorsque je nageais, lorsque je courais derrière un ballon... C'est pour cette raison que, progressivement, j'ai abandonné la piste du souffle au coeur. Rapidement, j'ai su ce que j'avais. J'en étais sûr. J'en étais convaincu : j'avais une côte cassée qui pressait sur mon coeur.

Mon diagnostic était correct. Ce matin, à la première heure, j'ai vu mon kiné. Enfin. Il m'a examiné debout, assis, couché sur le dos, puis sur le ventre. Il m'a tripoté, il m'a palpé, il m'a ausculté puis la sentence s'est faite entendre, non sans avoir trouvé le moyen de me ridiculiser en confondant ma droite et ma gauche, la quatrième côte de gauche est déplacée. Il ne prononça que ces quelques mots de toute la séance. Mon kiné est encore plus introverti que moi. Mais son efficacité est inversement proportionnelle à sa volubilité. Une main sous mon dos, une autre sur ma poitrine, ses 90 kilos de muscles par dessus et le « crac » tant attendu se fait entendre. Maintenant ma côte est de nouveau en place, de nouveau à sa place. J'ai encore un peu mal. Il paraît que c'est normal, que les tissus doivent encore être abîmés, irrités par ces six mois de frottements intempestifs. Mais je suis soulagé. Ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais mourir.

19 septembre 2007

Petite annonce


Je veux faire sauter la Bourse de Paris, Wall Street, la City, la Bourse de Francfort et la Bourse de Tokyo.
Je veux réduire en un amas de sang et de chair les traders et les courtiers.
Je veux provoquer un krach mondial généralisé qui permettrait de mettre en place un nouveau modèle de société.
Je veux faire construire sur les décombres des différentes places boursières, un temple dédié à la connerie humaine, un monument dénonçant l'irresponsabilité du grand Capital.
J'ai besoin de personnes motivées et d'explosifs performants.
Qui est prêt à me rejoindre pour fomenter une vague d'attentats simultanés sur toutes les places financières mondiales ?

La passion de la destruction est une passion créatrice.


18 septembre 2007

Meet the fockers


Si tu es blonde à forte poitrine et que accessoirement tu as un blog sur lequel tu ne parles ni du dernier téléphone ҊѬѠ, ni de la dernière console ЖϘζ, ni de la nouvelle collection ΨҊص, alors tu es la bienvenue à la rencontre de bloggeurs "normaux" qui aura lieu le 4 octobre à la Bananeraie.
Pour t'inscrire, une seule adresse : Le Blog de Lou, la grande prêtresse de ce rendez-vous hors du commun.
(si tu es un homme tu peux venir quand même...)


16 septembre 2007

Fête de l'Huma 2007

Plus exotique que Rome, plus sulfureux que Noirmoutier, plus étourdissant que la Bretagne, plus lumineux que Reims, mon ultime lieu de villégiature estival fut la Seine-Saint-Denis, plus précisément la petite ville de Livry-Gargan où je vécus deux ans après mon bac. C'est donc avec une certaine nostalgie que je suis redevenu le temps d'un week-end un citoyen à part entière du 9-3. Quelle horreur la banlieue ! Tous ces petits pavillons, avec leurs petits jardinets et ces petites gens minables qui vivent une vie pathétique et qui ne s'en rendent même pas compte... C'est déprimant ! Rien que de voir ça, ça m'a donné le cafard ! D'ailleurs, en parlant de cafard, j'en ai trouvé en rentrant chez moi qui tournait autour d'une de mes toiles. Immédiatement, je me saisis de l'insecte avec un sopalin, je le mis dans le lavabo, courus chercher un briquet et foutus le feu au sopalin ! C'était jouissif ! Le susurrement du feu qui léchait le papier et le grésillement quand le cafard a grillé... Espérons que je n'ai pas fait là un geste anti-révolutionnaire !

