30 août 2008

Campagnard ?

Edouard Manet
La campagne n'a de charme que pour ceux qui ne sont pas obligés d'y habiter. [Edouard Manet]

28 août 2008

Touriste ?

Kees van Dongen

Après trois jours passés à faire le touriste de l'île Saint-Louis au Canal Saint-Martin en passant par Notre-Dame, Saint-Michel ou encore Montmartre, je peux affirmer :

Paris est la plus belle ville du monde !

(les photos sont évidemment sur Flickr)

César, Anthologie par Jean Nouvel

Dix ans après la mort de l'artiste néo-réaliste César, la Fondation Cartier organise une rétrospective majeure de son travail baptisée pompeusement Anthologie par Jean Nouvel. Effectivement, l'exposition est mise en espace par l'architecte archicélèbre Jean Nouvel, qui a d'ailleurs dessiné le magnifique bâtiment de verre qui abrite la Fondation Cartier. Elle s'arrête sur les différentes périodes de l'artiste, des Compressions au sous-sol aux Empreintes Humaines et aux Expansions au rez-de-jardin.

Il faut bien reconnaitre qu'une fois de plus, j'ai été bluffé par ses compressions. Au centre du sous-sol, un alignement de carcasses compressées aux couleurs de l'arc en ciel fait vraiment beaucoup d'effet. Dans l'ensemble, il émane un sentiment de morbidité de ces compressions, un peu comme si nous assistions aux restes du tournage de Crash de Cronenberg, le film le plus éprouvant qu'il m'ait été donné de voir. C'est de l'imagination de chacun qu'émane l'émotion que l'on est susceptible de ressentir devant ces morceaux de féraille curieusement disposés. En revanche, j'ai eu beaucoup de mal avec les pouces phalliques et autres déversements de merde laqués. C'est tout un pan de l'oeuvre de César que je ne soupçonnais pas. Et tout cela m'a un peu laissé pantois. En plus, au-delà de l'échec esthétique de ses créations, je doute quelque peu de leur sens métaphorique.Finalement, l'oeuvre la plus exemplaire que l'on peut voir à la Fondation Cartier est la compression de journaux et autres prospectus "à la manière de" réalisée par Jean Nouvel et exposée dans le jardin. Mis à part cette création originale, je ne peux pas décemment conseiller cette exposition comme une priorité de la rentrée...

27 août 2008

Flickr

J'ai craqué ! Le dernier jour de mon voyage aux Etats-Unis, j'ai fini par céder à la tentation, à me délivrer du mal en m'offrant un appareil photo reflex numérique, un Nikon D40. Cela faisait plusieurs jours que je lorgnais dessus chaque fois que nous passions devant la boutique située sur la Cinquième avenue, juste en face de l'Empire State Building. Après multes hésitations, je choisis le même appareil que Maxence que j'admirais depuis trois semaines et que j'avais eu l'occasion d'essayer à plusieurs reprises. Cet achat était complètement irrationnel. D'une part, mon compte en banque criait famine et, par ailleurs, j'ai fondamentalement horreur de prendre des photos. Ce que je préfère par dessus-tout, c'est être sur les photos. Je suis comme attiré par un aimant par l'objectif. A la seconde même où j'entrevois un doigt s'approcher du déclencheur, mon sourire s'élargit pour découvrir mes dents, mon pouls se fige pour prendre la pose. Néanmoins, depuis mon retour, je m'essaye à la photographie. Je ne me trouve pas particulièrement doué. Je continue de prendre davantage de plaisir devant l'objectif que derrière. Je préfère poser en pleine lumière que me cambrer dans l'ombre. Pourtant, j'ai besoin d'être rassuré, j'ai besoin que l'on me dise que je pourrais être un grand photographe si j'en avais envie, que j'ai du talent et de l'intuition. Que, quel que soit ce que j'entreprends, je finis toujours par exceller. C'est pourquoi, j'ai décidé de m'offrir un compte "pro" sur Flickr. Une vitrine pour mes photographies. Un écrin pour de superbes réalisations. Je vous laisse donc contempler mes travaux et jouir de tout votre être devant tant de génie.

N'hésitez pas à m'ajouter à votre liste d'amis ou à laisser quelques commentaires sur Flickr.

