28 mai 2009

Parisian way of life

Ludwig Meidner

Si j'habite Paris, c'est pour y être le moins possible.

23 mai 2009

Motus et bouche cousue

Cette nuit, la tempête s'est levée. Avant même que le soleil ne se couche, le vent avait déjà commencer à forcir. La température, étouffante dans l'après-midi, avait perdu plusieurs degrés en quelques heures. Pourtant, dans un moment de folie mêlée d'inconscience, nous avons mouillé le voilier à quelques encablures seulement de la digue protégeant le port de Porquerolles. Au milieu de la nuit, un bruit assourdissant se fait entendre. La poupe du bateau – à moins que ça ne soit la quille – cogne à deux reprises contre la jetée. Réveillé à moitié, je préfère me replonger dans mon sommeil, considérant le vacarme comme un pur produit de mes rêves, déjà émoustillés par le claquement incessant des haubans contre le mât depuis le début de la nuit. Malheureusement, Nastasia, apeurée, vient me sortir de ma torpeur. A moitié nu, le teint blafard, les yeux embués, je me presse sur le pont. Il nous faut rallumer le moteur, relever l'ancre et avancer, à l'aveuglette, pour aller mouiller Motus un peu plus loin dans la crique. La nuit est noire, on devine à peine la forme des autres bateaux autour de nous. Face à moi se trouve une forêt de mâts signalés par une simple ampoule blanche à leur sommet. Cela fait un drôle d'effet, à la fois hypnotique et effrayant, un sentiment d'effroi renforcé par le vent qui ne cessent de s'abattre sur le voilier ballotté de part en part. Je peine à guider Nastasia qui se trouve à la barre. Malgré le silence de la nuit, je sens mon cœur battre à toute vitesse. Sur le moment, je ne réalise rien, gardant mon calme légendaire malgré le vent qui me glace les os et l'agitation ralentie qui règne sur les autres bateaux autour de nous...Au petit matin, il me faut risquer ma vie à nouveau. Après avoir pris un petit-déjeuner consistant, je me vois dans l'obligation d'aller affronter les vagues et l'eau glacial pour aller libérer le safran dans lequel s'est coincé une corde et deux petites boules, reliquat d'un maudit filet de pêche qui nous avait harponné la veille. La mer est agitée. La tempête de cette nuit a remué ses entrailles. Je lutte pour garder la tête hors de l'eau. Qu'elles me paraissent loin les années où je nageais comme un poisson, que dis-je un dauphin, et que je jouais au water-polo. Je plonge une première fois. En repérage. Le filin est complètement bloqué. J'ai beau mettre tous mes muscles en action, je ne parviens pas à le libérer, ne serait-ce d'un millimètre. Je replonge à plusieurs reprises avant de définitivement renoncer. Je manque de souffle. Je tiens à peine 15 secondes dans l'eau avant d'avoir l'impression d'étouffer. Dans ces conditions, impossible de couper la corde qui entrave notre marche, impossible de tirer dessus. D'autant plus que je vis dans la peur d'être assommé par la poupe du voilier qui ne cessent de se soulever et de s'affaisser au rythme ininterrompu des vagues. Dépité, déçu d'avoir échoué, je remonte dans le bateau la tête basse.
Heureusement, cet épisode n'est qu'un léger contre-temps vers ma gloire éternelle. Quelques heures plus tard, alors que nous mouillons au port de Porquerolles dans l'attente d'un plongeur libérateur, je retente ma chance. L'anse est protégée. Le vent est retombé. L'eau est calme. Je peux garder mes forces pour affronter mon objectif. Je tente d'abord de libérer le safran avec mes pieds, gardant ainsi ma tête hors de l'eau. Malheureusement, je dois me rendre à l'évidence, la méthode n'est pas efficace et je parviens seulement à m'égratigner les chevilles sur la coque du bateau. Il me faut donc enfiler mon masque et plonger. Sans aucun mal, j'achève de couper la corde, libérant ainsi l'un des flotteurs (que j'ai gardé en souvenir et que je conserve précieusement dans un coin de ma chambre). Le suivant suit presque aussi facilement. Tel un demi-Dieu antique, je me sens transporté par mon succès, fier d'avoir dépassé mon renoncement de la matinée, heureux d'avoir économisé les quatre-vingts euros demandés par le plongeur. Mon abnégation mêlée à mes qualités physiques naturelles ont eu raison de ce coup du sort. Nous pouvons dès lors quitter le port de Porquerolles pour reprendre la mer pour de nouvelles aventures dont vous pouvez retrouver les photos sur FlickR.
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21 mai 2009

Prémices d'une Europe Culturelle ?

