08 janvier 2013

Egalitarisme

Alexander Lobanov

Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l'égalité n'est pas réelle. 
[Nicolas de Condorcet]

31 décembre 2012

Just4kiss d'Or 2012

C'est depuis le tournage du premier long métrage de Guillaume Brac (10e au classement général avec son moyen métrage d'une rare finesse vu par seulement deux votants : Un Monde sans femmes) à Tonnerre en Bourgogne que s'est déroulée aujourd'hui la traditionnelle remise du Just4kiss d'Or. C'est donc sous une pluie de Chablis et d'escargots que fut attribuée cette récompense céleste (mais dont les traits grossiers nécessiteraient une petite remise au goût du jour...si un graphiste de trophées passe dans le coin...).

Bien que l'ensemble des membres de la just4academy se soit plaint de la piètre qualité filmique de l'année passée, ce n'est pas moins de 72 films différents qui ont été sollicités (soit 3 de plus que l'an dernier). Au final, l'exercice 2012 aura consacré 5 films français, 5 films américains, 1 film norvégien, 1 film danois, 1 film allemand, 1 film québécois et surtout 1 film flamand : Bullhead, plébiscité par la plupart des membres – il a été 3 fois couronné meilleur film de l'année – et dont l'acteur principal Mathias Schoenaerts a été également évoqué par la majorité des votants. 

Alors que j'ai vu plus de 200 films cette année au cinéma, je dois reconnaître publiquement que je n'ai pas vu L'amour et rien d'autre de Jan Schomburg qui a pourtant séduit 3 membres émérites de la just4academy. Je tiens à préciser que cela ne remet absolument pas en cause mon titre de président et le coefficient de 2 que je me suis automatiquement attribué. 

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir le classement général des 15 films à avoir vus cette année ainsi que les top15 respectifs de mes adeptes, de mes disciples, de mes fidèles (je prends des cours de guitare pour ressembler au gourou de Martha Marcy May Marlene, petit bijou du cinéma indépendant américain injustement ignoré par la just4academy) ainsi que mon propre top15 : harmonieux, éclectique, sensible, drôle, viril, ouvert sur le monde...en trois mots : à mon image ! 


Classement Général
 

1. Bullhead (95)
2. Killer Joe (81)
3. Amour (62)
4. Take Shelter (58)
5. De Rouille et d'Os (55)
6. Oslo, 31 août (53)
7. Margin Call (44)
8. The Dark Knight Rises (41)
9. Argo (39)
10. Un Monde sans femmes (36)
11. Royal Affair (36)
12. Le Grand Soir (35)
13. L'amour et rien d'autre (34)
14. Starbuck (28)
15. Ernest et Célestine (28)

Sa majesté le Président omnipotent de la just4academy
 

1. Margin Call
2. Bullhead
3. Killer Joe
4. Oslo 31 août
5. Un monde sans femmes
6. Ernest et Célestine
7. Le Jour des Corneilles
8. The We and the I
9. The Dictator
10. Le Grand Soir
11. Starbuck
12. Take Shelter
13. De Rouille et d'Os
14. Augustine
15. Martha Marcy May Marlene

Ils auraient pu figurer dans la liste :  Après Mai, Amour, A perdre la raison, Argo, Dans la maison, Hasta la vista, Les Bêtes du Sud Sauvage...

Réalisateur de l'année : Benh Zeitlin pour l'exercice de style réussi Les Bêtes du Sud Sauvage
Acteur de l'année : Mathias Schoenaerts, puissant et viril dans Bullhead et De rouille et d'os
Actrice de l'année : Emilie Dequenne dans A perdre la raison
BO de l'année : Moonrise Kingdom
Daube de l'année : Nous York, La vie d'une autre, Cosmopolis...
Scène de l'année : La fuite des cerveaux dans Le Grand Soir.





1. Martha Marcy May Marlene
2. Un monde sans femmes
3. Oslo, 31 août
4. Holy motors
5. Bullhead
6. Amour
7. Laurence Anyways
8. L'enfant d'en haut
9. Moonrise kingdom
10. Les Adieux à la reine
11. Les bêtes du sud sauvage
12. Dans la maison
13. Bellflower
14. Adieu Berthe ou l'enterrement de mémé
15. Camille redouble

Réalisateur de l'année : Guillaume Brac (et c'est pas pour faire la lèche botte !)
Acteur de l'année : Mathias Schoenaerts
Actrice de l'année : Elizabeth Olsen
BO de l'année : Bellflower
Daube de l'année : La nuit d'en face de Raoul Ruiz
Scène de l'année : Dans Holy Motors, une mannequin jouée par Eva Mendès est capturée par un clochard fou (Denis Lavant) qui l'amène dans les égouts. Elle lui chante ensuite une berceuse...