25 août 2008

Cure-dent ?

René Magritte

J'aime me curer le nez...

... dans l'obscurité d'une salle de ciné.

24 août 2008

Openminded ?

Kasimir Malevitch

Avoir l'esprit ouvert ne signifie pas l'avoir béant à toutes les sottises.
[Jean Rostand]

21 août 2008

Merci

Serge Plagnol

Grazie

Tant de gentillesse pendant douze jours me désarme et m'ôte les mots de la bouche.

Gràcies

(les photos de Barcelone et des Pyrénées sont sur Flickr)

20 août 2008

Paris Plages

Roy Lichtenstein

Serai-je un jour à Paris pour Paris Plages ?

09 août 2008

Viva Espana, Italia y Francia !

Chaïm Soutine

Après trois semaines à supporter les claquements de dentiers, les bourdonnements de sonotones, les quintes de toux rauques, l'incontinence chronique, les râles intempestifs et autres signes de vieillissement grand-parental et à essayer de m'accrocher à un passé immuable désormais dépassé, je m'envole pour d'autres cieux et d'autres aventures – que j'espère plus excitantes - un peu plus au Sud, près de Barcelone dans un premier temps, puis dans les Pyrénées.

Retour dans une douzaine de jours.

08 août 2008

Le jour où j'ai essayé le Bicloo

Après trois semaines intensives à traverser à bicyclette l'île de Noirmoutier en long, en large et en travers, j'ai décidé de me frotter à un environnement un peu plus urbain. Compte tenu du mauvais temps, j'ai effectivement décidé d'écourter mon séjour insulaire pour profiter de la vie culturelle nantaise avant de reprendre le train vers Paris. En arrivant la veille au soir, à ma grande surprise, je découvre des vélos oranges ressemblant étrangement à des Vélib. Il n'en faut pas plus pour aiguiser ma curiosité. Ceux qui me lisent depuis un certain temps connaissent ma relation ambigüe - entre amour et haine - avec les vélos parisiens mis en place par JC Decaux.

Le lendemain matin, au lieu de prendre le tramway ou le bus, je décide donc de prendre le Bicloo. L'appartement de mes grands-parents est situé au bord de l'Erdre, près de la Préfecture. En sortant de leur immeuble, je traverse un pont et me retrouve devant une borne flambant neuve. Je tourne autour quelques minutes avant de comprendre qu'on ne peut y louer de vélo sans être déjà abonné. Effectivement, alors qu'à Paris, toutes les stations sont identiques, à Nantes, seule une station sur deux possède un terminal de carte bleue. Dépité par ce premier accroc me ralentissant dans ma conquête des pistes cyclables nantaises, je me rends la tête basse vers une autre station. La station numéro 1. Les formalités sont rapidement exécutées. Le tout est d'une trivialité sans pareil pour qui utilise le Vélib parisien depuis presque un an. Je me saisis de mon vélo, espérant inconsciemment que Decaux soit parvenu à réaliser des vélos un peu moins lourds qu'à Paris et à améliorer son médiocre système de vitesse. Malheureusement, je dois me rendre à l'évidence ; mis à part la couleur, aucune différence notable n'est décelable entre le Bicloo et le Velib.

Je me lance donc à la quête de sensations fortes dans les rues nantaises. Je remonte le Cours des Cinquante Otages. Les rues sont vides. L'été, la ville est aussi désertée que ne peut l'être Paris. Il n'y a quasiment aucune voiture à se déplacer dans les rues de Nantes à dix heures du matin. Je suis lancé. Je ne ralentis pas, franchis les ronds-points avec ardeur, longe le trajet du tramway avec dévotion. Le macadam file sous mes gros pneus. La route se rétrécit. Je ne connais pas vraiment mon chemin. Je n'ai qu'une très vague idée de la géographie nantaise. Je me dirige grâce aux panneaux indiquant Nantes-Sud. Je franchis un pont puis tourne à droite. Face à moi, une impasse. La piste cyclable s'arrête brutalement au milieu de nulle part. Je me trouve alors sur l'île de Nantes. Je décide de monter sur le trottoir. Je longe la Loire. Au loin, j'aperçois une passerelle. Face à cette passerelle se trouve le nouveau Palais de Justice réalisé par Jean Nouvel, sorte de monolithe sombre et ultra-moderne construit au milieu d'un ancien site industriel désaffecté. La surface vitrée est impressionnante, fascinante presque. Les prompteurs laissant défiler des chiffres et des lettres à gogo donnent davantage l'impression d'être à Wall Street que dans un Palais de Justice. Je continue mon chemin et arrive sans encombre jusqu'à mon point de chute : Les machines de l'île.