Edvard Munch

Le Centre Pompidou a proposé de réunir plusieurs grands musées d’art moderne et contemporain autour d’une offre d'accès illimité à dimension européenne dont peuvent bénéficier les jeunes européens de moins de 26 ans inscrits dans une université européenne dans le cadre d'un échange Erasmus. C'est la carte « Museo Libre » qui regroupe le Reina Sofia à Madrid, le Moderna Museet à Stockholm, le Musée Berardo à Lisbonne, le Castello di Rivoli à Turin, le Musée Sztuki à Lodz, le Mudam à Luxembourg et le Centre Pompidou à Paris.

La carte reprend toutes les caractéristiques du Laissez-Passer Beaubourg réservé aux moins de 26 ans. D'ailleurs, pour les amateurs des cartes créées par Annette Messager ou Tatiana Trouvé, cette année, la carte « Museo Libre » a été réalisée par Christian Boltanski et sera dès lors renouvelée chaque année par un artiste contemporain européen. En plus de ces avantages, elle permet à tous les adhérents l’entrée illimitée dans toutes les collections permanentes et les expositions temporaires des musées partenaires ainsi qu’un accès privilégié à une sélection d’activités culturelles proposées par ces établissements. Pour seulement trois euros de plus (le laissez-passer actuel coûte 22 euros pour un an), le jeune amateur d'art peut s'offrir sept des plus grandes institutions culturelles d'Europe.

Théoriquement, la carte « Museo Libre » semble être une excellente idée développée par les services du Centre Pompidou. Intimement convaincu du bien-fondé du système de carte illimitée et autres laissez-passer comme alternative à la gratuité totale ou partielle des musées (non-souhaitable pour tout un tas de raisons trop longues à expliquer dans cet article), je ne peux que me réjouir de ce nouveau-venu parmi les offres proposées par les institutions culturelles de la capitale, une offre à la dimension internationale assez exaltante. Pourtant, derrière mon enthousiasme de façade dissimule quelques réticences tant j'aimerais penser que cette carte n'est qu'une ébauche, un projet en phase bêta, le croquis d'une véritable politique culturelle commune au sein de l'Union Européenne.

Pourquoi la réserver uniquement aux étudiants Erasmus ? Ne pourrait-on imaginer qu'elle s'adresse à tous les jeunes de moins de 26 ans de l'Union Europénne ? Voire même qu'elle soit étendue à tous les européens ? Une telle carte est susceptible d'intéresser énormément de monde. Plus que jamais, les voyages au sein de l'Union Européenne ont le vent en poupe. L'absence de formalités et le développement pharaonique des compagnies low-cost augmentent le nombre de courts-séjours permettant de découvrir une capitale par-ci, une grande ville par-là. Une telle carte permettrait vraisemblablement d'augmenter la fréquentation des grandes institutions culturelles européennes, mais aussi des structures plus modestes comme l'ont montré, dans un tout autre domaine, les études concernant la carte UGC illimitée qui montrent clairement que la formule a eu un impact positif sur le cinéma d'auteur.

Pourquoi ne réunir que sept musées ? Pourquoi la limiter uniquement aux musées d'art moderne et contemporain ? Ne pourrait-on imaginer une carte qui dépasse les genres, qui transcende les styles ? Même si le Centre Pompidou précise que de nouveaux établissements européens devraient rejoindre le projet dès l'année prochaine, ne pourrait-on imaginer d'ores et déjà une carte commune qui abolirait définitivement les frontières dans l'Union Européenne pour offrir à ses citoyens un accès à la culture presque illimité ? Quiconque a déjà été en Hollande connait le principe de la Museumkaart, véritable révélation pour n'importe quel amateur d'art parisien habitué à avoir une multitude de pass dans son portefeuille. Effectivement, cette carte est unique. Dès lors, pas besoin de multiplier les cartes.

