30 mai 2008

Récit d'une opération au laser EXCIMER

Neuf heures, je pénètre dans le Centre Laser Victor Hugo près de la Place de l'Etoile. Mon ophtalmologiste – je persiste et signe !^^ - m'attend déguisé en Schtroumpf. Il me fait patienter quelques minutes. Le stress s'est emparé de moi la veille au soir. Heureusement, l'humour d'une amie m'accompagnant détend l'atmosphère. Et les vases débordant de lunettes devenues inutiles me rassurent. Quelques minutes plus tard, une infirmière m'emmène faire une topographie cornéenne afin de vérifier que l'opération est faisable. En effet, la semaine dernière, après mon rendez-vous pré-opératoire, un doute subsistait : ma cornée gauche n'était pas suffisamment épaisse par rapport à ma forte myopie. Finalement, il s'avère que je suis bel et bien opérable. Je patiente à nouveau quelques minutes dans les luxueux fauteuils de la salle d'attente. Puis je suis contraint d'aller payer. Plus cher que ce qui était prévu à l'origine. En même temps que je fais le chèque, je pense aux cinq aller-retour pour New-York que mes parents auraient pu s'offrir à la place de mon opération.

Peu avant neuf heures et demi, l'infirmière m'entraîne derrière elle. Je revêts une tenue de canari. Bonnet, tunique, chaussons. Et pénètre enfin dans le bloc opératoire. L'ophtalmologue est déjà installé. Je m'allonge. Je ne suis plus très conscient de la suite des événements. Je me souviens de dizaines de gouttes différentes que l'on dépose dans mes yeux, une telle quantité que je les sens dégouliner le long de ma nuque. Je me souviens des injonctions formelles de l'oculiste qui me répète de fixer la lumière rouge. Pour l'oeil droit, je reste calme. Je fixe le point lumineux. Au dessus de moi, je vois le laser faire son travail. Je sens son contact sur la surface de mon oeil, je le sens pénétrer à l'intérieur de moi, je le sens aplatir ma cornée, marquer son territoire comme un témoignage de son passage, graver de manière stoïque dans ma cornée incandescente. Les écarteurs me font souffrir. Je souffre d'autant plus qu'il paraît que j'ai de petits yeux qui obligent l'ophtalmologue à me pincer les paupières. Pour l'oeil gauche en revanche, je ne tiens pas en place. Je me mords l'intérieur des joues. Je n'arrive pas à rester concentrer sur la petite loupiote rouge. Mon oeil vagabonde d'est en ouest, du nord au sud. J'ai peur que mon excitation fasse rater l'opération. L'ophtalmologiste se veut rassurant et tente de me calmer. Je respire un bon coup. Les dizaines de produits disséminés sur ma cornée brouillent mes sensations. L'opération est tellement rapide que je n'ai pas le temps de souffrir, d'éprouver la douleur indicible que j'imaginais depuis plusieurs semaines, que je me préparais à affronter. Une dizaine de minutes plus tard, le médecin me libère. Je vois déjà mieux que quand je suis entré dans la clinique. J'ai la tête qui tourne. Il me fait asseoir pour que je puisse reprendre mes esprits. Je suis complètement déphasé. Et puis finalement, mon amie vient me sortir de ma torpeur. Son ton caustique me fait oublier les picotements. J'ai furieusement envie de me gratter, de frotter mes paupières jusqu'à ce que l'algie ne se fasse plus sentir. Heureusement, deux horribles globes de verre viennent couvrir mes yeux encore endoloris.Vers dix heures, nous reprenons le métro après s'être arrêtés dans une pharmacie acheter des petites gouttes que je dois mettre quatre fois par jour pendant une semaine. A huit heures, à midi, à seize heures, à vingt heures. Je me repère plutôt bien dans les couloirs. Je suis même étonné de la rapidité avec laquelle ma vue est revenue. L'ophtalmologiste avait été beaucoup moins optimiste la semaine dernière. J'observe le regard des gens qui me croisent. Un mélange de dégoût, de curiosité et d'amusement. Pour ma part, je m'amuse à les voir réprimer un sourire. Les enfants sont les plus honnêtes. Place Victor Hugo, une petite fille me regarde avec de grands yeux effrayés. A la sortie de la station Anvers, des gamins se moquent de moi, me montre du doigt en rigolant bruyamment. J'ai envie de les attraper et de les buter ces petits merdeux. S'ils avaient des pierres, ils me les jetteraient au visage. Si j'avais un bazooka, je m'en servirais sans arrière-pensées. La rue rodier est en pente et nous atteignons rapidement mon appartement. Je n'ai le droit de rien faire. Ni lire, ni écrire, ni regarder la télévision, ni aller sur internet, ni réviser mes cours, ni écrire de textos. Juste écouter de la musique, téléphoner et fermer les yeux pour tenter de faire cesser mon larmoiement incessant.

Ce matin, au réveil, ma vue était redevenue normale. Malgré un léger voile blanc dû à une sécheresse lacrymale, je vois parfaitement. Dix dixième m'a annoncé fièrement l'ophtalmologue tout à l'heure. Je cherche donc à me débarrasser d'un flacon de produit Opti Free, de lentilles Acuvue 2 (correction -6,00 et -7,00) et de dizaines de petites boites Opti Free. Contre un réveil qui projette l'heure au plafond par exemple ?^^

29 mai 2008

Monumental Serra



Richard Serra occupe la Nef du Grand Palais jusqu'au 15 juin. Artiste contemporain adoubé, il est l'invité de marque de l'édition 2008 de la monumentale Monumenta. Connu et reconnu pour ses immenses formes arrondies de Bilbao ou son labyrinthe d'acier au MoMA à New-York, il adopte ici un style résolument différent, une démarche épurée au maximum, se plaçant ainsi en rupture par rapport aux petites boites surchargées proposées par Anselm Kiefer l'an dernier.

Monolithes glaçants, alignements bigarrés, totems étourdissants, les cinq plaques métalliques agencées par Richard Serra sont autant d'obstacles imposants qui jouent sur la verticalité du lieu. Cette année, l'artiste a décidé de s'emparer du bâtiment dans son intégralité, de faire de la Nef du Grand Palais une oeuvre d'art à part entière, de se la réapproprier intégralement. Pourtant, sa réalisation in situ ne parvient pas à séduire totalement. Les plaques d'acier corten de 17 mètres de hauteur sur 4 mètres de large paraissent un peu ridicules face aux dimensions pharamineuses de la Nef. L'artiste voyait sa construction comme une matérialité mystique, comme le témoin d'un renouveau spirituel, comme le digne successeur de Stonehenge ou Carnac. Pourtant, un bref égarement parmi ses immenses stèles se révèle vide. Vide de sens, vide de talent, vide d'envie. Quand le visiteur pénètre dans la Nef, il est happé par le vacuum qui y règne, par l'absence de perspectives, par le manque de matière où poser son regard. L'horreur du vide le prend à la gorge. Un sentiment renforcé par l'impossibilité d'appréhender l'oeuvre dans son ensemble depuis l'accueil de l'exposition, celle-ci n'offrant que son profil lorsque le visiteur franchi le seuil de ce lieu magique.