1. Killer Joe
2. Skyfall
3. Royal Affair
4. Starbuck
5. Des hommes sans loi
6. Jack Reacher
7. Amour
8. Argo
9. The Dark Night Rises
10. Ted
11. Premium Rush
12. Margin Call
13. Tucker et Dale fightent le mal
14. The Descendants
15. God bless America

Réalisateur de l'année : Sam Mendes
Actrice de l'année : Nicole Kidman
Acteur de l'année : Jean Louis Trintignant
BO de l'année : The Descendant
Daube de l'année : Compliance
Scène de l'année : Scène du poulet du Killer Joe






1. Bullhead
2. De rouille et d'os
3. La chasse
4. L'amour et rien d'autre
5. Barbara
6. Quelques heurs de printemps
7. La terre outragée
8. The dark knight rises
9. Les Adieux à la reine
10. Annalisa
11. Argo
12. Royal affair
13. Augustine
14. Lawrence anyways
15. Tyrannosaur

Acteur de l'année: Mathias Schoenaerts, Mad Mikkelsen (ex aequo!!)
Actrice de l'année: vote blanc, j'ai pas d'idée
BO de l'année: Cloclo
Daube de l'année : Killer Joe
Scène de l'année: la scène finale de Bullhead, dans l'ascenceur.



1. Killer Joe
2. The Dark Knight Rises
3. Royal Affair
4. Dans la maison
5. Des hommes sans loi
6. Skyfall
7. Amour
8. Argo
9. Ernest et Célestine
10. Starbuck
11. Margin Call
12. Jack Reacher
13. God bless America
14. Avengers
15. Savages

Réalisateur de l'année : Christopher Nolan
Acteur de l'année : Jean-Louis Trintignant
Actrice de l'année : Jessica Chastain
BO de l'année : Skyfall
Daube de l'année : Compliance
Scène de l'année : la scène au cinéma dans God bless America


Loïckque

1. 38 Témoins
2. Superstar
3. De Rouille et d'Os
4. Les Hauts de Hurlevent
5. Thérèse Desqueyroux
6. L'amour et rien d'autre
7. Insensibles
8. Du vent dans mes mollets
9. Radiostars
10. Cloclo
11. Adieu Berthe
12. Ombline
13. Main dans la main
14. Camille Redouble
15. Blanche-Neige et le Chasseur / Ernest et Célestine

Réalisatrice de l'année : Andrea Arnold pour Les Hauts de Hurlevent (rarement vu une mise en scène aussi intense, sauvage et brute, tout en restant incroyablement belle et romantique à l'état pur)
Actrice de l'année : Anaïs Demoustier pour Elles (mais la Mélanie Thierry de Ombline n'est pas loin du tout...Grande révélation de 2012)
Acteur de l'année : Mathias Schoenaerts pour De Rouille et d'Os (et Bullhead aussi bien entendu)
BO de l'année : Millenium
Daube de l'année : pfiou, il y a de la concurrence... Je dirais Effraction de Joel Schumacher parce que c'est vraiment mauvais !
Scène de l'année : les deux face-caméra de Juliette Binoche et Anaïs Demoustier dans Elles, deux grands moments d'actrice et de cinéma !



1. Take Shelter
2. Amour
3. The Raid
4. Insensibles
5. Bullhead
6. Killer Joe
7. Rebelle
8. Prometheus
9. Le Grand Soir
10. Sinister
11. Dans la maison
12. Captive
13. The We and the I
14. Monrise Kingdom
15. La part des anges

Réalisateur de l'année : Sam Mendes
Actrice de l'année : Juliette Binoche
Acteur de l'année : Mathias Schoenaerts
Meilleur BO : El Gusto
Daube de l'année : Cosmopolis
Scène de l'année : La fin de Bullhead



1. Take Shelter
2. Amour
3. La chasse
4. Killer Joe
5. Cosmopolis
6. La taupe
7. Le grand soir
8. Café de flore
9. Moonrise Kingdom
10. Quelques heures de Printemps
11. Augustine
12. Les enfants loup
13. Du vent dans mes mollets
14. Sur la route
15. Camille redouble

Acteur de l'année : Jean-Louis Trintignant
Actrice de l'année : Juno Temple
BO de l'année : J'hésite avec Café de Flore, mais je vais dire Hardy sur Moonrise Kingdom (je suis un peu vintage ouais...)
Daube de l'année : Ce que le jour doit à la nuit
Scène de l'année : la scène finale de Quelques heures de printemps, quand Lindon prend sa mère dans ses bras.