Orsay, Branly, Beaubourg, Grand Palais, Louvre : en France, chaque musée a sa propre carte et son propre public. Une carte plus globale serait susceptible de briser les frontières entre les différents styles et ouvrir l'esprit de ses possesseurs. Un amateur de la Renaissance Italienne espagnol pourrait se laisser tenter par une exposition de photographies de l'entre-deux guerres à la Maison de la Photographie d'Amsterdam (FOAM). Une admiratrice de la création contemporaine slovaque pourrait découvrir avec passion l'impressionnisme au Musée d'Orsay. Et les exemples sont déclinables à l'infini tant cette carte serait susceptible d'exacerber la curiosité intellectuelle des citoyens européens.

Cependant, faute d'une volonté politique forte de la part des états-membres, une véritable carte « Museo Libre » – dans le sens d'un accès aux musées totalement libre partout en Europe – n'est sûrement pas prête de voir le jour dans l'Union Européenne. Pourtant, au-delà de l'Europe Économique (aux ravages libéraux aujourd'hui évidents), au-delà de l'Europe Sociale (promise depuis 20 ans et dont on peine à voir les réalisations concrètes), l'Europe Culturelle pourrait bien être un nouveau challenge pour les parlementaires européens prochainement élus. Qui est prêt à relever le défi d'une véritable démocratisation de l'accès au savoir au sein d'une Union Européenne qui peine de plus en plus à convaincre ?

16 mai 2009

Bordeaux Chanel

Lubin Baugin

J'aime Bordeaux pour ces Happy Hours sur les bouteilles de vin de 17h à 22h !

Mais aussi pour plein d'autres raisons à découvrir en photo sur FlickR.

14 mai 2009

Naples et l'art contemporain

 Andy Warhol

 L'ouverture d'un nouveau Musée Hermann Nitsch à Naples il y a quelques mois nous invite à (re)découvrir une cité souvent critiquée (le problème des ordures qui semble s'éterniser), parfois raillée (le linge séchant aux balcons dans de petites ruelles sombres) mais pourtant indéniablement raffinée.

Stendhal disait de Naples qu'elle était une grande ville riche d'histoire, avec Paris, l'unique possible capitale d'Europe. Pourtant, loin de se reposer sur son patrimoine culturel important – dont le Musée du Capodimonte ou le Musée National d'Archéologie en sont les emblèmes les plus célèbres – la ville témoigne d'une activité foisonnante au niveau de l'art contemporain. Décrite comme une ville chaotique où règne le désordre et l'anarchie, une ville étouffée par La Camorra (confer le violent Gomorra, grand prix au festival de Cannes 2008), une ville muselée par l'influence de la religion et des traditions, une ville où les seuls moyens d'expression institutionnalisés sont les tags et autres graffitis, une ville vibrant davantage pour les exploits de la Squadra Azzura que pour les dernières créations s'arrachant sur la scène internationale, Naples ne semble pas prédisposée à accorder une place d'honneur à l'Art Contemporain.

Pourtant, après une dizaine de jours à sillonner les rues de la capitale de la Campanie, il faut se rendre à l'évidence : l'art contemporain est partout. Il s'expose du haut des immeubles aux sous-sols de cette vaste jungle urbaine, du ciel pollué au ventre de la terre saturée. Sous la surface, les galeries du métropolitain ont été entièrement conçues par des artistes. Les stations de la ligne 1 du Metronapoli ont toutes faites l'objet d'une attention particulière. Peintres, sculpteurs, photographes, designers, plasticiens se sont relayés pour rendre le monde souterrain napolitain aussi attrayant que possible. C'est ce que l'on a appelé le projet "Stazioni dell'arte" (stations artistiques) qui propose de décorer toutes les stations d'œuvres d'art contemporaines et dans certains cas, d'exposer les stations elles-mêmes comme œuvres d'art. Plus généralement, ce travail d'embellissement des lieux publics se prolonge au-delà des bouches de métro. Les alentours de chaque station ont également été pensés, décorés, sculptés. Sortir aux stations Salvator Rosa ou Materdei permet un dépaysement bien loin des clichés de la vie napolitaine.