La journée, les ombres de la toiture viennent imposer leur empreinte sur les plaques nues, sur les plaques que l'artiste a décidé de ne pas travailler. Une oeuvre brute de décoffrage. Un travail s'inscrivant parfaitement dans le courant du less is more des minimalistes américains. L'épuration poussée à son paroxysme. On peut y voir des traces, des marque, des rayures dues aux conditions de transport ou à l'installation. Les zébrures sont autant de témoignages de l'histoire de la sculpture, depuis sa conception jusqu'à son inauguration. Les stries font partie intégrante de l'oeuvre de Richard Serra. Un peu comme des veines sur un corps humain. La nuit, elles prennent d'ailleurs une autre dimension. Quand le soleil commence à se coucher, la Nef devient intimidante, inquiétante presque. Les cinq blocs de fonte se transforment progressivement en un spectre terrifiant, voire menaçant. Leur masse informe, sombre, austère se dresse vers le ciel bleuté. Lors de sa déambulation nocturne, le visiteur se sent insignifiant face aux 75 tonnes de chacune des plaques rouillées, le visiteur se sent opprimé par la taille écrasante de chacune de ces lames oxydées. L'éclairage angoissant – ou du moins l'absence d'éclairage spécifique – achève de transformer l'apaisant vagabondage noctambule en une implacable descente aux enfers.

Richard Serra a vu dans cet espace le lieu idéal pour se promener. Stimuler par le défi à relever, l'artiste s'est progressivement emparé du lieu pour y insuffler son génie. Sa sculpture propose donc une « promenade » parmi d'immenses stèles d'acier dressées vers le ciel et légèrement inclinées. Pourtant, son titre, volontairement bilingue, semble inadapté. Le bâtiment ne se prête pas forcément à la flânerie. La théâtralité de l'endroit lui a échappé. La Nef du Grand Palais n'est pas un lieu comme un autre. C'est une serre pregnante qui empêche de s'évader. C'est une cathédrale étouffante qui bâillonne la créativité. L'immense coupole enlève toute liberté au visiteur et, à aucun moment, l'oeuvre de Richard Serra ne parvient à échapper au musellement qu'impose la structure réalisée par Henri Deglane pour l'exposition universelle de 1900. L'errance se transforme en une marche du désespoir face à cette architecture architectonique, face à ce conflit entre un lieu historique et une sculpture contemporaine, face à cette confrontation entre la Nef du Grand Palais et la Promenade de Richard Serra. C'est une cloche de verre et d'acier qui oppresse celui qui ose y pénétrer. Le parfait opposé d'une balade solitaire et méditative au grand air du bord de mer. C'est une oeuvre lourde et massive qui oppresse celui qui ose l'observer. Le parfait opposé d'une ballade mélancolique et romantique qui s'élève dans les airs.

28 mai 2008

Baeresque ?

Friedensreich Hundertwasser


Si vous avez honte de votre vie en lisant mon blog, ce n'est sûrement pas de ma faute...

27 mai 2008

Le Roi Lion

Fan inconditionnel du dessin animé de Walt Disney, j'étais plutôt sceptique sur l'éventuelle comédie musicale Le Roi Lion. Pourtant, je dois bien reconnaître que j'aurais eu tort de ne pas y aller. Les décors sont ahurissants, les costumes saisissants et le tout est exubérant. Il est clair que le spectacle n'a pas volé ses Molières. Trois heures festives et endiablées pendant lesquelles le Théâtre du Mogador nous entraîne dans la savane africaine. Quelques passages méritent à eux-seuls le déplacement comme l'introduction absolument grandiose avec cet éléphant qui traverse le public, le rhinocéros, les gazelles, les girafes, les oiseaux et tous les animaux du royaume de Mufasa qui viennent célébrer la naissance de Simba. On peut également citer le passage où Scar excite les hyènes et leur promet de devenir roi ou encore la chanson entre Simba et Mufasa peu avant la mort de celui-ci. Effectivement, je crois que c'est la seule chanson qui parvient à atteindre celles du dessin animé original. Le gros problème de ce spectacle ce sont ses chansons, la pire étant sans aucun doute la transformation pitoyable de Je voudrais déjà être roi en Je veux super vite être roi. Dommage pour une comédie musicale. D'une part il y a la déception de ne pas pouvoir chanter les paroles que l'on connaît. Mais il y a également une déception due à la mièvrerie de la nouvelle bande-originale et à la voix pas toujours à la hauteur des artistes. Seule Rafiki est absolument sidérante. D'autres acteurs s'en sortent également très bien comme Zazu, Timon, Pumba, Mufasa, Scar et Ed, la hyène la plus drôle de l'univers. Mais les chansons ne parviennent jamais à séduire vraiment, le pire étant les passages chantés par les Simba et Nala enfants...Malgré ce désappointement causé par les chansons, j'en suis ressorti ravi, enchanté par la mise en scène inoubliable, content d'avoir vu ce triomphe, le spectacle étant prolongé jusque mars 2009. D'autant plus ravi que, grâce à la coloc de Pauline, nous avons été placés en carré VIP. Cela étant dit, même avec le tarif étudiant à 10 euros, nous n'étions pas trop mal placé à l'origine...

26 mai 2008

Eloge de l'Escapologiste

En prestidigitation, l’art de l'évasion ou escapologie est l'art d'échapper à toutes sorte d'entraves. Ici, avec L'éloge de l'escapologiste monté à la MC93, Arpad Schilling cherche à tout prix à échapper aux codes du théâtre traditionnel. Il propose donc une mise en scène sans limite, évitant toutes les contraintes formelles de la mise en scène. Pas d'acteurs, pas de répliques, pas de texte et finalement, pas vraiment de mise en scène. Un délire improvisé chaque soir différemment, un spectacle unique dans auquel le metteur intervient en permanence en tentant d'entrer en relation avec le public. Car finalement, le seul acteur véritable, c'est le public. Selon le degré d'intérêt et de motivation du public, la pièce prend un tout autre aspect. C'est une pièce étrange qui m'a laissé perplexe. Plus qu'une pièce, on a affaire un happening d'art contemporain. Un projet conceptuel prenant vie devant nous par différents biais. Le metteur en scène joue sur la matière, sur les lieux, sur les silences, sur les mots, sur le décor singulier... Un joyeux bordel en français, en anglais et en hongrois compréhensible à grand renfort d'interprètes. Une pièce qui repose intégralement sur l'effet de surprise. Une pièce déroutante, étonnante mais finalement un peu vaine : qu'a vraiment voulu démontrer Arpad Schilling ?

