31 décembre 2008

Just4kiss d'Or 2008

Cette cinquième édition du Just4kiss d'Or est assez particulière. Effectivement, le combat pour la remise du premier prix fut une lutte acharnée dont l'issue ne fut connue qu'il y a quelques heures. C'est donc parmi un peu moins de 200 films sortis entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2008 – 195 pour être précis – qu'il m'a fallu faire ce choix diabolique. Qui était susceptible de succéder à OldBoy en 2004, à Mysterious Skin en 2005, à Shortbus en 2006, à Persépolis en 2007 ? Qui de Hunger ou de Two Lovers devait être récompensé d'une si prestigieuse récompense reconnue dans le monde entier ? Devais-je célébrer le classicisme assumé d'un James Gray plus émouvant que jamais ? Ou au contraire récompenser l'originalité, le style, la maitrise technique et esthétique d'un nouveau venu, Steve Mac Queen, homonyme d'un acteur bien connu ? Devais-je primer une oeuvre politique, révolutionnaire, engagée ou, au contraire, couronner une mise en abime sentimentale faisant davantage appel aux passions et aux sentiments qu'à l'esprit et à l'engagement ? Que faire ? Louer le courage de Bobby Sands incarné avec abnégation et force par Michael Fassbender ou sacrer la détresse, la faiblesse,la fragilité d'un Joaquin Phoenix subissant son existence - son handicap, sa famille, son boulot, sa relation amoureuse - du début jusque la fin, de cette tentative de suicide raté à cette triste résignation ? Une chose est sûre, le Just4kiss d'or s'est partagé entre deux oeuvres esthétiques, deux oeuvres où chaque plan est conçu comme un tableau, deux oeuvres où rien n'est laissé au hasard, deux oeuvres maitrisées de bout en bout, deux oeuvre belles à regarder avant tout. Un constat qui doit nous rappeler que le cinéma est un art, un art vivant, un art humaniste, un art sensible...

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir le classement des meilleurs films de l'année, tout en sachant que globalement, je suis moins enthousiaste à propos des 15 films retenus que les saisons passées. L'année 2008, même si elle a offert quelques surprises agréables et confirmé des talents confirmés, n'aura pas été aussi riche que les années précédentes. C'est donc avec une pointe d'amertume et de déception dans la bouche que je vais vous livrer les 15 films primés par la Just4Academy dont je suis le seul et unique représentant/votant :

1.Hunger
2.Two Lovers
3.Home
4.La frontière de l'aube
5.Sweeney Todd
6.Gomorra
7.Into the Wild
8.Juno
9.Un Conte de Noël
10.Le cahier
11.Rumba
12.Wall-e
13.Valse avec Bachir
14.A bord du Darjeeling Limited
15.Un millier d'année de bonnes prières / La princesse du Nebraska

Cette année, les intermittents du spectacle se sont assagis. Ils n'osent plus venir perturber la cérémonie des César et pour rien au monde, ils n'oseraient venir déranger ma remise de récompense. Ce sont devenus des couilles-molles, des fiottes, des minables qui ont renoncé à leur combat. C'est pour ça que moi, grand défenseur de la veuve, de l'opprimé et de l'intermittent du spectacle, je vais profiter de cette récompense pour pousser un grand coup de gueule contre la politique du gouvernement et en particulier celle de Chistine Albanel. A quoi cela servait-il de conserver un ministère de la Culture pour en faire ce qu'elle en fait ? Même si on ne peut que la féliciter d'avoir renoncer à la gratuité des musées, il nous faut nous insurger contre ses idées débiles (la loi Hadopi sur le téléchargement), son manque d'intérêt pour l'art contemporain, ses déclarations sur la fin de la publicité sur France Télévision mais surtout, ce qui nous intéresse particulièrement dans une cérémonie cinématographique, sa non-prise en considération du rapport du « club des 13 » remis par Pascale Ferran l'année dernière. Mon classement annuel compte quelques films français cette année, Home, La Frontière de l'Aube et Un Conte de Noël. Si nous ne voulons pas qu'ils disparaissent complètement dans les années à venir, remplacés par des films américains dont le cinéma indépendant offre chaque année de belles surprises, des films asiatiques toujours aussi enthousiasmants, des films italiens ou allemands dont le renouveau de leur cinéma est désormais une réalité...