Pendant près de deux heures, je déambule au milieu d'animaux en bois extraordinaire sortis tout droit de l'imagination de François Delarozière, un des anciens membres de Royal Deluxe que je suis depuis que je suis tout petit. Projet faramineux financé en grande partie par la municipalité, Les machines de l'île prévoit la construction d'un carrousel des fonds marins – calamars, pieuvres et autres espèces vivant presque à vingt-milles lieux sous les mers -, un arbre aux hérons – gigantesque structure de bois et d'acier, entièrement recouverte de végétation et surmonté de deux immenses hérons pouvant faire voler des dizaines de passagers dans des paniers en osier – et un éléphant en bois se déplaçant à un kilomètre/heure. Je profite de mon passage pour faire un tour à dos d'éléphant. Cela ne présente aucun intérêt. Le lieu est moche, le vent glacial, la durée trop longue et finalement, ce sont les gens qui entourent l'éléphant qui en profite le plus. Reste la prouesse technique permettant de faire se déplacer cette imposante masse de cinquante-cinq tonnes consommant près de 300 litres de kérosène par jour.

Une fois mon immersion dans le monde fabuleux de François Delarozière terminée, je n'ai plus qu'à rentrer manger chez mes grands-parents. Évidemment, je ne conçois pas de rentrer autrement qu'avec mon Bicloo. Je me rends à la station la plus proche et me saisis d'un vélo. Il faut bien reconnaître que pour l'instant, l'installation et les cycles sont en bien meilleur état qu'à Paris. Je ne vois aucun vélo ou bien cassé, ou bien abimé, ou bien crevé. Le retour se fait sans trop de difficultés. Alors que je suis bêtement le trajet de la piste cyclable, je me retrouve à slalomer entre des passants dans les rues piétonnes du centre. Les gens me regardent d'un drôle d'oeil. J'ai l'impression que je suis la première personne qu'il voit sur un Bicloo. Pas sûr que les nantais soient aussi réceptifs que les parisiens à ce nouveau moyen de locomotion urbain. Durant toute ma journée passée à Nantes, je n'aurais pas vu une seule autre personne en selle. Je passe place Royale, récemment refaite à neuf. Je continue mon petit bonhomme de chemin et me retrouve sur le Cours des Cinquante Otages. A partir de cet instant, je reconnais sans trop de problème le chemin que j'ai pris le matin-même. J'esquive quand même de justesse un tramway que je n'avais pas vu et continue mon chemin pour remettre le vélo près de chez mes grands-parents.

L'après-midi, je décide d'aller au Musée des Beaux-Arts, au Lieu Unique, au château et à la Cathédrale. Vaste programme culturel censé me remplir la tête après m'être complètement isolé du monde pendant mes trois semaines noirmoutrines. Cependant, je m'y rends à pieds, bien content de laisser le Bicloo au râtelier et bénissant mes grands-parents d'habiter en plein centre-ville.

Regarde de tous tes yeux, regarde


Cet été, le musée des Beaux-Arts de Nantes montait une exposition de vulgarisation de l'art contemporain par le biais de l'oeuvre de Georges Perec qui n'est ici qu'un prétexte. Vaguement rattachée au trentième anniversaire du roman La Vie mode d'emploi, l'exposition baptisée Regarde de tous tes yeux, regarde brasse large et tente de cerner l'esprit d'une époque, l'esprit de la création des années 60/70. Une palette d'artistes contemporains, pour la plupart connus, reconnus, voire institutionnalisés, dont les œuvres sont classées de manière assez artificielle en quatre thématiques récurrentes que Georges Pérec lui-même appliqué à son œuvre littéraire : "sociologique, ludique, autobiographique et romanesque". Cette classification factice - mais parfois pertinente quand elle n'est pas noyée dans une accumulation d'objets aberrante - permet néanmoins de découvrir certains travaux contemporains méconnus et quelques oeuvres clés d'artistes que j'apprécie beaucoup : Richter, Rancillac, Messager, Boltanski, Sarkis, Morellet, Villeglé, Raysse, Tinguely, Monory, Gasiorowski... Au centre du patio, on retrouve une Boîte en valise de Marcel Duchamp, œuvre phare pour comprendre l'art contemporain placée ici pour en montrer l'influence sur l'Art tout au long du XXème siècle.