1. Bullhead
2. Take shelter
3. Après mai
4. Looper
5. Prometheus
6. Laurence anyways
7. Argo
8. De rouille et d’os
9. Le grand soir
10. Amour
11. Royal Affair
12. Possessions
13. Oslo, 31 août
14. The dark knight rises
15. Des hommes sans loi

Acteur de l’année : Mathias Schoenaerts pour Bullhead et De rouille et d’os.
Actrice de l’année : Alicia Vikander pour Royal Affair et surtout parce qu’elle est super jolie !
BO de l’année : Camille redouble.
Daube de l’année : Cheval de guerre, Twixt, Bye bye Blondie, La nuit d’en face (Merci Anaïs ! )
Scène de l’année : Le « casse-couilles » dans Bullhead, la césarienne dans Prometheus, le final de Take Shelter…




1. Bullhead
2. De rouille et d'os
3. Oslo, 31 août
4. L'amour et rien d'autre
5. La part des anges
6. The Dark Knight Rises
7. Argo
8. Moonrise kingdom
9. L'Enfant d'en-haut
10. Take shelter
11. Margin call
12. Une bouteille à la mer
13. Killer Joe
14. Camille redouble
15. Royal Affair

Acteur : Mathias Schoenaerts, Bullhead
Actrice : Sandre Hüller, L'amour et rien d'autre
Daube : Un bonheur n'arrive jamais seul
BO : Martha Marcy May Marlene (la chanson du gourou, quel kif)
Scène : Le pilon de poulet dans Killer Joe (gros lol)



04 décembre 2012

Predator

Howard Norton Cook
Au coeur du marché globalisé, le prédateur. Banquier, haut responsable de société transnationale, opérateur du commerce mondial. Il accumule l'argent, détruit l'état, dévaste la nature et les êtres humains, et pourrit par la corruption les agents dont il s'assure les services au sein des peuples qu'il domine.

Pour les forts, mais aussi pour les faibles qui rêvent de les rejoindre, le bonheur réside désormais dans la solitaire jouissance d'une richesse gagnée par l'écrasement d'autrui, par la manipulation boursière, par la fusion d'entreprises toujours plus gigantesques et l'accumulation accélérée de plus-values d'origines les plus diverses. Dernière invention en date de la société de la cupidité: breveter le vivant. 

La rationalité marchande ravage les consciences, elle aliène l'homme et détourne la multitude d'un destin librement débattu, démocratiquement choisi. La logique de la marchandise étouffe la liberté irréductible, imprévisible, à jamais énigmatique de l'individu. L'être humain est réduit à sa pure fonctionnalité marchande.

[Jean Ziegler]