25 mai 2008

Question 25

Francis Bacon


Pourquoi prends-je autant de plaisir devant des films de losers ?


24 mai 2008

Monique est demandée caisse 12

Quand Raphaël Mezrahi est accueilli par le Théâtre du Rond-Point, cela donne un cocktail décapant affichant complet à chaque représentation. A l'origine, la pièce devait être montée avec Julie Depardieu dans le rôle de Monique, caissière de supermarché autour de laquelle tourne la pièce Monique est demandée caisse 12. Finalement, c'est Fanny Valette qui la remplace. J'aime beaucoup cette actrice et je me faisais donc une joie de la (re)voir sur scène. Pourtant, elle m'a paru un peu éteinte, un peu en retrait par rapport à l'exubérance de la pièce. Une pièce sur la grande distribution bénéficiant d'une distribution impériale. Effectivement, outre la mignonne Fanny Valette, on découvre sur scène Danièle Gilbert dans propre rôle, l'ex-Deschiens Jean-François Gallotte, le survolté Arnaud Tsamère, Dani qui semble complètement de la plaque, Pierre Bellemare sur les écrans et, pour diriger ce joyeux bordel, Raphaël Mezrahi himself joue le rôle d'un gérant de supermarché. La pièce est vraiment délirante. Je m'attendais peut-être à quelque chose de plus engagé au niveau des conditions de travail dans la grande distribution ou même des pratiques aberrantes au niveau des fournisseurs mais la pièce effleure à peine ces problèmes et se contente de faire sourire, voire rire aux éclats les spectateurs en se foutant complètement de la vraisemblance de sa trame dramatique. Une comédie musicale décalée, originale, inventive et complètement conne à l'image de ses chansons reprises avec entrain par le public. Tagada tagada. Au final, nous aurons la surprise de repartir avec un sac plastique Casino plein de marchandises sponsorisées : PQ, bonbons, mouchoirs, dentifrice Casino ainsi que le nouveau-né de chez Orangina... C'est sûr qu'on a déjà fait spectacle plus engagé... ;)

23 mai 2008

Eiffel couleur

Robert Delaunay

Je propose que chaque année, on repeigne la Tour Eiffel d'une couleur différente...

aubergine prune bonbon pêche olive amande pistache pomme anis banane moutarde citron blé abricot melon carotte orange cerise chocolat café marron caramel noisette café au lait

... afin de doper le tourisme et donner du travail aux peintres dans le bâtiment.

22 mai 2008

Big Tasty

Georges Braque

Voici quelques réponses à quelques questions d'ordre culinaire afin de savoir comment me faire plaisir à table. Mes réponses peuvent servir évidemment à toute personne souhaitant m'inviter au restaurant ou chez elle.

1 - un aliment ou produit que je n'aime pas du tout

Les radis.

2 - mes 3 aliments favoris

Les marrons glacés, la chantilly et les crêpes Complète Andouille.
(enfin la liste pourrait être longue, très longue...)

3- ma recette préférée

Le magret de canard avec sa délicieuse sauce aux airelles et ses dizaines de purées variées.

4 - ma boisson de prédilection

Le Tokaji... mais aussi le Jurançon, le Sancerre et le Champagne.
(globalement, je préfère le vin blanc...)

5 - le plat que je rêve de réaliser et que je n'ai toujours pas fait

Des crumbles... avec plein de choses différentes dedans... Mes prochains essais seront crumblisés...

6 - mon meilleur souvenir culinaire

Mon omelette au surimi dont je vous parlais ici évidemment.

Plus jamais dans le brouillard...

James Ensor

Dans une semaine, je pourrai enfin m'offrir un réveil qui affiche l'heure au plafond.

21 mai 2008

L'amour médecin/Le mariage forcé

La troupe du jeune Laurent Ferraro s'empare de deux farces de jeunesse de Molière, Le Mariage Forcé et L'Amour Médecin, pour en faire un seul et même spectacle absolument hilarant. Les acteurs, sur qui le succès de la pièce repose, sont assez impressionnants, livrant une prestation physique de premier plan. Diction parfaite, voix séduisantes, corps en mouvement, ils livrent donc une performance indéniable qui parvient à elle-seule à éclipser la faiblesse de l'intrigue et l'absence totale de décors et d'accessoires. Molière a beau manier la plume avec génie, ces deux farces sont loin d'être ses oeuvres les plus marquantes. Même si le cynisme et les vacheries sont omniprésentes, cela reste de la farce, un tantinet lourdingue par moment. Le Lucernaire a eu le nez creux en faisant venir ces comédiens auxquels je souhaite un avenir radieux. Grimés, maquillés, déguisés, ils illuminent la petite salle noire du théâtre.Une pièce ludique et décalée... Je ne peux que remercier Cécile de m'avoir fait gagner une place sur son blog ; cela faisait presque un an que je n'avais pas mis les pieds dans ce lieu que j'adooore...

Question 24

Caspar David Friedrich

Saviez-vous que le peintre romantique Caspar David Friedrich imaginait de présenter chacun de ses tableaux isolé dans une salle obscure tendue de noir, éclairée directionnellement et accompagné musicalement afin d'exclure la pollution des autres tableaux contigus ?

20 mai 2008

La Femme d'avant

La Femme d'avant de Roland Schimmelpfennig est une pièce comme je les aime. Dramatique, violente presque, mais ponctuée de petits instants drôles ou touchants. La mise en scène de Claudia Stavisky au Théâtre de l'Athénée est à la hauteur de ses ambitions. Un décor mobile absolument superbe qui se meut pour offrir au spectateur différents angles d'une même scène. Effectivement, toute la pièce est basé sur la répétition, sur un enchaînement de scènes sans ordre chronologique que l'on finit toujours pas rattacher entre elles. Elles dessinent une histoire au dénouement tragique et nous met face à notre passé, à nos engagements, à nos promesses non-tenues. Une inquiétude palpable, une tension évidente est présente du début à la fin. Les acteurs habitent littéralement leur personnage et transforment ce texte difficile où le silence est aussi agressif que les mots, où la violence n'est pas que suggérée mais bel et bien omniprésente sous un voile de douceur, où la cruauté reste la meilleure arme pour une vengeance de sang-froid, un peu comme dans le film La tourneuse de pages.La violence de la vie sans aucun doute...