Même si l'exposition temporaire n'a finalement rien d'exceptionnel, le plaisir de retrouver la salle consacrée aux Kandinsky ou encore les magnifiques toiles de Picasso, Chaissac et Dubuffet m'ont rendu la visite très agréable. A noter également le travail intriguant de Régis Perray sur le sens des mots : Les Duos de Mots.

07 août 2008

Astéroïde ?

Paul Rebeyrolle

Si tu considères le libéralisme économique comme une donnée de la nature et non pas comme une option politique hautement nocive, alors tu ne mérites pas de vivre.

06 août 2008

La CNHI et l'art contemporain

Barthélémy Toguo

La Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration (CNHI) n'est décidément pas un musée comme un autre. Sa collection permanente se situe aux confluents de différentes disciplines à grands renforts de témoignages mais aussi de supports scientifiques et artistiques destinés à valoriser la dimension humaine de l’immigration. Des choix artistiques résolument tournés vers l'art contemporain.

Une collection en formation.

La CNHI a ouvert il y a un peu plus d'un an. Elle présente la particularité d'être un musée national sans collection préexistante. Conformément au rapport de la Mission de préfiguration, le musée a opté pour le croisement des regards. Trois axes principaux ont finalement été adoptés par les conservateurs du musée. Le regard historique, s'appuyant sur des faits avérés, des travaux d'historiens et des documents issus des archives, permet une contextualisation de deux cents ans d'immigration en France. Le regard anthropologique, quant à lui, s'appuie sur des faits contemporains observés pour retourner dans le passé et pour analyser les évolutions de l'identité des migrants. Le regard artistique, en proposant une interprétation esthétique subjective – voire émotionnelle – du fait migratoire, offre une autre piste de lecture. Le contexte socio-historique se trouve ainsi associé aux parcours de vie singuliers et aux interprétations artistiques afin de placer le visiteur dans une situation de questionnement.

En décidant d'introduire officiellement la création artistique, y compris la plus contemporaine, dans ce musée d'histoire, les conservateurs partent du postulat audacieux que l'art a sa place dans un lieu d'histoire comme l'histoire est nécessaire dans un musée des Beaux-Arts. En optant pour des acquisitions d'art contemporain, la Cité affirme sa volonté de constituer des collections de référence sur ce sujet. En tentant de privilégier une approche artistique de l'immigration, la CNHI a pris conscience que les problématiques de l’immigration, du territoire, des frontières et des racines sont aujourd’hui au coeur de la démarche d’un grand nombre d’artistes, connus, reconnus ou inconnus, français ou étrangers, résidant et travaillant en France. La Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration souhaite étudier cette production et constituer progressivement une collection qui soit significative de ce phénomène. Bien entendu, les collections, comme le parcours lui-même, sont en perpétuelle transformation et vont s'enrichir au fur et à mesure. C'est pourquoi il est intéressant de s'interroger sur la portée que peut avoir la mise en scène de deux cents ans d’histoire individuelle et collective des migrations en France en la mettant face à la création contemporaine.

Une manière de faire parler le réel.

L'art contemporain constitue l'un des axes principaux des collections du futur musée de la Cité. Cette approche plastique doit éveiller la sensibilité et l'attention du spectateur sur les questions soulevées par l'histoire de l'immigration en France. Dans la mesure où l'art contemporain se trouve à la limite qui sépare le documentaire de la fiction, celui-ci peut se révéler être une bonne entrée en matière dans un musée d'Histoire. C'est en jouant sur cette frontière floue entre oeuvre d'art et document d'histoire que les conservateurs ont décidé de réunir des oeuvres autour de thématiques propres au sujet : frontières, exil, territoires, langues, départ et voyage, questionnement identitaire et autres réflexions concernant l'immigration et l'incidence de celle-ci sur la société française.

