Cio che sempre parla in silenzio è il corpo.
[Alighiero&Boetti]
[Alighiero&Boetti]
Lorsque l'on évoque Saint-Matthieu devant moi, mon esprit fait instantanément le rapprochement avec le film de Pier Paolo Pasolini et j'étais donc loin d'imaginer que Jean-Sébastien Bach avait composé deux passions, l'une selon Saint-Jean et l'autre selon Saint-Matthieu. C'est donc la seconde que j'ai eu la chance de voir grâce à Jean-Michel au théâtre de Poissy, dans le trou du cul des Yvelines où je m'étais déjà rendu pour découvrir la Villa Savoye.
J'étais aujourd'hui invité à la Cinémathèque pour découvrir en exclusivité leur nouvelle exposition : Jacques Tati, deux temps, trois mouvements, tribut au réalisateur français de la « modernité ». Dans un espace méconnaissable comme d'habitude, le visiteur peut se perdre dans des détails des films de Jacques Tati. Il endosse ainsi trois rôles, celui de visiteur, de spectateur et enfin, celui d'acteur. Chaque film à son espace, chaque film est illustré par quelques objets présentés dans le champ de la caméra de Tati ou bien même hors champ comme un moulin à café assez bizarroïde ayant servi à faire les bruitages dans Playtime. Cette exposition rend donc hommage à la part d'innovation dans son cinéma, son lien étroit avec le design, l'art et l'architecture de son époque. La maquette de la villa Arpel sortie de Mon Oncle - reconstruite grandeur nature au 104 à partir de jeudi – ou encore la reconstitution d'une pièce entière de Playtime sont là pour illustrées l'aspect résolument moderne du cinéma de Jacques Tati, trop souvent réduit à un pitre dans la droite lignée de Keaton ou Chaplin. Moi-même, ne gardant qu'un souvenir très vague de ses films vus alors que j'étais enfant, étais loin d'imaginer la richesse visuelle de chacun des plans des films de Monsieur Hulot ou même de ces courts-métrages salués par la critique. C'est pourquoi l'exposition a au moins un mérite, celui de m'avoir donné envie de redécouvrir le cinéma de Jacques Tati.
J'aime le théâtre de Tchekhov, un théâtre bavard et arborant néanmoins un ton mélancolique, voire nostalgique d'une Russie qui n'existe plus. Grave et léger. Souriant et douloureux. Un ton doux-amer qui colle à la peau. Chaque personnage est croqué avec passion, avec délectation. En quelques phrases, le tableau est posé. En quelques répliques, les grandes lignes de la pièce sont établies. Dans La Cerisaie, on retrouve le cocon familial comme dans Les trois soeurs vu à la MC93 l'an dernier. Un cocon disloqué autant que soudé. Et c'est l'âme de la famille que sonde Tchekhov. C'est l'âme humaine qu'il met en exergue dans ses pièces.
Tout d'abord, Alain Françon décide de réaliser une copie du décor souhaité par Tchekhov lui-même lorsqu'il monta la pièce à l'époque. Assorti à des costumes d'époque, le choix se révèle évident. Avec un décor simple mais efficace, sans fioriture mais suffisamment réaliste pour situer chaque acte, le spectateur peut se concentrer uniquement sur le texte, sur les mots, sur les phrases, sur les silences, ces pauses – surtout dans le dernier acte – qui donnent une autre dimension à la situation jouée, à ce lent et inexorable délitement d'une bourgeoisie dépassée par l'entrée de la Russie dans la « modernité ».
Une harmonie complète entre le texte, la mise en scène et l'interprétation qui permet de passer un bon moment au Théâtre de la Colline.