Lunetté ?


Homme à lunettes, homme à...

... barbichette !

19 mai 2008

Trace(s) du Sacré

Max Ernst

L'exposition Traces du Sacré à Beaubourg est une exposition ambitieuse, terriblement ambitieuse, peut-être même un peu trop ambitieuse. Il en résulte un parcours long, dense et riche où l'on retrouve aussi bien le romantique allemand Caspar David Friedrich que l'artiste contemporain Damien Hirst, où l'on découvre aussi bien un travail littéraire qu'un travail plastique ou vidéographique. L'exposition revendique clairement sa pluridisciplinarité et son éclectisme déstabilisant. De cette manière, elle cherche à interroger l'influence de la spiritualité dans l'art du XXe siècle. Dans un monde où la sécularisation affaiblit progressivement les diverses croyances et religions, l'art est devenu la réponse aux questions que l'homme est amené à se poser, les questions de l'existence et de la mort. L'exposition brasse large, essaye de rattacher tant bien que mal certaines oeuvres à des thématiques assez singulières et pas toujours très judicieuses. Les salles sont de taille assez réduite et l'accumulation d'oeuvres (plus de 350 oeuvres de 200 artistes classiques, modernes et contemporains) rend la déambulation difficile. Pourtant, si l'on oublie le cadre « pédagogique » de l'exposition, on peut prendre un plaisir fou à errer parmi les oeuvres rassemblées, des oeuvres que l'on a pas l'habitude de voir, des oeuvres étranges et étonnantes, des oeuvres qui marquent. Les commissaires d'exposition réécrivent l'histoire de l'art sous un angle nouveau, un angle que ne renierait aucun des artistes réunis, que ça soient les surréalistes, les artistes de la nouvelle objectivité, les expressionnistes abstraits ou encore Yves Klein dont un magnifique monochrome clôt l'exposition. Ce sont des artistes qui ont un rapport étroit à la religion et au mysticisme, des artistes qui doivent beaucoup à la fin du religieux car ils ont toujours conçu leur art comme une redéfinition de l'homme face à la sécularisation de la société. On y découvre pêle-mêle avec enchantement les premières oeuvres de Mark Rothko, Barnett Newman et Jackson Pollock, des oeuvres trash d'Otto Dix et George Grosz, des dessins hallucinants d'André Masson ou Odilon Redon, des toiles magnifiques de Francis Bacon ou Edvard Munch, des oeuvres sidérales et sidérantes de Damien Hirst, des oeuvres surréalisantes de Victor Brauner, Salvador Dali ou André Breton, une toile épatante de Gérard Garouste, des oeuvres étranges de Frantisek Kupka, Malevitch ou Rudolph Steiner, des oeuvres dérangeantes de Man Ray ou Max Ernst, des vidéos intrigantes de Pierre Huygues ou Marina Abramovic, l'Adam et Eve transcendant de Marc Chagall... Pas de véritable définition du sacré mais une belle exposition d'oeuvres surprenantes qui peut à mon avis aussi séduire que repousser... Une exposition qui, sans parvenir à son niveau, s'approche, de par sa démarche, de l'exposition Mélancolie qu'il y avait eu au Grand Palais il y a quelques années...
Francis Bacon

Un dossier à lire pour s'y retrouver un peu...

Question 23

Diego Rivera

Les responsables de l'UMP pensent-t'ils sérieusement qu'il faut "définitivement démanteler" les 35 heures alors que la majeure partie des salariés n'imagine pas revenir aux 39 heures ?

18 mai 2008

Conditionnement conditionnel

Mark Rothko

Je suis le poison de la conscience. Je suis le virus de la vérité. Je suis le venin de la connaissance. Je veux que tu vois le monde tel que je le vois, tel qu'il est vraiment. Un monde pourri où l'hédonisme individualiste prime sur toute forme d'organisation, de conception, d'intellection un tant soit peu solidaire. Il y a une classe entière de jeunes hommes et de jeunes femmes blasés et déprimés. Ils veulent donner leur vie pour quelque chose. La publicité les fait tous courir après des voitures et des vêtements dont ils n'ont pas besoin. Ils travaillent dans des métiers qu'ils haïssent, par générations entières, uniquement pour pouvoir acheter ce dont ils n'ont pas besoin. La publicité est un fléau. Le marketing est une calamité. Le matraquage médiatique t'enferme dans des schèmes détestables, dans des paradigmes dangereux. Tu subis une guerre de l'esprit, une grande dépression spirituelle, une grande révolution contre la culture. Je veux te montrer la liberté en te réduisant à l'esclavage. Je veux te montrer le courage en te faisant peur. Je veux instiller le doute dans ton esprit. Et si j'avais raison ? Et si tu avais tort ? Et si la société capitaliste n'avait pas atteint son acmée ? Et si ta situation allait encore empirer dans les années à venir ? Et si le cheminement de ta vie désormais n'était plus que travailler – consommer – crever ? Travailler plus ! Consommer plus ! Crever plus... vite ! Et si le seul moyen de survivre c'était de te droguer au Prozac remboursé par la SECU ? Et si le seul risque dans ta vie quotidienne aseptisée c'était baiser sans capote ? Et si ta seule peur c'était celle de ne plus avoir de peurs ?

Et si tu cherchais à vivre autrement ?
Et si tu cherchais à vivre tout simplement ?

Teeth

Manolo Millares


J'ai horreur de changer de brosse à dents...

... car, les premiers jours, les poils m'irritent les gencives.


15 mai 2008

Ego-trip

Paul Rebeyrolle

Vous vous sentez mal dans votre peau ? Vous avez l'impression d'être transparent ? insipide ? Vous vous trouvez laid ? sans charme ? repoussant même ? Vous êtes désespéré ? Vous avez le sentiment que vous n'intéressez plus personne ? Heureusement, j'ai conçu un programme qui devrait vous permettre de retrouver une once de confiance en vous. Simple et efficace, il peut s'effectuer dans n'importe quel bar, brasserie, pub ayant une télé plasma placée à hauteur d'œil. Je vous livre ici, en exclusivité, la démarche à suivre pour retrouver goût à la vie.