En effet, heureusement que le PCF était là pour me remonter le moral et me donner l'espoir des lendemains qui chantent ! Ainsi, outre un débat en espagnol faisant l'apologie de Chavez et le discours annuel dictant la ligne de conduite du PCF, j'ai évidemment pu assister à une dizaine de concerts tous plus réussis les uns que les autres... Il y a quelques jours, je disais que j'avais envie de vivre plein de première fois, voici ma première fête de l'Huma et il est clair que j'en garderai un très bon souvenir...

Le plus électrique
Luke

Le plus déchainé
Iggy Pop and the Stooges

Les plus amusants
Les Ogres de Barback

Le plus classique
L'orchestre philharmonique de Radio France reprenant West Side Story
ainsi qu'une première partie accompagnée d'un montage génial de vidéos de Buster Keaton.


Les plus "ratés le début à cause de la navette RATP"
The John Butler Trio
(que j'ai envie de voir à l'Olympia)


La plus chiante
Ayo

La plus sexy
Olivia Ruiz

Le plus sexy
Johnny Borell du groupe Razorlight

Le plus contestataire
Renaud
(il concourrait aussi pour la catégorie "massacre de chansons géniales")

Sans oublier le plus nutritif : un petit groupe faisant des reprises de James Brown au stand du PCF du 11e où j'ai pu mangé (et surtout boire des bières) samedi soir. Faudra quand même qu'on m'explique pourquoi les bières coûtent 5 euros à Solidays et à Rock en Seine alors qu'elles ne coûtent que 1 euro 50 à la Fête de l'Huma... Il faudra m'expliquer pourquoi on nous fouille pendant 15 minutes à l'entrée de l'Hippodrome de Longchamp et du Domaine de Saint-Cloud et pas à l'entrée du Parc de la Courneuve... Il faudra aussi m'expliquer la présence de policiers en civil arrêtant à la chaîne des jeunes ayant des têtes de fumeurs de haschich le dimanche soir... Il faudra aussi m'expliquer ce que font les vendeurs de tshirts de Tokyo Hotel dans l'enceinte du parc... Il faudra m'expliquer comment François Hollande a pu débattre à l'Agora de l'Humanité sans se faire immoler par les cracheurs de feu qui oeuvraient pas loin... Il faudra m'expliquer pourquoi ce n'est pas Marie-Georges qui a pris la parole dimanche après-midi... Il faudra m'expliquer pourquoi le stand du PCF du 13e était nul à chier... Il faudra m'expliquer pourquoi le PCF n'a fait que 2% aux élections présidentielles...

Rien que pour avoir l'immense plaisir de manger des Pepito en buvant de la bière chaude avec l'Internationale entonnée par 100 000 personnes en fond sonore, je vous conseille de vivre une Fête de l'Humanité ! Maintenant je n'ai plus aucun doute, la société idéale est communiste ! On pourra boire de l'alcool - même du Champagne au PCF de Reims -, fumer de la beuh, danser toute la nuit, écouter de supers concerts, se rouler dans l'herbe, se faire piétiner, sniffer du dread-lock moisi, courir tout nu, taper dans ses mains quand on entend "prolétaires" et siffler quand on entend "bourgeois", porter l'uniforme "Che", pisser dans la nature, vomir dans les allées... Qui a dit que la lutte des classes c'était classe ?

14 septembre 2007

Mais où va la Culture ?