Ainsi, l’art contemporain offre aux visiteurs du musée de la Cité une double perception, celle de l’œuvre fictionnelle, forte de sa charge émotionnelle, et celle d’une mise en perspective quasi documentaire du phénomène de l’immigration comme l'illustre particulièrement les photographies de Bruno Serralongue montrant les manifestations de sans-papiers place du Châtelet. Par ailleurs, certaines photographies présentées tout au long du parcours atteignent une valeur symbolique – métaphorique presque - qui rend l'explication superflue. Ainsi les photographies de Thomas Mailaender, les Voitures Cathédrales, qui transforment en volumes improbables des voitures chargées de valise, de sacs, de produits manufacturés, appartiennent bien évidemment au registre artistique et possèdent une fonction documentaire indéniable par rapport au propos du musée. C'est un travail artistique à la fois politique et esthétique.

Un autre regard sur l'immigration.

Impossible de mettre sur le même plan le travail d'un artiste et le travail d'un scientifique. Il n'y a pas lieu de penser que l'oeuvre d'un artiste contemporain offre une vérité ou un message plus important que celui de l'historien, du sociologue ou de l'ethnologue. Pourtant, l'oeuvre d'art, dans sa diversité formelle – photographie, vidéo, installation, sculpture, écriture – et surtout dans sa polysémie, permet d'introduire une vision supplémentaire. Elle est une expression, un regard particulier et subjectif sur l'immigration en France. Ainsi, loin de la vision socio-économique habituelle, les conservateurs ont opté pour une démarche visant à mettre en avant les différences culturelles et les problèmes de communication et d'identité culturelle que peuvent rencontrer les migrants. C'est ici que l'artiste a un rôle à jouer. D'ailleurs, les travaux de Zineb Sedira sont particulièrement utiles pour comprendre ce thème de l'identité multiple.

D'une manière générale, les artistes proposent une manière de voir et suggèrent une autre façon d'appréhender le fait migratoire comme en témoignent certaines oeuvres au coeur d'une démarche historiographique, artistique et politique fortement autobiographique. Ainsi, l'installation Correspondance de Kader Attia, composée de deux vidéos et de trente photographies accrochées à une corde à l'aide pinces à linge ou posées par terre, construit une sorte de toile illustrant la vie de familles séparées. L'artiste crée un pont entre deux continents et implicitement, apporte un témoignage sur le fossé qui sépare les deux mondes où s'opposent une profusion de produits de consommation d'une part et un environnement rudimentaire par ailleurs. Dans un autre style, l'installation Climbing Down – littéralement « escalader vers le bas » – de l'artiste Barthélémy Toguo fait directement référence aux foyers d'immigrants. Ici, les six lits superposés auxquels sont accrochés une quarantaine de sacs multicolores évoquent, non sans humour, les notions d'arrachement et de logement précaire.

Finalement, aborder le fait migratoire par le biais de l'art contemporain, c'est envisager un autre type de langage. Et le pari semble réussi pour les conservateurs de la CNHI. Cet axe original et unique touche de nombreuses personnes se reconnaissant dans ces clichés, saluant le réalisme d'une telle production artistique qui parvient à allier message politique et lyrisme esthétique. L'art contemporain parvient à interpeller, à poser des questions, à proposer une relecture de l'immigration en France. En proposant ces visions complémentaires, le musée de la CNHI permet d'aider à mieux comprendre toutes les facettes d'un processus historique et culturel complexe à la fois ancré dans le temps et encore en mouvement.