Entrez dans le bar de votre choix. Il est impératif de choisir une heure d'affluence, l'idéal étant la retransmission d'un grand événement sportif. Repérer les lieux avec attention et choisissez votre place en fonction de la position de la télévision. Renoncer à suivre les programmes diffusés. De toute façon, tout le monde sait qu'il faut haïr la télévision française vendue au capitalisme et à la droite réactionnaire. Asseyez vous sous la télévision. Tenez vous droit. Même si vous trouvez la présentatrice terriblement excitante, vous ne devez vous retourner sous aucun prétexte. De toute façon, elle est trop belle pour vous. Commander la boisson de votre choix. Pour ce programme de remise à niveau psychologique, un alcool fort peut se révéler plus efficace qu'un café afin de percevoir ce que seul un individu légèrement éméché est en mesure de ressentir. Cependant, compte tenu des prix pratiqués dans les établissements de débit de boisson, je ne pourrais vous tenir responsable si vous adoptez la formule économique. Une fois servi, faites attention aux gens qui vous entourent. Rapidement, vous les verrez jeter des regards émerveillés en votre direction. Le regard pétillant, l'œil alerte, le sourire au coin des lèvres. Vous ne rêvez pas. Vous êtes le pôle d'attraction de ce lieu de sociabilité. Ne vous sentez pas gêné. Je suis sûr qu'au fond de vous, vous vous dites que vous avez bien mérité cet instant de reconnaissance de la part de vos contemporains. Petit à petit, vous rechargez vos batteries de "self-confidence". Les yeux des autres clients ne vous quittent plus. Ne faites attention à rien d'autre. Savourez ce moment unique. Aimez vous autant qu'ils vous aiment. Le plaisir de se sentir admiré - aimé presque - est souvent éphémère. Je vous conseille néanmoins de ne pas trop abuser de cet "ego-trip" la première fois afin de vous préserver de toute crise de narcissisme mal-venue. Au moment où vous vous sentez presque voler, où vous vous imaginez déjà séduire la petite blonde dans le coin à gauche ou le grand brun à la table 17, levez vous. Payez. Et sortez la tête haute, le torse en avant, vos fesses en mouvement.

Vous venez de retrouver l'envie de plaire...

Big Brother


Je me suis fait "googliser" rue du Cardinal Lemoine.

14 mai 2008

Flou artistique

Lovis Corinth

Mercredi prochain, j'ai rendez-vous avec un ophtalmologiste afin de savoir si oui ou non, je vais pouvoir me faire opérer des yeux. Je suis myope. Très myope. Cette semaine, j'ai donc interdiction formelle de mettre mes lentilles. Je dois éviter de trop fatiguer ma cornée. J'ai donc été contraint de ressortir ma vieille paire de lunettes que je n'avais pas mise depuis le collège. Pourtant, ce matin, je n'arrivais pas à me résigner, à accepter cette contrainte pré-opératoire. J'ai donc décidé de repousser jusqu'au dernier moment la seconde où je devrais arborer honteusement mes fines lunettes démodées.

A peine ai-je fermé la porte d'entrée que ma vie est plongée dans un flou artistique. Je descends les marches doucement. Je peine à percevoir les reliefs malgré les rayons de soleil qui pénètrent dans la cage d'escalier. Ma rue prend une autre allure. La brume qui persiste devant mes yeux m'empêche de voir les gens que je croise. J'affiche un sourire rayonnant afin de ne pas blesser une éventuelle connaissance que je serais évidemment incapable de reconnaître dans mon état présent. Je prie pour ne pas marcher dans une crotte de chien égarée sur le trottoir. Je connais le chemin par coeur. Pourtant, le trajet est loin d'être une sinécure. J'ai du mal à percevoir la couleur des feux. Je traverse au feeling, manquant de me faire écraser à plusieurs reprises. Dans la poche de mon jean, je sens mon téléphone, mon trousseau de clé et mon ipod. Mais la petite boite à lentilles qui ne me quittait plus depuis huit ans est désespérément absente. Arrivé au métro, je me repère sans aucune difficulté. Une fois monté, j'essaye de ne pas me faire remarquer. Il ne manquerait plus que je me prenne un coup pour avoir regardé de manière un peu trop insistante l'un ou l'autre de mes congénères. Je compte le nombre de stations. Deux jusque Opéra. Le wagon se vide. Je peux m'asseoir. Impossible de continuer Fight Club de Chuck Palahniuk. A moins que je ne mette mon nez dans mon livre, colle mes yeux aux pages jaunies de mon folio. J'attends. J'écoute de la musique. Chatelet. Je descends. Sors sur la place. Il fait beau, le soleil chauffe déjà. En temps normal, apercevoir la tour Eiffel me donne des frissons. Aujourd'hui, je n'arrive même pas à distinguer sa silhouette. Seules les tours de Notre-Dame se détachent légèrement du ciel bleu. Je marche. Je suis étonné de voir à quel point les filles sont jolies, désirables. Les hommes aussi. Comme si le fait de ne pas y voir clair brouiller les sens. Je traîne la jambe. Je me suis coupé sous la plante des pieds en me baignant dans un étang lundi après-midi. Je souffre, je boite. Aveugle et estropié, il faut croire que j'ai plus d'avenir dans la mendicité que dans l'Histoire ou la Gestion. Je remonte le Boulevard Saint-Michel. Pour une fois, je ne vois pas les mendiantes roumaines, les clochards fripés, les représentants des associations humanitaires. Je passe entre les gens, parmi mes semblables mais je suis comme projeté dans une autre dimension, lancé dans l'inconnu en quête de repères.

Lorsque j'arrive à la fac, je ne reconnais personne. Je devine des formes, des visages, des sourires, des regards. Je reste en retrait, essayant de distinguer vaguement les gens qui m'entourent. Une fois assis sur les bancs en bois de la Sorbonne, je pose mes lunettes sur mon nez.

Que la vie était belle dans ce brouillard opaque !