Quid de la gratuité des musées ? Promesse sarkozyste aux dernières élections présidentielles, elle semble remise en cause par la Ministre de la Culture, Christine Albanel qui souhaiterait plutôt l'expérimenter sur les 18-25 ans. Néanmoins, elle va prochainement lancé un test grandeur nature dans différents musées (à Paris, seuls le musée Guimet et le musée du Moyen-Age sont concernés) qui devrait prendre effet dès le 1er janvier 2008. Même si a priori cette mesure semble alléchante, elle n'est pour moi que pure ineptie. La Culture ne peut pas et ne doit pas être gratuite. Il est dommageable de donner l'impression que la Culture est gratuite. A l'heure où la lutte contre le téléchargement est au coeur des interrogations, je trouve que cette mesure va à l'encontre de la mentalité de Sarkozy. Loin de moi l'idée de sacraliser l'Art mais, à mon avis, la gratuité déresponsabiliserai les visiteurs. Il me semble bien plus intéressant de développer les cartes d'abonnement (type Laissez-Passer ou Carte Sésame), voire de favoriser les nocturnes gratuites pour une certaine catégorie de la population (étudiants, chômeurs...). Moi, je veux faire raquer les millions de touristes qui viennent en France chaque année ! Et pourquoi les musées deviendraient gratuits et pas les concerts ou le théâtre ? Cela pose la question de l'accès à l'offre culturelle dans son ensemble...

Par ailleurs, c'est une réforme qui a un coût énorme. Qui va payer ? Les musées demandent de l'entretien, les oeuvres ont besoin de restaurations régulières, les nombreuses expositions temporaires nécessitent de lourds moyens, le recrutement de personnel est inéluctable... La France ne peut pas se permettre de rendre ses musées gratuits. D'autant plus que cela n'aurait aucune incidence sur la sacro-sainte démocratisation de la Culture. Qui nous dit que la gratuité des établissements publics attirera les exclus de la Culture ? Il n'y a qu'à voir qui fréquente les musées lors des happenings libres d'accès pour se rendre compte du faible impact d'une telle mesure. Il est bien plus intéressant et pertinent de tenter de sensibiliser les gens dès leur plus jeune âge en mettant en place des cours d'histoire de l'Art dès la maternelle. Bien moins coûteuse, cette mesure n'en est que plus efficace.

Autre volonté sarkozyste passée inaperçue et bien plus inquiétante que la gratuité des musées, c'est son envie d'aliéner le patrimoine national. En terme simple, notre cher président a demandé à la ministre de la Culture de réfléchir à comment liquider les oeuvres acquises par la France au fil des âges. Alors que les musées néerlandais ont mis en vente plus de 100 000 oeuvres sur ebay, on peut s'interroger sur les raisons qui poussent notre président à aller chercher systématiquement ce qui se fait de pire à l'étranger. Comment peut-on imaginer un seul instant brader notre mémoire, notre patrimoine, notre héritage commun ? Une telle haine de la Culture et de l'intelligentsia me laisse plus que pantois. Cela fait douloureusement écho à la petite phrase lâchée avec perfidie par la Ministre de l'Economie : « Assez pensé maintenant, retroussons nos manches. » Qu'espère-t-il ? Boucher le trou de la Secu en se débarrassant de deux ou trois Picasso ? Rembourser la dette en dégageant La Joconde du Louvre ? Espérons qu'une fois de plus, Nicolas Sarkozy brasse du vent, promettant des dizaines de choses à tort et à travers, s'excitant pour avoir l'impression d'exister.

13 septembre 2007

La Bretagne, ça vous gagne !

