30 septembre 2009

Etre ou ne pas être au théâtre ?

Edward Hopper

Je vais au théâtre afin de me voir sur la scène (restitué en un seul personnage ou à l'aide d'un personnage multiple et sous forme de conte) tel que je ne saurais - ou n'oserais - me voir ou me rêver, et tel pourtant que je me sais être. Les comédiens ont donc pour fonction d'endosser des gestes et des accoutrements qui leur permettront de me montrer à moi-même, et de me montrer nu, dans la solitude et son allégresse.
[Jean Genet]

28 septembre 2009

FlickR Pro

Après un mois de baisse d'activité, je retrouve mon compte FlickR et ses multiples fonctionnalités. Des dizaines de photos de mes vacances à découvrir de toute urgence dans une qualité exceptionnelle.

25 septembre 2009

Tobacco History X

Jacques Prévert

J'ai commencé à fumer. Cet été. Comme ça, par hasard. Un jour, un soir, après avoir mangé dans un restaurant mexicain pour l'enterrement de vie de garçon de Sébastien, j'ai tiré une taffe, puis une deuxième et une troisième sur une cigarette de Maxence. Une Fortuna. Et j'ai aimé ça. C'est con, mais j'ai aimé ça. Chaque année, je tirais quelques taffes sur une cigarette, pour être sûr que je trouvais ça répugnant, que le goût, l'odeur, la saveur n'était, par nature, pas adaptés à mon être divin, flirtant perpétuellement avec la perfection. Généralement ça ne manquait pas, je rendais la cigarette empruntée avec un petit air dégoûté, fier de ne pas succomber à ce fléau cancérigène. Mais là, pas de sensation désagréable, pas de geste de répulsion au moment où je portais la cigarette à ma bouche. Au contraire, j'ai éprouvé du plaisir. Une satisfaction intense, comme un carré de chocolat après un bon repas.

Je me suis souvenu des premières clopes que j'avais piqué à mes parents. Des Camel sans filtre. Elles me faisaient tousser sur le chemin du collège. Je devais avoir onze ou douze ans. La tentative d'avoir un genre viril à la sortie du collège fut rapidement abandonnée ; la cigarette n'était pas faite pour moi. Nous étions diablement incompatibles et cela ne m'avait jamais inquiété. Bien au contraire. Je m'étais fait le pourfendeur de la cigarette, l'ennemi juré du fumeur. Je reconnais que j'étais presque intolérant vis-à-vis des gens qui fumaient sur les quais de la gare ou dans des files d'attente. Et pourtant, fumer sur le quai d'une gare avant que le train ne démarre est sans aucun doute l'une des choses les plus agréables sur cette terre, malheureusement impossible à faire légalement en France.

J'aurais pu en rester là. Une petite clope et puis s'en va. Mais il faut croire que j'étais déjà accro. Durant toute la semaine qui a suivi, je marquais un temps d'hésitation devant chaque bureau de tabac que je rencontrais. Céderai-je à la tentation ? Finalement, j'ai résisté. Et puis le jour du mariage, cinq jour plus tard, je n'ai pu m'empêcher de taxer une clope par ci, une clope par là. J'avais peur de ne jamais retrouver les mêmes sensations qu'après ma première cigarette « agréable ». Heureusement, le plaisir était toujours au rendez-vous. Inavouable, faisant de moi un fumeur invétéré. Deux jours plus tard, je m'envolais vers la Slovaquie et ses cigarettes deux moins chères qu'en France. J'ai succombé assez facilement – il est bien connu que je n'ai aucune volonté de toute façon. Un paquet de Petra plus tard, j'étais devenu un vrai fumeur (bien que je continue de trouver la fumée des autres insupportable et l'odeur sur mes mains assez odieuse).

Heureusement, la Corse a calmé mes ardeurs et désormais je ne fume plus que deux ou trois cigarettes par jour, essentiellement après avoir dîné et avant de me coucher. Le plaisir quotidien de m'asseoir à moitié nu sur le rebord de ma fenêtre pour tirer quelques taffes réconfortantes sur mon petit bâtonnet de bonheur. J'en viens même à penser qu'il manquait quelque chose jusqu'à présent dans ma vie. Et que cette amie aussi envoutante que maléfique s'appelait Petra ou Sparta. Pourtant, des interrogations persistent. Continuerai-je de fumer une fois que j'aurais épuisé mon stock de cigarettes ramenées de République Tchèque ? Achèterai-je pour la première fois des cigarettes en France ? Attendrai-je que Maxence (le seul et unique responsable de mon cancer des poumons dans 20 ans, à moins que je ne sois déjà mort d'une cirrhose du foie depuis 15 ans !) revienne de Slovaquie à Noël avec deux énormes cartouches de Petra ? Une chose est sûre, je n'ai vraiment pas l'intention d'arrêter alors que je viens de commencer, à 23 ans.

24 septembre 2009

Train-train

Ivo Pannaggi

L'inspiration ne me vient plus que dans le train...