13 mai 2008

No One is Innocent

Un concert de No One is Innocent est un événement inratable ! La garantie de vivre un moment unique, survolté et violent. La promesse d'en ressortir suant et sanglant. Pourtant, tout avait plutôt mal commencé avec un spectacle de strip-teaseuse un peu glauque. Trois filles absolument pas synchro se déshabillant au son de vieux tubes américains ringards. Un spectacle vulgaire qui s'enfonce dans sa médiocrité au fur et à mesure, médiocrité qui atteint son paroxysme quand l'une de ces pouffiasses passe parmi les spectateurs pour leur faire lécher un gâteau écoeurant...
Heureusement, après une vingtaine de minutes de supplice, les membres du groupe montent enfin sur scène. Le public est déchaîné. Je saute dans tous les sens, me heurte à des hommes aussi virils que moi, me cogne de droite et de gauche contre d'autres fans du groupe. Un son de révolte émane du public. Qu'il est bon de se sentir entouré uniquement de gens de gauche, voire d'extrême-gauche. Le groupe égraine des morceaux de ses premiers albums : Nomenklatura, La peau et y ajoute ceux extraits des deux derniers albums : La peur, Liar, Us Festival. Après Chile, je sens que je défaille. J'ai chaud. J'ai la tête qui tourne. J'ai soif. Je me sens mal. Je décide de sortir de la fosse, fendre la masse pour aller reprendre mes esprits aux toilettes. Remède efficace. Je me réhydrate, m'humecte le visage et la nuque. Et retourne reprendre ma place sur le devant de la fosse. Pile-poil quand ma chanson préférée commence : Revolution.com. Sur scène, le chanteur et les musiciens, torse nu, s'en donnent à coeur joie, heureux du public réuni dans la petite salle de La Maroquinerie. Le principe de la soirée est d'inviter des filles pour faire des reprises de leurs propres chansons. Sont invitées : Nadj, Ina Ich, Faustine de Munshy ou encore Juliette Dragon. Un concert qui fut tout sauf politiquement correct, hormis peut-être la reprise ironique de Love Me Tender à la fin sous les ricanements d'un public conquis...Un concert tellement parfait qu'il parvient à faire oublier la déconvenue de la première partie.

11 mai 2008

Vélociraptor

Francis Bacon


Ceux qui trouvent que la montagne de Reims porte mal son nom...

... n'y ont vraisemblablement jamais fait trente kilomètres de vélo.


Port de jupes ?

Leonid Sokov


Quand la dictature antoinienne sera devenue réalité...

... je délivrerai des permis de port de jupes de manière restrictive.


09 mai 2008

L'ange de la Métamorphose

Spectaculaire exposition Jan Fabre au Louvre baptisée L'ange de la métamorphose. Le dessinateur, plasticien, chorégraphe, vidéaste, performer contemporain belge s'approprie l'aile consacrée aux peintures de l'Ecole du Nord de manière assez incroyable. On peut, d'une pierre deux coups, redécouvrir les chefs-d' oeuvre de Van Eyck, Van der Weyden, Bosch, Metsys, Rembrandt ou Rubens et découvrir l'œuvre fantasque et provocatrice de Jan Fabre. La provocation sans talent est une ineptie. Mais Jan Fabre est indéniablement un artiste talentueux. La force qui émane de ses œuvres éclipse complètement les toiles anciennes qui les entourent. Même si le parallèle est souvent intéressant, on finit par s'intéresser uniquement au travail de l'artiste, déambulant de salle en salle pour découvrir l'œuvre suivante, allant de surprise en surprise, de découverte en découverte. Car l'oeuvre de Jan Fabre va au-delà de la simple fantaisie des matériaux (sang, sperme, os, punaises, scarabées, bic bleu...), de la simple transgression formelle (sculpture, dessin, performance) pour atteindre une sorte de vision mystique passionnante dont les références à l'Histoire de l'Art classique ajoutent un plus indéniable. La vie, la mort, la vie après la mort sont autant de thèmes que l'artiste met au coeur de son Art. Le côté macabre et glauque qui transparait à première vue de ses oeuvres finit par laisser place à une sorte d'amusement, un enthousiasme que j'avais du mal à dissimuler... Une exposition qui dépoussière Le Louvre, une initiative aussi amusante qu'intéressante, un parcours aussi impressionnant qu'imposant...A noter également l'exposition consacrée à Marie d'Orléans, princesse et artiste morte prématurément et passée à la postérité comme icône romantique. Rien d'exceptionnel si ce n'est quelques sculptures à la limite...

Exercice à l'usage des usagers

Victor Skersis

Vous vous sentez stressé ? Vous craignez d'être devenue une horloge marchante ? Plus que jamais la maxime « métro – boulot - dodo » est devenue une réalité ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul. Besoin d'une preuve ? D'un peu de réconfort face à votre quotidien minable ? Envie de vous rendre compte par vous-même que ce que je dis est vrai ? Que vous n'êtes qu'un robot, une saloperie de robot qui rampe devant le pouvoir de l'argent et les normes du monde du travail ? Que vous n'êtes qu'un pantin manipulé par des milliardaires qui se la coule douce sur des îles paradisiaques aux quatre coins du monde ? Que vous n'êtes qu'une marionnette, un pion sur le grand échiquier du capitalisme globalisé ? Que vous n'êtes pas un cas isolé, que c'est la société dans son ensemble qui est viciée de l'intérieur ? Rien de plus simple. Rien de plus facile. Dans mon infinie bonté, je vous livre donc un petit exercice à faire dans le RER (sur n'importe quelle ligne, à n'importe quelle station comportant plus de deux voies – un repérage est envisageable, une bonne connaissance du lieu est préférable) qui vous mettra du baume au coeur de bon matin. Effectivement, pour une réussite totale de l'exercice, il est préférable de jouer un matin, en semaine, à l'heure de pointe dans un RER nécessairement bondé. Cela étant dit, rien ne vous empêche de vous entraîner dans des conditions moins optimales, à vos risques et périls. Dans un premier temps, vous devez rester près de la porte vers laquelle vous descendez habituellement du train. Pour une meilleure crédibilité, il est possible de laisser sa main posée sur le mécanisme d'ouverture. Ne pas hésiter à appuyer régulièrement sur le bouton afin de faire comprendre aux personnes qui vous entourent que vous êtes stressé et pressé, que le grand Capital vous oppresse mais que vous aimez ça. Ne pas oublier de jeter un regard inquisiteur vers les autres passagers afin de déterminer globalement à qui vous avez à faire : smicards exploités par la grande distribution ou cadres employés par une banque ou une compagnie d'assurance ? Vous vous doutez bien que l'exercice est encore plus amusant dans le RER A à l'approche de La Défense que dans le RER B à Aulnay-sous-Bois, son caractère engagé tenant davantage à la couleur politique de ses participants qu'à une quelconque portée métaphysique. Si vous sentez que la populasse qui vous entoure n'est pas suffisamment léthargique, il est possible de repousser la suite de l'exercice à une date ultérieure. Mais, croyez-moi, avec un minimum de charisme, le risque de passer pour un débile est excessivement faible. Et il ne faut pas sous-estimer le rôle crucial du danger dans la jouissance finale. Mais remettons nous dans le contexte : vous êtes appuyé contre la porte, la main posée fermement sur le bouton, vous le pressez d'ailleurs à intervalle régulier afin d'améliorer la vraisemblance de votre entreprise. Derrière vous, une horde de travailleurs opprimés craignant pour leur emploi, menacés d'être remplacé à la moindre absence, au moindre retard. Chaque instant de leur trajet est chronométré. Chaque minute gagnée à la sortie ou à un changement est autant de temps qu'ils pourront consacrer à capitaliser leurs points de retraite. Vous sentez le train ralentir. Dans quelques secondes, il sera à quai. C'est alors que vous vous retournez négligemment et faites mime de vous diriger vers la porte opposée. Succès assuré. Dans un même élan, chorégraphié comme un clip des Village People, les usagers des transports en commun suivent votre mouvement. C'est à cet instant que le RER sort du tunnel et qu'ils remarquent avec stupeur que vous les avez bernés. Avec le sérieux idoine à la situation, vous appuyez sur le bouton et descendez du train, rassuré sur votre état mental, soulagé de ne pas être la seule horloge marchante vivant en région parisienne, ravi d'imaginer les autres passagers fulminant de s'être laissés piéger, de se retrouver face à leur propre déliquescence.