Et pour clore ce classement, on ne peut que souhaiter que 2009 soit une année encore plus faste en nouveautés et en surprises cinématographiques mais également que ça sera l'année où vous rejoindrez les rangs du forum du cinéma et vous offrirez une carte UGC illimitée pour encore plus de plaisir. Rendez-vous le 31 décembre 2009 pour une nouvelle cérémonie que j'espère encore plus réussie avec notamment le retour des récompenses individuelles écartées cette année pour des raisons techniques.

Question 27

Eiffel Tower
(picture by myself)


A part avoir illuminé la Tour Eiffel en bleu, qu'a fait Sarkozy pendant six mois à la tête de l'UE ?

22 décembre 2008

Brick au chocolat

Tony Bevan

La brick au chocolat est à la brick ce que la pizza hawaïenne est à la pizza.

20 décembre 2008

Moyens

Georges Rouault

Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.
[Jean-Paul Sartre]

19 décembre 2008

Sopra il tetto dell'Opera Garnier

Sur le toit de l'Opéra
(photo by myself)

Merci Jean-Michel !

(plein d'autres photos depuis le toit de l'Opéra Garnier sur Flickr)

14 décembre 2008

Car

Peter Stampfli

J'espère ne jamais avoir à acheter
un Renault Espace ou un Volvo Break.

04 décembre 2008

A comme... Alice

Le Dansoir est un lieu magique, un univers à part entière, coupé du monde extérieur. Lorsque l'on pénètre dans cette petite salle ovoïde, on fait un premier pas vers le pays des merveilles, on franchit le seuil d'un lieu de plaisir à l'atmosphère feutrée et à l'odeur de mets délicats et forts apétissants. Malheureusement, après un court moment de rêverie, de méditation dans l'antre des délices, on déchante. La forme arrondie de la salle exige une attention de tous les instants afin de suivre les mouvements lents et langoureux des danseurs. Minimalisme maximum. Chaque geste est décomposé, chaque pas est savouré. Le jeu de lumière est médiocre : aveuglant parfois, mal dirigé souvent, trop fort tout le temps. Là où la magie devrait régner en maitre, c'est la désillusion et l'épuisement qui priment. De plus, la musique électronique ne sied guère au lieu qui appelle davantage les danses nobles que ces élucubrations répétitives sur fond de grésillements assourdissants et autres tics sonores abrutissants qui brisent en quelques instants la magie du lieu. Car non contents de se contenter de danser, les danseurs et danseuses élucubrent des mots censés illustrer les gestes qu'ils sont en train d'effectuer. Imaginez le lapin s'avançant vers Alice et répétant cinq ou six fois consécutives : « le lapin approche d'Alice, le lapin approche d'Alice, le lapin approche d'Alice, le lapin approche d'Alice, le lapin approche d'Alice », le tout entrecoupé de grésillements stressants venus des enceintes situées à côté de moi. Un spectacle à vous rendre fou. Pourtant, la chorégraphie de Karine Saporta ne manque pas de lyrisme et le sujet semble à première vue intéressant mais les fioritures ajoutées de-ci, de-là suffisent à détruire l'envoûtement des premières secondes, à annihiler la féérie du Dansoir.

Savoir

Simon Patterson


Je sais peu de choses...

... dans de nombreux domaines.

03 décembre 2008

Coriolan

Qui oserait aller fouler le sol nanterrois un mercredi soir pour voir une pièce de Shakespeare durant plus de quatre heures ? Visiblement pas grand monde vu que, malgré mes quatre invitations, seul Jean-Michel eut le courage de m'accompagner (à grand renfort de pâtisseries excellentes) au Théâtre des Amandiers. Quelle pièce me direz-vous ? Il s'agit de Coriolan, fable politique sur les jeux de pouvoir et les affres de la démocratie dans la Rome antique, un texte qui, vous vous en doutez, impressionne par sa terrible contemporéanité, en témoignent les questions fondamentales qui introduisent la pièce : Comment vivre ensemble malgré les différences et les différents ? La démocratie est le pire des régimes à l'exception des autres ? Faut-il préférer la sécurité à la la liberté, et l'ordre à la justice ? Autant dire que ces questions continuent de nous préoccuper, bien après Coriolan et bien après Shakespeare qui prouve la l'intemporalité de son théâtre et la puissance de son écriture.