La Bretagne ! Les crêpes, le cidre brut, les crabes, le kouign-amann, les ormeaux, les korrigans, les farfadets, les toits d'ardoises, le varech, les volets bleus, le granit, les coquillages, l'Ankou, la mer couleur turquoise... et mes grands-parents ! Me voilà confronté à la fameuse droite décomplexée... Pendant cinq jours, j'ai manié le sous-entendu et l'ironie de manière assez offensive pour contrer chacune de leurs élucubrations les plus grotesques... A ce petit jeu-là, ce fut ma grand-mère la plus tenace, mon grand-père ayant rapidement compris qu'il valait mieux parler théâtre et cinéma pour espérer me revoir l'année prochaine... Preuve de mon admirable force de persuasion, ils ont fini par faire les mots croisés et les sudoku à la fin de Libération... Ils finirent même par admettre qu'ils étaient plus difficiles que dans le Figaro... Voilà la preuve irréfutable de la supériorité intellectuelle de la gauche sur la droite !Qui dit séjour en Bretagne, dit aussi visite à la famille. Quelle plaie d'avoir des racines bretonnes ! Quatre ans que je n'y avais pas mis les pieds, boudant ma famille maternelle pour me réfugier à Noirmoutier... Je fus accueilli comme le fils prodigue... Il faut croire que je leur avais manqué au grand-oncle alcoolique, à la grand-tante antisémite et à l'autre grand-oncle victime de la maladie d'Aizheimer qui répétait de manière mécanique toute les cinq minutes : « Eh ben voilà ! » et n'hésitait pas à redemander trois ou quatre fois si le boulanger qu'il avait vu le matin-même était mort... Ce fut un dîner épique ! Digne d'une pièce de théâtre de l'absurde... Des dialogues sans queue ni tête où chacun y allait de sa petite anecdote pour démontrer le fléau que représente les noirs, les juifs et les arabes, les vertus procurées par le vin rouge, le tout ponctué de « Eh ben voilà ! » apathiques et déconnectés de toute réalité circonstancielle.
Mais attention, n'allez pas croire que mes quelques jours passés au bord de la mer furent aussi atroces que ces quelques anecdotes assez effrayantes... Je fus en effet surpris par le temps idyllique que j'eus pendant presque une semaine... Il a fait beau ! Il a fait chaud ! Un vrai temps estival, celui-là même que je n'avais pas eu cet été. Promenades sur les dunes, courses sur les rochers, sorties en bateau, baignades en pleine mer... Je crois que c'est la première fois de ma vie que je me baigne en septembre ! Certes l'eau était fraîche (surtout par rapport à la piscine sur le toit...) mais je dois bien reconnaître que ça fait du bien... Je crois même avoir repris quelques couleurs perdues lors de ma période de « révisions ».De plus, ce court séjour me permit de me culturer un petit peu avec la visite de la magnifique rétrospective Yves Tanguy au Musée des Beaux-Arts de Quimper, de l'exposition consacrée à Bernard Buffet et la Bretagne au Musée Départemental Breton et l'exposition « Primitifs » à l'Abbaye de Daoulas. Sans oublier les lectures sur la plage (Kafka, Colette, Camus, Steinbeck...) et les parties de Scrabble nettement plus serrées qu'à Noirmoutier même si je vainquis allègrement mon adversaire...
De Quimper à Brest, de Locronan au Guilvinec, de la plage au port, du rivage à la pleine mer, de crêperies en musées, je fus partout. Quelques résurgences de mes vacances passées, quelques souvenirs de mon enfance ressurgirent lors de ce court séjour. Et une question : pourquoi ça a tant de charme la Bretagne ?

08 septembre 2007

Kenavo Paris

Dans quelques heures je partirai décompresser ici :
(on voit même la maison de mes grands-parents avec de bons yeux...^^)
pour tenter de revivre ça :
ou ça...
craquant isn't it ?

Retour à temps pour la Fête de l'Huma !


(même pas honte)