08 mai 2008

Lovis Corinth, entre impressionnisme et expressionnisme

Après la déception Hodler, Orsay revient en force avec cette exposition consacrée à Lovis Corinth pour fêter le 150ème anniversaire de sa naissancec(1858 - 1925). Lovis Corinth est un peintre talentueux quasiment inconnu en France. Il se situe à mi-chemin entre impressionnisme et expressionnisme. Membre de la Sécession berlinoise sous l'égide de Max Lieberman, il livre un art à la fois amusant et parodique (à l'image du tableau un peu grivois ou des nombreuses références aux bacchanales assez ridicules) et terriblement trash, cru et malsain comme le magnifique Grand Martyr, l'œuvre la plus marquante de cette exposition. Le sexe, l'amour et la mort sont omniprésents dans son œuvre. Même si je n'ai pas été spécialement émoustillé par ces paysages et les peintures de la fin de sa vie (les "scènes de la vie quotidienne"), je dois bien reconnaitre que j'ai été saisi à la gorge par la force de son trait, des expressions qui émanent de ses œuvres. Sans oublier ces autoportraits (un par an) qui permettent de rythmer l'exposition et de voir l'évolution physique du peintre. Mais au-delà de son apparence, c'est son âme que l'on parvient à percevoir derrière chacune des toiles. Un artiste accompli qu'il faut absolument découvrir... même ses œuvres sur papier ne sont pas dénuées d'intérêt.La seule petite déception vient de la correspondance avec Anselm Kiefer qui livre une œuvre pas forcément exceptionnelle baptisée : Pour Lovis Corinth, Autoportrait au squelette. Une déception qui vient sans doute aussi du fait que le musée d'Orsay n'est pas été en mesure de faire venir le fameux Autoportrait au squelette réalisé par Lovis Corinth en 1896 et actuellement exposé au musée Lenbachhaus de Munich.

Régénération

David Nebreda

Je veux sortir ma tête du noeud coulant de l'Histoire.

07 mai 2008

Claire

A poète surréaliste, mise en scène surréaliste. Le texte Claire de René Char se retrouve interprété, joué, lu, projeté, crié, chorégraphié, chanté dans un univers fantasque proche de l'univers surréaliste. Un texte - la seule pièce de théâtre de René Char - pas forcément facile d'accès, sans queue ni tête qui aborde néanmoins des thèmes importants à travers plusieurs tableaux : aliénation, contradiction, souffrance... Sans oublier évidemment les rapprochements avec la Seconde Guerre Mondiale chers à René Char, notamment à travers les personnages d’un chef d’opérations dans le maquis puis d’un chargé de mission de la Résistance. Dans chaque tableau, on retrouve Claire, allégorie du temps qui passe, des rencontres faites, des espoirs restant. Pour René Char, Claire est une et plusieurs, toutes celles qui “aiment, rêvent, attendent, souffrent, questionnent, espèrent, travaillent”. René Char offre ainsi lecture poétique et politique du réel.Et Alexis Forestier parvient à retranscrire l'ambiguïté de la pièce, sa profondeur lyrique grâce à une mise en scène qui doit beaucoup à la musique (ou du moins l'ambiance sonore qui parvient à jouer sur son côté assourdissant, sur les silences en y mêlant du rock et du classique...) et à la performance physique de ces acteurs toujours en mouvement. Présentée au Festival d'Avignon l'année dernière, la pièce, reprise actuellement au Théâtre de la Villette, est étrange, hermétique parfois mais pas inintéressante du tout. Et sa courte durée (1heure) permet une concentration de tous les instants pendant la représentation.

03 mai 2008

Muet ?

Man Ray


Je suis fasciné par le langage des sourds-muets...

... sûrement car je pense qu'il est plus facile de s'exprimer sans les mots.


02 mai 2008

Plus c'est court, plus c'est bon...

Dans la vie, j'aime ce qui est rapide et efficace. J'aime quand on va droit au but. Et en matière de cinéma, la matérialisation de ce besoin de vitesse, c'est évidemment le format méconnu du très-court-métrage, un film de moins de trois minutes hors titres et génériques. Chaque année, début mai, il y a un festival international qui lui est consacré. Et cette année, c'était son dixième anniversaire avec pour marquer le coup l'opportunité d'y assister pour un petit euro symbolique.
Généralement, je suis à Reims pour ce festival que ma mère m'a fait découvrir voilà quelques années. Mais cette année, j'étais à Paris et pour rien au monde, je n'aurais esquivé ce grand rendez-vous du très-court-métrage, surtout que j'aime particulièrement la grande salle du Cinéma des Cinéastes. Vendredi soir, la salle était comble. Il y régnait une très bonne ambiance. Cependant, il y avait des applaudissements à la fin de chaque petits films ce qui était relativement pénible je dois bien l'admettre.