22 septembre 2009

κλειδί - phobia

René Magritte

Mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles savent que je n'ai peur de rien. De presque rien. Je ne suis pas d'un naturel craintif. Pas de pusillanimité inutile. Perpétuellement optimiste, inlassablement confiant, continuellement tranquille, constamment serein. Parfois je me demande si je ne suis pas juste inconscient. Pas suffisamment lucide des risques encourus. Mais je préfère ne pas y penser. Pourtant, je ne suis pas une machine insensible, sans aucune émotion. Je dois bien reconnaître deux phobies assez handicapantes. La phobie des guêpes, des bourdons et autres dérivés noirs et jaunes. Une phobie qui me tétanise lorsque l'une de ces bestioles vient tourner autour de moi. Je suis alors incapable de bouger (sauf pour agiter les bras dans tous les sens pour chasser la bête), incapable de penser, incapable de parler. Frousse qui amuse beaucoup mes amis tant mon teint devient blafard lorsque mon regard croise une de ces bestioles impitoyables. A cette première source d'épouvante s'ajoute la phobie des méduses. Je suis tellement effrayé à l'idée de me faire piquer par des méduses que je parviens à les imaginer autour de moi quand je nage. D'un coup, je panique, incapable de me raisonner, me persuadant que je suis entouré d'un banc de méduses et que je suis condamné à me faire piquer jusqu'à ce que mort s'ensuive, comme dans L'année des méduses (^^). Folie de la déraison m'empêchant, depuis plusieurs étés, à aller me baigner seul. Pourtant, loin de me satisfaire de ces deux tares, une autre s'est greffée depuis que je vis dans le studio de mes grands-parents à Neuilly. Ainsi, une troisième phobie est venue s'ajouter il y a quelques temps à cette triste liste : la phobie-de-la-clé-restée-à-l'intérieur-alors-que-je-viens-de-fermer-la-porte. Sentiment insupportable. Appréhension récurrente. Peur quotidienne. Chaque jour, plusieurs fois par jour, au moment de sortir de mon appartement, je vérifie que la clé est bien dans ma poche. Une fois. Deux fois. Parfois trois fois. Et je claque la porte, toujours pas très rassuré, terrifié à l'idée que je ne vais peut-être plus jamais pouvoir rentrer à nouveau dans l'appartement. Et le pire, c'est que la l'angoisse réapparait à partir du moment où je pénètre dans l'allée privée. Ai-je bien toujours la clé dans ma poche ? Suis-je vraiment sûr de ne pas l'avoir oublié sur la table ? Mais que fait Sarkozy, le président de la peur, contre ce type d'effroi chez ses chers concitoyens de Neuilly-sur-Seine ? Il est vraiment temps que je trouve un nouvel appartement...

16 septembre 2009

La fin du doute

Domenico de Clario

Le retour de vacances fut rude. Passer des plages ensoleillées de la Corse à la grisaille de Neuilly sur Seine m'a été fatal. Pas de master, pas de travail, pas de stage, pas d'appartement, pas d'amoureuse, pas de téléphone. Difficile dans ces conditions d'appréhender avec optimisme l'année qui commençait. Je me morfondais, partageant mon temps infiniment libre entre le cinéma (trois semaines de sorties rattrapées en quelques jours) et mon studio où je trainais sur Facebook et triais les quelques trois milles photographies rapportées de mon périple. L'ennui me guettait bien que je passais également beaucoup de temps à répondre à des annonces. Rédiger des lettres de motivation ne me demandait plus aucun effort tant les postes désirés étaient semblables. J'ai ainsi démarché un certain nombre de lieux culturels de la capitale mais j'étais surtout prêt à tout plaquer pour un VIA (Volontariat International en Administration) à l'étranger. Serbie, Roumanie, Madagascar, Burundi... Le ministère des affaires étrangères a reçu un paquet de candidatures à mon retour à Paris. Je me voyais déjà directeur adjoint d'un centre culturel français dans une ville maudite d'un de ces pays maudits. Malheureusement, toutes mes demandes restèrent lettre morte alors que je reste intimement persuadé que j'étais la personne idéale pour ces contrats généreusement rémunérés. Une chose est sûre, je retenterai ma chance l'année prochaine.

De jour en jour, la pression était de plus en plus forte. Qu'allais-je faire de l'année qui s'annonçait ? Et puis finalement, progressivement, les choses se sont décantées. Vendredi dernier je parviens enfin à joindre le secrétariat du Master 2 Produits Culturels pour lequel je suis sur liste d'attente depuis début juillet. La secrétaire – qui s'appelle Francesca, bon ou mauvais signe ? - me promet une réponse définitive le lundi. Le lundi, j'attends toute la journée le coup de fil en question puis, en fin d'après-midi, je finis par craquer et appeler moi-même. La secrétaire ne peut toujours rien m'assurer mais elle me confie quand même que je suis deuxième sur la liste d'attente et que pour le moment, le master n'a pas fait le plein d'inscriptions. L'espoir renait. Elle doit m'annoncer une réponse définitive mardi après-midi, après la pré-rentrée du master pour que je puisse être présent dès la reprise des cours le mercredi. Le mardi je passe la journée à Cherbourg avec Thomas pour voir l'exposition Hugo Pratt, périples secrets au Musée Thomas Henry. Je n'ai pas dormi de la nuit tellement j'étais partagé entre excitation et angoisse. Toute la journée, je jette des regards éplorés sur mon téléphone, espérant fortement qu'il se mette enfin à vibrer. Un peu après 18 heures mes prières sont exaucées mais la réponse au téléphone n'est pas exactement celle que j'attendais. Mon dossier de candidature est introuvable et la secrétaire me demande d'en reconstituer un au plus vite. J'en suis évidemment incapable et elle finit par me dire qu'un CV suffira. Le lendemain, vers 15 heures, je saute de joie, j'exulte au téléphone. C'est la fin de la torture : je suis pris en M2 Produits Culturels à la Sorbonne (Paris 1).