02 décembre 2012

Des meurtres presque parfaits

Alfred Kubin
Chaque jour, les théories libérales tuent des populations innocentes. Inexorablement. Sans scène de crime spectaculaire. Sans mare de sang répugnante. Sans éclat de bombe, sans hurlement de douleur. Silencieusement. Tel un rouleau compresseur, elles écrasent les plus faibles, elles ravagent les plus pauvres, elles dévastent les plus précaires. Méthodiquement. Promettant, au firmament, une prospérité partagée par tous, un bonheur mondialisé, elles ont depuis oublié leurs engagements, cédé à l'individualisme et à la course aux profits. Irrésistiblement. Rompant avec l'éthique et la règle, elles ont envahi le monde, infesté les esprits, brisé les espoirs de milliards d'êtres humains grâce à une hyperactivité brutale et forcenée. Irrémédiablement. Dédaignant toute contestation, toute contradiction, toute critique, elles continuent de piétiner le monde qui les entoure tel un guerrier féroce, cynique et immoral. Violemment. Elles ont leurs bourreaux économiques, elles ont leurs experts médiatiques, elles ont leurs relais politiques, agissant dans l'ombre pour obtenir toujours plus de déréglementations et de pouvoir. Perfidement. Sacrifiant des Hommes, pillant la Nature, détroussant les États, décrédibilisant la Démocratie, déconsidérant la Culture, méprisant la Loi, elles explosent tout sur leur passage. Insouciamment. Avec arrogance, elles ont saccagé la structure communiste, elles ravagent désormais les acquis socialistes. Impérieusement. Sans aucune remise en cause de leurs schémas meurtriers, aliénants et injustes. Sentencieusement. Faisant régner la terreur, la crainte, la violence et la corruption, elles ont pris le contrôle de millions de petits soldats du libéralisme, les conduisant aux limites de l'obéissance absurde et de la cruauté perverse. Impétueusement. Elles disposent de leur force de travail, elles disposent de leur corps, elles disposent de leurs âmes, elles disposent de leur vie. Impétueusement. Imposant la consommation effrénée comme norme sociale. Insufflant des pulsions en parfaite contradiction avec les valeurs et les désirs du commun des mortels. Profitant de la faiblesse de la conscience humaine face aux tentations terrestres. Égoïstement. Les humiliant, les dégradant, les culpabilisant, elles les empêchent de réfléchir, d'imaginer d'autres alternatives économiques, d'autres modèles sociaux, d'autres voies de développement écologiques. 
Combien de temps allons-nous encore les laisser faire ?

28 novembre 2012

Contrat Social

Jean-Léon Gérôme

« ... quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. »
[Jean-Jacques Rousseau]

24 juin 2012

Marcha Toreador

Édouard Manet
J’aime la corrida. Je suis fasciné par ce combat entre l’homme et l’animal. Bien qu’inégal, l’affrontement est sublime. La tension est palpable. Il ne s’agit pas de se repaître de la souffrance du taureau mais d’assister à un spectacle captivant. Trembler successivement pour le toro et le torero. Jouir de la beauté du geste, de la précision des mouvements. Savourer ce ballet mortuaire à la fois bestial et raffiné. Ce n’est pas du sadisme mais le plaisir d’assister à un combat répondant à des codes ancestraux, véhiculant de nobles valeurs. La corrida est avant tout une performance technique, artistique, esthétique qui fait rapidement oublier l’horreur de la mort, la finitude de la vie. 

Je méprise les hérauts de la bien-pensance qui veulent interdire ces représentations en usant d’arguments fallacieux. Je n’arrive pas à comprendre les polémiques qui peuvent exister autour de cet art vivant, autour de cette tradition séculaire. Si je naissais bovin, je préférerais vivre quatre ou cinq années de bonheur dans des grands espaces, mangeant sainement et baisant librement, avant de périr dans l’arène après une lutte acharnée que grandir dans 2m2 dans un hangar lugubre, nourri de farines animales, et finir électrocuté pendu à un croc de boucher. La souffrance du taureau n’est rien face au scandale de l’élevage industriel d’aujourd’hui. 

La corrida ne doit pas disparaître, tout comme la fabrication artisanale du foie gras ou autres lubies de groupuscules écologistes amis des animaux. Mieux vaut mourir en grande pompe (l’or de l’habit de lumières du matador, le noir du taureau, le rouge du sang, le jaune du sable chaud de l’arène) sous les applaudissements de la foule et la musique d'un orchestre traditionnel que crever sordidement dans un abattoir. Il ne s’agit pas de faire de la mort un spectacle, ni d’exacerber la perversité de l’être humain, ni de légitimer la torture animale mais bel et bien d’offrir un spectacle digne de ce nom dont les stupides courses de vachettes ou les fades corridas sans mise à mort ne sont que de vulgaires ersatz. 

Comme l’a si bien dit le petit microcosme culturel parisien lors de l’inscription de la corrida au patrimoine immatériel de la France en 2011 : « Dans tous les cas la liberté culturelle des uns et des autres doit être garantie. Telle est la signification principale que nous voyons à l’inscription de la corrida sur la liste du patrimoine culturel immatériel de la France, au vu des observations et des réflexions exposées par un comité de chercheurs et d’universitaires dont les compétences scientifiques en la matière sont indiscutables. Toute pression exercée pour faire annuler cette reconnaissance de la tauromachie comme une culture vivante, qui contribue à l’identité des régions où elle se pratique, et qui a, par ailleurs, inspiré hier et aujourd’hui de grandes œuvres de la littérature et des arts plastiques et visuels, ne peut être, selon nous, qu’une réaction d’obscurantisme et d’intolérance. »
Espérons que le gouvernement nouvellement nommé ne revienne pas sur cette courageuse décision du Ministre de la Culture d’alors sous la pression des puériles associations anticorridas et des sondages stériles.