Dans l'ensemble, je dois bien reconnaitre que c'était encore une très bonne sélection de la part de l'équipe. Pourtant, il y a quelques courts-métrages qui sortent indubitablement du lot. Ainsi, mes coups de coeur sont The Job de Jonathan Browning, My Mum the wrestler de Mark Withers, Oktapodi de O. Delabarre et T Marchand, Parole d'amore d'Ernesto Spinelli et Une histoire louche de Rudi Rosenberg. Pourtant, la sélection m'a également parue plus inégale que d'habitude. J'ai trouvé par exemple qu'il y avait trop de courts métrages français, des courts de qualité assez moyenne que l'on a l'impression de voir tout droit sortis des tréfonds de Dailymotion. Evidemment, cela n'a pas réussi à gâcher mon plaisir à assister à ce festival unique qui prend chaque année un peu plus d'importance.



Puis, après ces deux heures et demi de projection, il est temps de passer au vote, de choisir les courts les plus originaux, pertinents, réussis afin de déterminer ensuite le fameux prix du jury. Cette année, les conditions de vote ont changé. Personnellement, je suis moyennement convaincu par la nouvelle technique. En fait, la sélection est divisée en trois partie de 17 courts-métrages et il s'agit de voter pour un court-métrage par sélection. Jusqu'alors, il s'agissait de voter pour trois courts numérotés de un à trois parmi une sélection de cinquante court-métrage. Un exercice beaucoup plus libre et par conséquent beaucoup plus juste pour les films nommés. Une fois voté, il n'y a plus qu'à attendre la remise du prix dans une dizaine de jours sur le site internet.



Enfin, il est temps d'assister à la remise des prix et au buffet. A Reims, nous devions nous contenter d'une vidéo faite par les membres du jury et d'un mélange sangria/chips assez ragoutant alors qu'à Paris, le jury remet les récompenses sur scène aux réalisateurs qui ont fait le déplacement parfois depuis l'autre bout de la planète comme Jonathan Browning, le réalisateur du très juste The Job, venu de Los Angeles pour recevoir le Grand Prix du Jury. Sans parler de l'excellent buffet de fromages accompagné d'un délicieux vin blanc...



Je vous invite à aller passer quelques heures sur le site officiel des très-courts sur lequel vous pouvez retrouver des dizaines de courts-métrages diffusés dans le cadre des éditions précédentes. Un site sur lequel je pourrais passer des journées entières sans me lasser...

Inhumain ?

Léonard de Vinci


Si je prends autant de plaisir jouer à Football Manager...

...c'est peut-être parce que les humains y sont transformés en équations.


01 mai 2008

Pour en finir avec le spectre de Mai 68

La France commémore massivement Mai 68 à grand renfort d'ouvrages, témoignages, reportages mais la France commémore une partie seulement de Mai 68. La France commémore les révoltes estudiantines, l'émancipation des femmes, la libération des moeurs, la contestation de l'autorité, la naissance d'une culture de masse. La France oublie les accords de Grenelle, les millions d'ouvriers en grève, les progrès sociaux arrachés à la bourgeoisie réactionnaire au terme d'un bras de fer historique. La France se souvient des étudiants naïfs de Nanterre qui voulait avoir accès aux chambres des étudiantes mais méprise les ouvriers de chez Renault qui bloquèrent la production deux mois durant. Ces hommes en bleu de travail doivent vraisemblablement être moins séduisants et attachants que les gentils étudiants gauchistes un brin anarchistes aux revendications un peu désuètes. C'est pourquoi le message de ces derniers -plus consensuel et moins politique - passe plus facilement à la une des journaux télévisés et des magazines nationaux, ces derniers étant de surcroît souvent dirigés par les anciens leaders du mouvement estudiantin. On assiste, impuissants, au lent basculement d'un mouvement fortement politique vers un mouvement vaguement culturel, comme si l'on avait vidé Mai 68 de sa substance, de son essence.

Mai 68 est la conséquence d'une époque profondément réactionnaire, d'une réflexion révolutionnaire totale qui s'épanouissait dans les milieux artistiques comme le surréalisme, de l'émergence de la consommation de masse et surtout de la montée du chômage. A son firmament, l'esprit de l'aventure était de libérer les peuples et trouver un juste marché. L'échec des propositions révolutionnaires issues du mouvement n'aura réussi qu'à libérer les moeurs et imposer le libre-échange. Finalement, avec le recul que nous offre cet anniversaire, nous pouvons affirmer que Mai 68 n'est qu'une tentative de révolution avortée. C'est un mouvement qui n'a eu pour conséquence que faire ressortir le côté le plus vil et le plus méprisable de la France - les manifestations « gaullistes » sur les Champs-Elysées et le raz de marée de la droite aux élections législatives - avant d'être absorbé dans des dérives hédonistes et libérales. Cet événement ne peut pas et ne doit pas être transposé dans la société contemporaine même si l'on peut profiter de cet anniversaire pour pointer du doigt les problèmes actuels qui légitimeraient une action aux aboutissants davantage marqués politiquement.

Effectivement, le plus angoissant et le plus horripilant dans ces commémorations c'est qu'elles cherchent à enterrer le souffle de Mai 68. La plupart des publications réalisées pour cette foire commémorative tentent de clore une fois pour toute cette page révolutionnaire en niant complètement le sentiment de révolte qui exalte la jeunesse d'aujourd'hui. Ainsi, cette célébration cherche à enterrer un idéal essentiel de Mai 68, celui de « l'imagination au pouvoir ». Pourtant, c'est certainement celui qui a le plus d'échos dans notre société moderne. Face aux problèmes fondamentaux complexes (démographie, écologie, énergie...) et à l'urgence de l'époque, nous sommes en droit de réagir. La nostalgie n'a pas lieu d'être en politique. C'est pourquoi il en faut en finir avec le spectre de Mai 68. Aujourd'hui, chaque mouvement social est instantanément réduit à une sorte de sous-mai-soixante-huit, une comparaison qui lui ôte toute légitimité. Cette comparaison opérée de manière fallacieuse par les journalistes est l'une des premières raisons qui poussent à mythifier et mystifier l'épopée soixante-huitarde. Or, les manifestations étudiantes d'aujourd'hui ne se font pas contre les professeurs ou l'autorité paternelle; elles sont pour l'obtention d'un travail et la sécurité de l'emploi.

Par conséquent, il nous faut soutenir toute forme de révolte salariée et estudiantine qui viendrait à émerger dans les semaines à venir. Il nous faut encourager un bouillonnement d'idées et d'utopies révolutionnaires qui conduiraient à développer de nouveaux modes de vie empreint d'humanisme et d'écologie. Il nous faut souhaiter une révolution écologique et sociale qui améliorerait concrètement la distribution des richesses à l'échelle de notre pays mais aussi à l'échelle de la planète... car nous devons apporter une réponse politique globale à une mondialisation politique et culturelle.