Chaque réplique est savamment écrite et le texte n'a pas perdu de sa superbe. Les quatre heures (avec entracte) que durent la pièce passent à une vitesse folle. Et la mise en scène épurée de Christian Schiaretti (ex-directeur de la Comédie de Reims) permet de renforcer l'intensité de certains passages. D'ailleurs, les parties les plus réussies resteront sans doute ces lentes rondes accompagnées de drapeaux rougeoyants qui transforment la salle en un champ de bataille hypnotique. Le seul défaut de cette pièce haletante est lié à un imprévu, Wladimir Yordanoff s'étant blessé la veille de la représentation à laquelle j'ai assisté, il faut bien reconnaître qu'il manquait parfois de coffre, de puissance pour interpréter ce personnage tyrannique. Et au lieu de le haïr pour tout ce qu'il représente, pour tout ce qu'il dit, pour tout ce qu'il est, voilà le spectateur forcé de prendre pitié pour cet homme faible, claudiquant désespérément d'un bout à l'autre de la scène, peinant visiblement à tenir debout malgré ses béquilles. Et mine de rien, c'est une appréciation subjective que l'on ne parvient jamais à s'ôter de la tête et qui modifie grandement l'âme de la pièce, pièce par ailleurs à tout point remarquable.

02 décembre 2008

Affamé ?

Dans l'art, dans la création artistique, cinématographique, littéraire, théâtrale, j'aime les démarches jusqu'au-boutistes, j'aime les processus créatifs radicaux, j'aime les formes artistiques extrêmes. J'abhorre le consensualisme du fond. Je méprise la consensualité de la forme. J'ai besoin d'être secoué, d'être bouleversé, d'être poussé à réagir. J'ai besoin que le message diffusé (politique ou non) soit radical. J'ai besoin que la forme, la mise en scène, le style soit sans concession. Les artistes doivent être intransigeants avec eux-mêmes et avec leurs prédécesseurs.

Or, aujourd'hui, fréquemment, il faut plaire au plus grand monde. Levy, Musso, Gavalda écrivent les mêmes mièvreries sur des centaines de pages au rythme effréné d'un bouquin par an. Nos écrans sont envahis de comédies sympathiques (et encore...) formatées pour passer en première partie de soirée sur TF1. Les galeries sont polluées par des artistes se contentant de réaliser des toiles assorties aux canapés du salon des ménages les plus aisées. Les metteurs en scène n'osent plus prendre de risque. La facilité, l'opportunisme sont partout. Il n'y a plus de place pour la surprise. Même la polémique est contrôlée, conceptualisée pour créer du buzz, créer l'événement. Le marketing, la communication, la vente sont devenus bien plus importants que la création elle-même. Il faut sortir du rang pour faire parler de soi, mais s'empresser d'y retourner pour vendre sa production. Il faut plaire à un public de 7 à 77 ans, surtout ne pas faire de vagues pour ne pas effrayer les annonceurs.Heureusement, parfois, des artistes sortent du lot et parviennent à satisfaire ma fascination pour la violence et les penchants radicaux de l'Homme. Récemment, c'est le cas notamment de Steve Mc Queen, le réalisateur de Hunger, son premier film. Je crois que c'est l'un des films les plus éprouvants qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie. Une telle horreur, une telle abjection dépasse l'entendement. Je crois avoir rarement autant détourné mon regard de l'écran depuis la première fois que j'ai regardé Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini, le maitre incontesté du radicalisme, aussi bien politique qu'artistique. Je crois donc avoir rarement été autant saisi par les tripes que pendant la projection de ce magistral Hunger.