06 septembre 2007

Gotan Project

Comme je n'aime pas le sport, je ne parlerais pas de rugby sur ce blog... Cependant, en marge des matchs au stade de France, la municipalité de Saint-Denis a organisé une série de concert avec des têtes d'affiche assez prestigieuses telles que Les Wampas, Sanseverino, The Rakes et surtout, ce soir, après la risible défaite de la France face à l'Argentine, un concert gratuit de Gotan Project... Et, sur ce blog, l'amour que l'on porte au Tango est inversement proportionnel à l'amour que l'on porte au rugby, l'amour que l'on porte à Gotan Project est inversement proportionnel à celui que l'on porte à Bernard Laporte... Malheureusement, avant de pouvoir profiter du spectaculaire spectacle offert par le groupe franco-argentin (admirez la symbolique d'un tel concert...^^), je me suis vu infligé plus de 20 minutes de la deuxième mi-temps : la foule qui scandait le nom de Chabal, les cris qui retentirent lorsque les argentins ratèrent leurs pénalités, les déceptions sur les visages... Que c'est beau de voir autant de ferveur populaire dans ce Village RugbyColor... Cela étant dit, l'attente en valait la chandelle... Surpris de voir autant de musiciens sur scène : piano, violons, alto, guitare, violoncelle, le tout mixé avec de l'électro... Je m'attendais à voir deux DJs et une chanteuse donc autant dire que j'ai été enchanté de découvrir la composition du groupe... Surpris par le peu de spectateurs qu'a réuni le concert... Je m'attendais à une marée humaine pour acclamer ce groupe magique mais finalement, c'était relativement raisonnable... Evidemment, il m'a fallu supporter l'horrible odeur de cigarettes, de cigarillos et de bières renversées pendant les 1h15 du concert ainsi que la fameuse troisième mi-temps dans le métro qui me ramenait à Paris mais je suis vraiment content d'avoir pu voir ce concert grâce à la mairie de Saint-Denis (oh tiens mais c'est pas une mairie communiste ça ?). En plus, ça m'a permis de voir en chair et en os la bloggeuse la plus intéressante et la plus jolie de Paris : Lou !
Une soirée qui m'a donné envie d'apprendre à danser le tango ! ;)

03 septembre 2007

Souvenirs de rentrée...

Mary Cassatt

Il y a deux ans exactement, c'était la rentrée de ma deuxième année de "classe préparatoire au concours d'entrée à l'ENS Cachan - section économie". La 2D2. Comme un fait exprès, je ne m'étais pas réveillé ce matin là. Je suis donc arrivé avec deux bonnes heures de retard, ratant par la même occasion la photo de classe et le petit déjeuner offert par l'établissement. Evidemment, ma professeur d'économie qui m'aimait passionnément n'a pas manqué de me faire des reflexions acerbes sur cet événement assez insignifiant... Deux mois plus tard, alors que j'annonçais ma démission, elle m'en tenait toujours rigueur, estimant que cela traduisait déjà ma faible motivation et symbolisait mon absence d'investissement dans le cadre de la prépa. Ce n'est quand même pas de ma faute si je suis rock'n'roll dans l'âme (et accessoirement un glandeur de niveau interstellaire). Après plusieurs semaines de tergiversations, d'absences répétées en cours de maths, puis en cours de maths et en cours d'économie, puis en cours de maths, d'économie et d'espagnol, j'ai fini par renoncer complètement à finir l'année en prépa... Il faut bien reconnaitre que j'ai fait parler de moi quand j'ai claqué la porte du lycée. La première lettre a divisé l'équipe pédagogique en deux, ceux qui me soutenait dans ma démarche et ceux qui ne la comprenait pas, la deuxième a clos le dossier : j'étais la bête noire à éliminer ! Aujourd'hui, je ne regrette absolument pas de les avoir écrite... Même si elles m'ont valu d'être éjecté du module Sciences-Po après seulement deux semaines de cours, je suis heureux d'avoir pu aller jusqu'au bout de ma démarche. De toute façon, je n'aurai vraisemblablement jamais été pris dans un IEP... Aujourd'hui, avec une certaine nostalgie et un amusement évident, je suis fier de vous dévoiler ces lettres. Excusez le style parfois un peu enfantin et les références quelques peu douteuses (on retrouve encore ma fascination pour Beigbeder...) mais j'étais un jeune rebelle (avec un skyblog...) à l'époque, pas encore aguerri à l'art de l'écriture !


Première Lettre (novembre 2006)

Objet : Démissionner ! (Enfin !)