La ville possède plusieurs espaces d'expositions d'envergure internationale. Le Museo d'Arte Contemporanea Donna REgina (MADRE), le musée d'art contemporain bâti aux abords du quartier historique, bénéficie d'une collection permanente de qualité – même si un peu limitée quantitativement – rassemblant des grands noms de la scène internationale (Jeff Koons, Damien Hirst, Gilbert&Georges, Julian Schnabel, Sol Lewitt, Robert Rauschenberg, Gehrard Richter...) mêlés à des artistes nationaux inconnus ou presque du grand public étranger (Mario Merz, Jannis Kounellis, Francesco Clemente, Luciano Fabro, Giulio Paolini, Mimmo Paladino, Domenico Bianchi...), la plupart issus du mouvement Arte Povera. Le Musée organise également des expositions temporaires dont la notoriété dépasse les frontières de l'Italie : Georg Baselitz, Robert Rauschenberg, Alighierro&Boetti, autant d'artistes qui ont eu la chance d'avoir une belle rétrospective ces derniers mois.

Par ailleurs, l'immense Palazzo delle Arte Napoli (PAN), bénéficiant d'un espace de 6000m² en plein cœur de Naples, permet l'organisation d'expositions temporaires de qualité que l'on pourrait aisément comparer au Palais de Tokyo à Paris. Le lieu, reconnu pour l'éclectisme de sa programmation (dernièrement furent réunis des artistes tels que Julia Draganovic, Svjetlan Junakovic ou Joanpere Massana) est fréquenté par l'intelligentsia napolitaine curieuse de nouveautés et de surprises en matière de créations artistiques.

A Naples, la culture et la création font l'objet d'un investissement particulier de la part de la municipalité (qui n'hésite pas à ouvrir le Castel dell'Ovo ou le Castel Sant'Elmo à des expositions temporaires...) mais sont également encouragées par des acteurs privés comme en témoigne l'ouverture du Museo Archivio Laboratorio per le Arti Contemporanee Hermann Nitsch Napoli. Ce dernier a ouvert grâce au soutien de la Fondation Morra et permet de se plonger dans le travail saisissant de l'artiste viennois Hermann Nitsch, des oeuvres mêlant religion et sciences avec violence et avidité. Afin de prolonger sa démarche, le musée dispose d’un laboratoire d’expérimentation visuelle, olfactive et gustative, mais aussi d’une salle de visualisation des archives vidéos, musicales et de consultation des documents écrits. De plus, le musée planifie d’offrir, en collaboration avec la Fondation Morra, des bourses d’études à des chercheurs sur les performances, l’art multimédia et les œuvres interdisciplinaires au-delà du travail d'Hermann Nitsch.

Cette omniprésence de l'art contemporain surprend. Même le Musée du Capodimonte consacre un étage complet à l'art contemporain et a récemment organisé une rétrospective Louise Bourgeois (celle vue à Paris au Centre Pompidou, à Londres à la Tate Modern, à New-York au Musée Guggenheim et qui ne cesse de voyager) au sein même de sa collection permanente réputée dans le monde entier pour ses Caravage, ses Bellini, ses Boticelli ou ses peintres de l'école napolitaine. Tout cela laisse un peu pantois, comme si le danger représenté par le Vésuve, le puissant volcan qui domine la ville et menace de la détruire à chaque instant, mettait en exergue la créativité des artistes. Comme si l'Art se voulait une manière de se protéger du danger permanent émanant du cratère endormi. Naples apparaît donc comme une cité métaphorique poussant l'aspect éphémère de l'art contemporain à son paroxysme.

12 mai 2009

Question 29

Mario Sironi

Il y a pire que la délation en Italie et le durcissement de la loi sur l'immigration ; les milanais n'ont plus le droit de manger des kebabs dans la rue.


Imaginez-vous plus grave atteinte aux
libertés individuelles ?


11 mai 2009

De Corot à l'Art Moderne

Camille Corot/Paul Cézanne

Dépoussiéré le Musée des Beaux-Arts de Reims. Depuis qu'un nouveau conservateur, David Liot, a pris la direction du musée il y a quelques années, celui-ci change, se modernise progressivement, revit pour le plus grand plaisir des visiteurs rebutés par l'austérité d'antan. En témoigne la dernière exposition en date : De Corot à l'Art Moderne, souvenirs et variations, véritable succès critique et public comme le montre les premiers chiffres de fréquentation et les échos que l'on peut entendre à droite, à gauche.