Ce film est un petit bijou, une perle, une véritable claque administré à tous les spectateurs. Il laisse un goût amer longtemps après la séance et des images traumatisantes tournent encore en boucle dans ma tête. Dans Au nom du père, film hollywoodien avec Daniel Day-Lewis, on pouvait avoir un aperçu du climat tendu entre britanniques et irlandais, des pratiques britanniques pour extorquer les informations ou encore des conditions de rétention dramatiques. Mais on est loin du degré de réalisme et d'émotion atteint par le film Hunger, notamment parce que le film de Jim Sheridan se focalise essentiellement sur l'innocence de Daniel Day-Lewis et de son entourage et non sur les revendications de l'IRA, relégué au second rang.
Ici, il n'est pas question d'innocence, pas question de renoncer à la cause qu'on défend. En ce sens, Hunger est avant tout un film politique, un film sur un combat politique. Un film douloureux sur l'univers carcéral de cette époque mais qui est empreint en permanence des événements extérieurs. La radio, quelques scènes prises ci et là (la peur dans les yeux d'une femme regardant son mari démarré sa voiture, l'exécution d'un gardien de prison alors qu'il rend visite à sa mère en maison de retraite...) et surtout un débat passionnant et passionné entre un prêtre et Bobby Sands, un des militants les plus célèbres de l'IRA sont là pour contextualiser ce qui se passe en Irlande du Nord.

Mais là où le film brille, c'est par le réalisme des tortures, des humiliations subies par les prisonniers alors qu'ils réclament le statut de prisonniers politiques. C'est une plongée dans le coeur d'une prison qui ne peut laisser personne indifférent tant l'horreur des cellules - dont les murs sont recouverts d'excréments - ou des scènes de parloirs - l'émotion que l'on peut lire sur les visages des parents - nous touche de part en part.
D'un point de vue technique, c'est brillant. Chaque plan est esthétiquement riche. Chaque cadrage pourrait être une photo - superbes passages que ceux où le gardien de prison fume sa clope sous la neige. Chaque séquence rend compte du déclin progressif des protagonistes, un déclin qui conduit à l'inévitable demi-heure finale, l'une des plus horribles qui m'ait été donné de voir dans ma vie. En filmant avec un réalisme cru cette grève de la faim qui tourne au cauchemar, le réalisateur pousse les spectateurs dans leurs derniers retranchements. Difficile de voir cet acteur se métamorphoser devant nos yeux, mourir littéralement devant nos yeux. Son corps amaigri, ses plaies béantes, son visage meurtrie, ses yeux éteints... Il meurt en martyr pour donner l'espoir au peuple irlandais. Il aura fallut neuf morts consécutives à une grève de la faim pour que le gouvernement britannique accepte de reconsidérer les demandes des irlandais.

Lorsque la lumière s'est rallumée vendredi dans la petite salle du MK2 Beaubourg, je vacillais. Je venais de ressentir quelque chose de tellement énorme que je n'en suis pas ressorti indemne. Ce n'est plus une fiction, ce n'est plus une biographie, c'est une expérience. Une expérience PUISSANTE et INTENSE que je conseille à tout le monde. Une putain de claque offerte par Steve Mac Queen qui offre un putain de premier film dont la Caméra d'Or est amplement méritée. Un prix d'interprétation pour Michael Fassbender n'aurait pas été usurpé non plus tant sa prestation est sidérante.Mais au-delà de ce constat, je crois bien que dans la vie quotidienne, j'ai de plus en plus envie de rencontrer des personnes radicales, des hommes comme Bobby Sands, des gens qui méprisent la pensée unique et le formatage imposés par une société basée sur la représentation, sur l'apparence car c'est en allant jusqu'au bout de nos convictions que les choses changeront.

01 décembre 2008

Proche est la victoire

Artur Herras

Si vous pensez que je ne suis qu'un anarchiste prêt à tout mettre à feu à sang, vous vous trompez du tout au tout.
Je suis bien pire que ça.


Si vous pensez que je ne suis qu'un péteux en mocassins amusant la galerie avec mes idées révolutionnaires, vous vous trompez du tout au tout.
Je suis bien pire que ça.

Si vous pensez que je ne suis qu'un minable bloggeur déversant fielleusement mon discours gauchiste, vous vous trompez du tout au tout.
Je suis bien pire que ça.

Si vous pensez que je ne suis qu'un utopiste prêt à mourir pour des idées périmées, vous vous trompez du tout au tout.
Je suis bien pire que ça.

Si vous pensez que je ne suis qu'un benêt persuadé que changer de système économique permettrait de changer la face du monde, vous vous trompez du tout au tout.
Je suis bien pire que ça.

Et bientôt nous serons des milliers puis des millions.

Et le monde sera nôtre...