Madame, Monsieur,


Voici ma lettre de « démission » que je vous adresse afin de vous faire part de ma « démission », normal me direz vous étant donné que c'est une lettre de « démission ». Je trouve ce mot ridicule, étonnant quand on voit que je viens de l'utiliser trois fois dans la même phrase. Je ne vois pas en quoi mon départ peut s'apparenter à une démission mais bon vous m'avez demandé de vous adressez une « lettre de démission » et c'est désormais chose faite. Dans cette lettre, j'ai cherché à être original, clair, concis et surtout drôle comme mon idole (parler d'idole est peut être un peu exagéré mais je reconnais lire avec plaisir ces livres et admirer sa manière de s'exprimer lors de ses apparitions télévisées), Frédéric Beigbeder, qui je vous le rappelle a fait Science Po puis a été chroniqueur à Voici ce qui montre bien que le fait de rendre une dissertation digne d'un journaliste de Voici ou Gala n'est pas forcément une honte en soi vu que j'ai beaucoup d'estime pour Frédéric Beigbeder.


Dans un premier temps, j'ai pensé envoyer une feuille blanche avec juste écrit les mots « je démissionne ! » avec des lettres découpées dans un journal. C'est alors qu'est apparue la première difficulté. Quel journal prendre ? Le fait d'acheter le Figaro ou La croix m'aurait donné de l'eczéma, le Monde me semblait trop sérieux pour ce petit jeu, découper 20minutes ou Métro aurait dévoilé une certaine pingrerie et finalement il m'aurait déplu de découper Libération. C'est pour cela que j'ai abandonné cette idée somme toute assez ridicule.
Cependant, je voulais absolument vous faire part de mon départ de manière peu conventionnelle. C'est alors qu'apparut l'idée de vous remettre un support audio ou vidéo. Mais là encore un problème apparaissait : Pouvait-on encore parler de lettre de démission en dehors du support écrit ? Changeant encore une fois mon fusil d'épaule, je suis arrivé au résultat suivant, résultat qui est, je vous le concède, largement inspiré du dadaïsme. Eh oui, prenant à cœur ma fort probable poursuite d'étude en médiation culturelle, j'ai profité des vacances de la toussaint pour me rendre au centre Georges Pompidou afin de voir l'exposition Dada. Je ne peux pas dire que j'ai forcément accroché mais j'ai eu un véritable coup de foudre pour les œuvres de Picabia qui est pour moi un véritable génie.
µ ==> lettre de démission

Bon d'accord, vous n'êtes pas obligés d'aimer mon humour mais reconnaissez que vous n'avez jamais reçu de lettre aussi originale. Enfin j'espère que le prof de maths appréciera mon geste : j'ai utilisé une lettre mathématique. D'autant plus qu'il y a un sens caché sous l'apparent non sens de la situation. Ainsi, les êtres éclairés comprendront que le véritable motif de ma démission est l'enseignement des mathématiques non adapté à mon piètre niveau. Je reconnais qu'il est un peu facile de mettre les mathématiques au cœur de mon échec en CPGE mais bon pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?? (hihihi j'ai beau avoir des chaussettes Shadock, je ne peux pas dire que j'adhère à 100% à leur célèbre proverbe !!!). Vous remarquerez que j'abrège volontairement le passage où je suis sensé analyser les différentes causes de mon échec car je pars du principe qu'il est trop tard pour revenir en arrière et je pense que l'entretien que j'ai eu avec Mme G. a été suffisamment révélateur à ce niveau là.

Voici venu le moment tant attendu des remerciements. Je vous rassure, il n'y aura pas de liste à rallonge comme lors des remises d'Oscars ou de César pour la simple et bonne raison que je n'ai pas de producteur qui a cru en moi. Ainsi, je tiens particulièrement à remercier Mme R. qui m'a permis de faire d'énormes progrès en anglais, M Drob. et M V. (oups il n'est plus là !!!) pour leur gentillesse, Mme C. pour les problèmes importants qu'elle soulève dans ses cours et M Da. même si je regrette mon manque de travail en fin de première année. Je crois n'avoir oublié personne ...