05 août 2008

Le grillon

Un soir, assez tard, alors que la nuit noire entoure déjà la masse sombre de la maison depuis quelques heures, un cri angoissant vient troubler ma quiétude. Je suis alors en train de regarder Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle d'Arnaud Desplechin. Rapidement, je me rends compte que ce bruit ne peut être émis par mon ordinateur. Je soupçonne alors un oiseau de s'être infiltré dans ma chambre pendant l'après-midi et d'être désormais coincé. Je me lève, allume la lumière et observe autour de moi d'où peut émaner ce son pour le moins pétrifiant si ce n'est dérangeant. J'ai la conviction profonde qu'il vient de l'étagère sur laquelle sont entassés des dizaines d'ouvrages appartenant à mon oncle. Je la secoue légèrement, espérant ainsi obtenir une réaction de mon ennemi désormais muet. Le silence se fait pesant dans la petite pièce. Je sors dehors, après avoir préalablement allumé la lumière du jardin. Parfois, le pas des oiseaux sur les tuiles résonne dans toute la maison. Peut-être suis-je victime d'une bizarrerie phonique du même acabit. A première vue, aucune âme animale ne vit sur le toit légèrement pentu. Je grimpe sur une chaise pour m'en assurer. Rien à signaler. Visiblement, le tumulte incommodant vient de l'intérieur. Je retourne dans ma chambre espérant que la bête en ait profité pour s'échapper. Malheureusement, en rentrant, une surprise m'attend : une énorme araignée aux longues pattes velues, une "Maïtika" version vendéenne. Je prends mon courage/une Converse à deux mains et tente d'écraser la bête sur le mur blanc. Par deux fois je la manque. L'arachnide se glisse derrière un meuble et je dois renoncer à l'abattre, à faire gicler son sang aux quatre coins de la pièce. N'entendant plus aucun bruit dans la pièce exigüe, j'éteins à nouveau la lumière et me replonge dans mon film génial. Mais trente minutes plus tard, l'atroce rugissement déplaisant arrive encore jusque mes oreilles. Je laisse la chose mystérieuse s'époumoner quelques temps mais rien ne semble la faire taire. J'allume alors ma lampe de chevet. Instantanément, le cri s'arrête. Il devient évident qu'une bestiole s'est laissée enfermer dans mon antre. Pourtant, celle-ci reste introuvable. A la fin de mon film, après une dernière tentative d'élimination de mon ennemi tapageur, je plonge dans un profond sommeil. Une heure plus tard, je suis réveillé par le même appel au secours de ma victime désormais devenue mon bourreau. Je me lève, déplace quelques livres mais rien ne semble bouger autour de moi. Je tente de me rendormir mais, dès que la pièce est plongée dans le noir, la sinistre exhortation reprend de plus belle. Je me résous à laisser ma lampe de chevet allumée, décision qui m'autorisera quelques heures de répit avant que le bruit vienne à nouveau perturber mon repos salvateur. Une boule de nerf se forme dans mon ventre. Je m'imagine déjà quittant ma chambre, chassé par l'iconoclaste animal, pour aller coucher dans le garage. Pour me détendre, je lis quelques poèmes d'amour de Paul Eluard. L'insecte irrespectueux semble charmé par ma voix énonçant nonchalamment ces vers magnifiques :

Je t'aime j'ai dans les vertèbres
L'émancipation des ténèbres.

Alors que le calme semble revenu, l'interstice des volets laisse filtrer les premiers rayons du soleil. Je me rendors pour quelques heures.

Cette histoire ne connut son dénouement que le lendemain soir pendant que je regardais - pour la deuxième ou troisième fois – le formidable Rois&Reine du même Desplechin, à croire que ce dernier ne trouve grâce aux yeux/oreilles de mon ennemi animal/animal ennemi. Pris d'une colère soudaine contre cette bête immonde qui cherchait à souiller de sa plainte lancinante les plus belles répliques du cinéma français de ces dernières années, je me décide à en finir une bonne fois pour toutes. C'est alors qu'en soulevant un vieux bout de bois mort, je l'aperçois. Petit, apodictique, campé sur ses quatre pattes. Trônant comme un roi sur de vieilles éditions de Balzac ou Flaubert. Cette vile créature tente de se sauver mais je suis le plus rapide. Je l'écrase sans arrière-pensée, heureux de me débarrasser de cette sale bête qui avait osé troubler ma nuit précédente. Elle a la forme d'un grillon, l'apparence d'un grillon, le chant d'un grillon ; c'est un grillon. Jamais je n'aurais imaginé qu'une telle bête puisse émettre un bruit aussi assourdissant et agaçant pendant si longtemps. L'année prochaine, pour éviter d'avoir à raconter ce genre d'anecdotes sur mon blog, je passerai mes vacances au Crillon.

04 août 2008

Antisémite ?

Ilex Beller

Si capitalisme = juif, alors je suis antisémite.

01 août 2008