11 septembre 2009

11-09-39

Tullio Crali

Nouvelle hypothèse, les attentats du 11 septembre 2001 seraient en fait l'oeuvre de fascistes italiens. La preuve avec cette peinture du futuriste Tullio Crali datant de 1939 montrant l'attaque des tours du point de vue des terroristes. Décidément, l'extrême-droite italienne file un mauvais coton...

10 septembre 2009

Très très grande surface

Jean Dubuffet

Récemment, j'ai été faire mes courses dans une grande surface. Une très très grande surface. Un endroit inimaginable construit sur plusieurs étages. Un lieu entièrement dédié au culte de la consommation. Lorsque je vivais dans Paris intra-muros, j'avais mes petites habitudes au ED, au Franprix ou au Carrefour Market, trois enseignes à taille humaine proposant suffisamment de produits pour se faire plaisir à un coût raisonnable. Actuellement, habitant temporairement Neuilly sur Seine, je n'ai guère que le Shopi hors de prix ou le Monoprix select pour faire mes courses. C'est pourquoi, alors que j'étais au cinéma au UGC de La Défense, j'ai eu le malheur de vouloir remplir mon frigo au Auchan du Centre Commercial des Quatre Temps. Mais quelle idée saugrenue ! A peine avais-je pénétré dans le supermarché que je savais que j'avais fait une erreur. L'étage supérieur est entièrement voué à la consommation autre qu'alimentaire. Des livres, des télévisions, des draps, des ustensiles de cuisine, on y trouve de tout. Si tant est qu'on y trouve quelque chose tellement il semble impossible de maitriser la géographie de ce bordel innommable. Sans parler des multiples promotions et autres réductions agressant violemment le potentiel consommateur ayant signé son arrêt de mort au moment même où il franchissait le seuil du magasin. Et les offres proposées en exclusivité semblent tellement alléchantes, affriolantes, qu'il faut une volonté de fer pour y échapper et se faufiler vers l'étage inférieur où m'attendent plusieurs centaines de m² de nourriture venue des quatre coins du monde.

Les allées sont immensément longues, colossalement hautes, démesurément garnies. Chaque produit est décliné en dizaine de références. Jamais je n'aurai imaginé un choix aussi pléthorique et j'en viens presque à regretter un supermarché soviétique avec un type de brosse à dent et un type de dentifrice. Les marques se font une guerre impitoyable dans les rayons, à grand renfort de promotions spéciales, de stands de dégustation et de packagings attirants. Et Auchan de tirer les prix toujours plus bas avec son rayon « discount ». Des prix beaucoup plus faibles que chez ED. Et j'ai eu le malheur de me laisser tenter par quelques produits. Quelle erreur ! Mousses au chocolat, sauce napolitaine, mozzarella... Tous les produits « discount » du Auchan étaient infects. Plus jamais je ne ferai mes courses dans ces rayons où l'on trouve même du vin à un euro la bouteille, des biscuits à l'unité et des dizaines de produits de première nécessité bradés. Mais comment peut-on produire des produits d'une qualité aussi médiocre ? N'est-ce pas indécent de commercialiser des produits qui finiront forcément à la poubelle tant ils sont répugnants ?

Finalement, j'ai mis presque une heure à faire mes courses. J'arpentais les rayons, découvrant à chaque seconde des produits inattendus ou bien des promotions tellement intéressantes que je ne pouvais que succomber. Des pâtisseries ou des viennoiseries quatre fois moins cher que chez n'importe quel pâtissier (et même dix fois moins cher que chez Jacques Génin !^^) mais - je l'apprendrai bien vite - quatre fois moins bonnes (et même dix fois moins bonnes que chez Jacques Génin). Des formes de pâtes à l'existence insoupçonnée jusqu'à lors. Des desserts aux multiples parfums et aux multiples variations. En revanche, je n'ai jamais réussi à trouver l'accès vers l'étage inférieur des boissons, ni l'emplacement des sauces pour les pâtes. Et le pire c'est que j'ai ensuite dû faire la queue (constituée essentiellement de salariés de La Défense sous antidépresseurs ou de banlieusards neurasthéniques), une queue inimaginable dans mes anciens petits magasins de quartier où je n'attendais pas plus de deux ou trois minutes avant de pouvoir payer mes achats. Décidemment je ne suis pas fait pour la vie de banlieue...

01 septembre 2009