Avant de vous quittez définitivement, je voulais vous souhaiter une bonne continuation et une bonne fin d'année dans ce merveilleux établissement aux allures de prison ! J'ai remarqué en faisant mes courses au supermarché il y a quelques jours que les cadeaux de Noël étaient déjà dans les rayons et j'en profite donc pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de fin d'année. D'ailleurs, j'aimerai bien que le père Noël m'apporte plein de cadeaux et donc si une personne qui lit cette lettre le connaît personnellement, qu'elle n'hésite pas à lui transmettre la liste ci-jointe (rassurez vous, je n'ai pas osé la joindre de peur de vous importuner avec du courrier inutile).


Seconde Lettre (janvier 2006)

Monsieur le Proviseur,

Ne croyez pas que j'écris cette lettre pour vous harceler ou pour régler mes comptes avant de disparaître définitivement de votre vie. Ceci n'est donc ni un réquisitoire à l'encontre de votre lycée, ni un pamphlet cherchant à humilier qui que ce soit mais bel et bien le fruit de mon expérience au sein de votre établissement pendant quasiment un an et demi. Comme vous vous en doutez, cette expérience a été particulièrement négative et ma lettre ne sera peut-être pas forcément agréable à lire mais je tenais à l'envoyer afin que vous connaissiez le fond de ma pensée sans avoir recours à l'implicite comme dans mon premier courrier.


J'en profite donc pour revenir quelques instants à ma précédente lettre. Je tiens à préciser qu'elle avait une visée purement comique et originale et que rien ne laissait présager une telle réaction de la part de gens adultes et intelligents. Mais peut-être la susceptibilité de certain(e)s a t'elle été touchée ? N'étant pas d'un naturel susceptible, c'est quelque chose que je ne peux pas comprendre mais sans doute ces personnes ont-elles leurs raisons ? Sachez tout de même qu'elle a eu sur moi des bienfaits psychologiques non négligeables et que, encore aujourd'hui malgré les conséquences fâcheuses que son envoi a pu avoir, je ne regrette pas de vous l'avoir transmise. Cependant, j'ai vraiment du mal à comprendre comment des professeurs peuvent chercher à nuire volontairement à un élève. Le rôle de l'école n'est-il pas au contraire d'offrir une chance à chacun ? J'en conclus donc que je suis tombé sur des personnes taraudées par un profond mal-être dissimulé sous un vernis de bonne humeur qui aurait tendance à se craqueler lorsqu'elles sont touchées dans leur amour propre. En effet, on est en droit de s'interroger sur les compétences pédagogiques d'une personne qui prend un malin plaisir à rabaisser autrui pour pouvoir se mettre en valeur ... Je pense évidemment à Mme G. en écrivant ces lignes. Fort heureusement, je tiens à préciser que cette lettre n'est pas généralisable à tous les professeurs. Ainsi, je tiens à nouveau à remercier Mme R. et M Drob. pour tout ce qu'ils ont fait pour moi.


