08 août 2008

Le jour où j'ai essayé le Bicloo

Après trois semaines intensives à traverser à bicyclette l'île de Noirmoutier en long, en large et en travers, j'ai décidé de me frotter à un environnement un peu plus urbain. Compte tenu du mauvais temps, j'ai effectivement décidé d'écourter mon séjour insulaire pour profiter de la vie culturelle nantaise avant de reprendre le train vers Paris. En arrivant la veille au soir, à ma grande surprise, je découvre des vélos oranges ressemblant étrangement à des Vélib. Il n'en faut pas plus pour aiguiser ma curiosité. Ceux qui me lisent depuis un certain temps connaissent ma relation ambigüe - entre amour et haine - avec les vélos parisiens mis en place par JC Decaux.

Le lendemain matin, au lieu de prendre le tramway ou le bus, je décide donc de prendre le Bicloo. L'appartement de mes grands-parents est situé au bord de l'Erdre, près de la Préfecture. En sortant de leur immeuble, je traverse un pont et me retrouve devant une borne flambant neuve. Je tourne autour quelques minutes avant de comprendre qu'on ne peut y louer de vélo sans être déjà abonné. Effectivement, alors qu'à Paris, toutes les stations sont identiques, à Nantes, seule une station sur deux possède un terminal de carte bleue. Dépité par ce premier accroc me ralentissant dans ma conquête des pistes cyclables nantaises, je me rends la tête basse vers une autre station. La station numéro 1. Les formalités sont rapidement exécutées. Le tout est d'une trivialité sans pareil pour qui utilise le Vélib parisien depuis presque un an. Je me saisis de mon vélo, espérant inconsciemment que Decaux soit parvenu à réaliser des vélos un peu moins lourds qu'à Paris et à améliorer son médiocre système de vitesse. Malheureusement, je dois me rendre à l'évidence ; mis à part la couleur, aucune différence notable n'est décelable entre le Bicloo et le Velib.

Je me lance donc à la quête de sensations fortes dans les rues nantaises. Je remonte le Cours des Cinquante Otages. Les rues sont vides. L'été, la ville est aussi désertée que ne peut l'être Paris. Il n'y a quasiment aucune voiture à se déplacer dans les rues de Nantes à dix heures du matin. Je suis lancé. Je ne ralentis pas, franchis les ronds-points avec ardeur, longe le trajet du tramway avec dévotion. Le macadam file sous mes gros pneus. La route se rétrécit. Je ne connais pas vraiment mon chemin. Je n'ai qu'une très vague idée de la géographie nantaise. Je me dirige grâce aux panneaux indiquant Nantes-Sud. Je franchis un pont puis tourne à droite. Face à moi, une impasse. La piste cyclable s'arrête brutalement au milieu de nulle part. Je me trouve alors sur l'île de Nantes. Je décide de monter sur le trottoir. Je longe la Loire. Au loin, j'aperçois une passerelle. Face à cette passerelle se trouve le nouveau Palais de Justice réalisé par Jean Nouvel, sorte de monolithe sombre et ultra-moderne construit au milieu d'un ancien site industriel désaffecté. La surface vitrée est impressionnante, fascinante presque. Les prompteurs laissant défiler des chiffres et des lettres à gogo donnent davantage l'impression d'être à Wall Street que dans un Palais de Justice. Je continue mon chemin et arrive sans encombre jusqu'à mon point de chute : Les machines de l'île.

Pendant près de deux heures, je déambule au milieu d'animaux en bois extraordinaire sortis tout droit de l'imagination de François Delarozière, un des anciens membres de Royal Deluxe que je suis depuis que je suis tout petit. Projet faramineux financé en grande partie par la municipalité, Les machines de l'île prévoit la construction d'un carrousel des fonds marins – calamars, pieuvres et autres espèces vivant presque à vingt-milles lieux sous les mers -, un arbre aux hérons – gigantesque structure de bois et d'acier, entièrement recouverte de végétation et surmonté de deux immenses hérons pouvant faire voler des dizaines de passagers dans des paniers en osier – et un éléphant en bois se déplaçant à un kilomètre/heure. Je profite de mon passage pour faire un tour à dos d'éléphant. Cela ne présente aucun intérêt. Le lieu est moche, le vent glacial, la durée trop longue et finalement, ce sont les gens qui entourent l'éléphant qui en profite le plus. Reste la prouesse technique permettant de faire se déplacer cette imposante masse de cinquante-cinq tonnes consommant près de 300 litres de kérosène par jour.

Une fois mon immersion dans le monde fabuleux de François Delarozière terminée, je n'ai plus qu'à rentrer manger chez mes grands-parents. Évidemment, je ne conçois pas de rentrer autrement qu'avec mon Bicloo. Je me rends à la station la plus proche et me saisis d'un vélo. Il faut bien reconnaître que pour l'instant, l'installation et les cycles sont en bien meilleur état qu'à Paris. Je ne vois aucun vélo ou bien cassé, ou bien abimé, ou bien crevé. Le retour se fait sans trop de difficultés. Alors que je suis bêtement le trajet de la piste cyclable, je me retrouve à slalomer entre des passants dans les rues piétonnes du centre. Les gens me regardent d'un drôle d'oeil. J'ai l'impression que je suis la première personne qu'il voit sur un Bicloo. Pas sûr que les nantais soient aussi réceptifs que les parisiens à ce nouveau moyen de locomotion urbain. Durant toute ma journée passée à Nantes, je n'aurais pas vu une seule autre personne en selle. Je passe place Royale, récemment refaite à neuf. Je continue mon petit bonhomme de chemin et me retrouve sur le Cours des Cinquante Otages. A partir de cet instant, je reconnais sans trop de problème le chemin que j'ai pris le matin-même. J'esquive quand même de justesse un tramway que je n'avais pas vu et continue mon chemin pour remettre le vélo près de chez mes grands-parents.

L'après-midi, je décide d'aller au Musée des Beaux-Arts, au Lieu Unique, au château et à la Cathédrale. Vaste programme culturel censé me remplir la tête après m'être complètement isolé du monde pendant mes trois semaines noirmoutrines. Cependant, je m'y rends à pieds, bien content de laisser le Bicloo au râtelier et bénissant mes grands-parents d'habiter en plein centre-ville.

2 commentaires:

JM a dit…

Moi qui croyais que ton opération au laser avait réussi, je reste sceptique : comment peux-tu confondre des citations d'Aristote, de Grotius ou de Montesquieu qui défilent à toute allure avec, je cite, "des chiffres et des lettres à gogo qui donnent l'impression d'être à Wall Street". N'as-tu pas remarqué que c'étaient des réflexions philosophiques sur la justice et non des indices boursiers comme on en voit sur LCI?

lafailli a dit…

merci pour la balade en vélib' dans Nantes ...

;-)