Il faut savoir que l'exposition a préalablement été montée au Japon par Le Louvre où elle a attiré plus de 500 000 visiteurs. Mais en France, quel autre musée que le Musée des Beaux-Arts de Reims pouvait rendre un hommage à Corot ? Depuis toujours le peintre est la vedette de la collection permanente, le fond le plus important d'œuvres de Corot après Le Louvre sur le plan international. Jusqu'à peu, une pièce sombre abritait une bonne vingtaine de paysages mystérieux du peintre, condamnés à moisir dans d'atroces conditions d'exposition – des tableaux collés, presque les uns sur les autres – dans ce petit musée de province. Pourtant, Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) mérite mieux que ça.

Peintre de paysages formé dans la tradition classique, il a notamment été inspiré par les peintres du réalisme hollandais et de l'école anglaise. Il a livré une œuvre colossale qui rencontrait déjà du succès de son vivant. On sait aujourd'hui qu'il commençait des paysages à l'extérieur qu’il retravaillait ensuite dans son atelier en fonction de ses souvenirs, une méthode sur laquelle il s'exprimait ainsi : « J’interprète avec mon cœur autant qu’avec mon œil ». Aujourd'hui, la salle du musée (« Corot à Reims ») rassemblant la plupart de ces tableaux a été réorganisée, remodelée, entièrement rénovée et redonne au peintre la place qu'il mérite. L'exposition actuelle renforce ce sentiment par le biais de salles thématiques présentant son œuvre dans toute sa diversité en y accolant systématiquement un tableau d'une avant-garde étroitement lié.
Dans cette exposition, en proposant de montrer de manière presque didactique l'influence de Corot dans la grande histoire de l'art moderne, de l'impressionnisme à l'abstraction, le commissaire de l'exposition réalise un tour de force assez incroyable. D'analogies audacieuses en comparaisons judicieuses, l'œuvre de Corot prend une autre dimension. Finis les paysages réalistes et ternes, Corot devient source de lumière, vecteur de modernité. Paul Cézanne, Auguste Renoir, Henri Matisse, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Claude Monet : les noms réunis pour l'occasion font rosir de plaisir. Des tableaux venus du monde entier. Les prêts rassemblés par le conservateur force le respect. Qui aurait cru pouvoir admirer des œuvres du Hammer Museum de Los Angeles ou du Van Gogh Museum d'Amsterdam à Reims ?

Progressivement, le visiteur se laisse happer par la justesse de l'assertion, par la facilité de la comparaison, par la rigueur de l'argumentation. On aimerait trouver quelque chose à redire au raisonnement, mettre en doute la démonstration. Comment ce peintre à première vue académique a-t-il pu influencer les plus grands noms de la peinture moderne ? En quoi le traitement de ses paysages et de ses personnages préfigure l'impressionnisme, le fauvisme, le cubisme et même l'abstraction de Kandinsky ? Pourtant, les parallèles sont saisissants, la théorie sans appel. Sans peine, l'exposition confirme l'argutie considérant Jean-Baptiste Camille Corot comme « le dernier des classiques et le premier des modernes ». Indéniablement, c'est une exposition dont Corot sort grandi. Il est comme mis sur un piédestal, à la hauteur des grands maitres qui admettent son influence essentielle dans leur démarche.

Ainsi, même si le lieu est toujours aussi exigu et sent le vieux à des kilomètres à la ronde, la nouvelle présentation de la collection permanente et les expositions temporaires surprenantes affichent la nouvelle ambition d'un musée trop longtemps endormi. De Corot à l'Art Moderne se révèle particulièrement représentatif de ce mouvement récemment entrepris s'ouvrant aussi bien sur l'art contemporain que sur des mouvements artistiques plus classiques.
Une exposition à découvrir d'urgence jusqu'au 24 mai.

05 mai 2009

L'énigme du jour

Giorgio de Chirico

Sur terre, il y a bien plus d'énigmes dans l'ombre d'un homme qui marche au soleil que dans toutes les religions passées, présentes et futures.
[Giorgio de Chirico]