Cela nous amène à la question primordiale que je me pose et qui est la suivante : « Pourquoi l'administration de votre lycée ainsi que certains professeurs sont-ils aussi hautains à l'encontre des jeunes mais aussi de leurs parents ? ». Pensez-vous que mettre une telle barrière, un tel fossé entre les élèves et leurs professeurs ait un quelconque effet sur les résultats scolaires ou le comportement de vos élèves ? Pensez-vous que ceci ait une quelconque incidence sur le prestige de votre établissement ? Je vous laisse le choix de vos réponses mais je tiens à préciser que j'ai découvert bien plus d'humilité et de modestie chez vos « confrères » du lycée Schweitzer ou encore de la Sorbonne dont la réputation n'est pourtant plus à faire. Tout comme Rousseau dans Emile ou De l'éducation, je pense sincèrement qu'un système rigoriste nuit fortement à l'épanouissement personnel, mais aussi scolaire, de l'élève. La pédagogie ne préconise-t-elle pas l'écoute et la compréhension des élèves (en difficulté) ?
C'est cette qualité d'écoute qui manque cruellement à votre établissement. Le lycéen, comme l'élève de prépa finalement, est traité sans aucune considération ... Il n'a pas son mot à dire et c'est pourquoi, dans mon premier courrier, j'ai eu recours au mot « prison » pour qualifier votre établissement, ce qui m'avait d'ailleurs été reproché. Je ne m'arrêterai pas aux éléments « visibles » (carte à l'entrée, sonnerie, « rondes » des surveillants, carré « fumeurs », interdiction de téléphoner ...) qui m'étaient totalement inconnus en arrivant en Seine-Saint-Denis mais qui semblent être monnaie courante dans les établissements de banlieue parisienne. J'aimerais donc vous rappeler un épisode qui m'a profondément marqué et que l'on pourrait rapprocher de certaines brimades policières. Ainsi, au mois de juin 2005, deux autres « étudiants » (Adrien F.et Sandrine H.) et moi-même avions été convoqués par le Proviseur adjoint de l'époque, M. L., et Mme G.. Ceux-ci nous ont fait patienter pendant près de deux heures dans la salle d'attente, sans aucune explication ni excuse ! C'est évidemment une situation devant laquelle on ne peut que s'indigner. Est-ce vraiment la meilleure manière pour un chef d'établissement d'asseoir sa suprématie ? De plus, le fait d'essayer d'empêcher les élèves de faire grève l'an dernier est pour moi une atteinte grave aux libertés du lycéen d'autant plus que leur mécontentement était parfaitement justifié au vu des textes Fillon. Je ne trouve pas de mot pour qualifier un tel comportement si ce n'est peut-être en détournant l'expression de George Orwell : « Big Proviseur is watching you ! ». Quoique. Est-ce vraiment le proviseur qui tire les ficelles dans cet établissement ? Ne se laisse-t-il pas plutôt manipuler par « l'intelligentsia boullochienne » (pour reprendre l'expression d'un de vos anciens professeurs) en manque de pouvoir ? Vous êtes le seul à pouvoir y répondre mais croyez-moi, vous aviez l'occasion de prouver au moins une fois que vous aviez un minimum d'autorité sur votre corps professoral ... Vous avez laissé passer cette occasion !

Veuillez accepter, Monsieur le Proviseur, mes vœux de bonne année les plus sincères. (Il faut reconnaître que la prépa laisse quelques traces d'hypocrisie par ci par là mais à qui la faute ?)

Dams, Mel, LN et moi à Hyde Park

Voilà comment faire un nouvel article avec du vieux. Je suis le roi de la récupération. Dans quelques années, comme Gilles Lipovetsky (un auteur imposé en prépa), j'en arriverais à me citer moi-même, à auto-promouvoir mes propres propos. En plus, je dois bien admettre que résumer mon passage en classe prépa à ces deux lettres serait un peu péjoratif car j'y ai aussi vécu des moments exceptionnels. Outre le fait d'avoir pu quitter le cocon familial rémois, d'avoir pu affirmer mes goûts artistiques, d'avoir pu découvrir la capitale en long, en large et en travers, d'avoir pu voir 5 à 6 films au cinéma par semaine et plus du double en divx, d'avoir pu partir à Londres, la classe prépa m'a permis de rencontrer Damien, Mélissa et Hélène qui me sont très chers ainsi que d'autres personnes que je revois toujours avec plaisir !

Avant de quitter la prépa, Madame G., ma professeur d'économie, m'avait assuré que je n'aurai jamais le DEUG et encore moins la licence si je démissionnais. L'année dernière, j'ai invalidé la première moitié de sa phrase (tout juste je vous le concède) avant de rejoindre la Sorbonne et demain, c'est à moi de jouer pour contrecarrer la deuxième moitié ! Wait&See...