17 mars 2012

L'importance d'être constant

Diego Rivera
Je vais vivre parmi mes ennemis. Constamment, c'est-à-dire non passivement, mais sans laisser le temps m'endormir du bruit paresseux et aimable de son cours, avec patience, attention et colère. Il me faut la vertu qui nous fit le plus constamment défaut, la constance. Mais il est plus facile d'être constant avec la guerre qu'avec la poésie, qu'avec une femme.
La poésie et les femmes passent, mais la révolution n'est jamais passée.
[Paul Nizan]

15 mars 2012

Sortir du nucléaire

Joseph Mallord William Turner
En France, le débat sur le nucléaire est confisqué par les élites, par de soi-disant « experts ». Depuis toujours, les Français n’ont pas voix au chapitre. Ils n’ont pas le droit de s’impliquer dans les choix en matière d’approvisionnement énergétique. Au diable la démocratie et la transparence. De discours infantilisants à des assertions mensongères, de la surveillance renforcée des sites à la rétention d’informations, les acteurs du nucléaire imposent leur point de vue depuis une cinquantaine d’années, faisant fi des débats passionnés dans la société civile française. Aucune remise en cause malgré des accidents marquants. Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, exemples les plus médiatiques et les plus tragiques de la dangerosité de cette source énergétique, ont à peine ébranlé les certitudes des lobbys du nucléaire. 

Or, les choix énergétiques ne sont pas que technologiques ou matériels : ils sont porteurs de valeurs et sont donc éminemment politiques. C’est pourquoi la position de Jean-Luc Mélenchon de confier la question du nucléaire à l’approbation populaire est courageuse (et n’est pas seulement dictée par des divergences avec le PCF sur le sujet). Elle permettrait d’organiser un débat à l’échelle nationale sur la transition énergétique. Ce débat qui précéderait un grand référendum permettrait de mettre fin à un certain nombre d’idées reçues sur le nucléaire et d’invoquer de possibles scénarios de sortie. C’est également l’objet d’un petit bouquin publié aux Editions Utopia : « Nucléaire : pour lutter contre les idées reçues ». 

La première partie de l’ouvrage vise à démonter la rhétorique des thuriféraires du nucléaire : 

 - Non, les risques de la technologie nucléaire ne sont pas maîtrisés : Statistiquement, compte tenu du nombre et de l’âge des réacteurs français, il est évident qu’un accident grave aura lieu sur le territoire français dans les années à venir. Cela est susceptible d’engendrer d’importants mouvements de population (notamment l’IDF ou la Région PACA) et d’empêcher de consommer une grande part des cultures céréalières produites autour des sites. Le nucléaire implique « une gestion permanente du risque permanent » (contrairement à la chute d’une éolienne par exemple). C’est pourquoi aucune compagnie d’assurance privée n’a souhaité assurer le parc nucléaire français. En cas d’accident, c’est l’Etat français qui sera contraint d’indemniser les victimes… 

 - Non, la question du traitement des déchets n’est toujours pas résolue : Outre le scandale du « recyclage » vu par Areva dénoncé dans le documentaire « Le Cauchemar du Nucléaire » (les déchets étaient exportés avec un statut usurpé de matériau encore exploitable avant d’être enfouis en Sibérie), il est évident qu’il n’existe aujourd’hui aucune autre solution que l’enfouissement des déchets radioactifs (1121 sites en France selon l’ANDRA). Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes liés à la sécurité (surveillance continue des sites) et au coût (certains déchets ont une durée de vie de 480 000 ans). 

 - Non, le nucléaire ne garantit pas l’indépendance énergétique de la France : la France a aujourd’hui épuisé ses mines d’uranium jusqu’au dernier filon, 1/3 vient du Niger et les 2/3 restants viennent du Kazakhstan, des USA, du Canada et de l’Australie. De part sa concentration, le risque de conflits lié à l’exploitation de l’uranium est très important. En 1977, notre indépendance énergétique (toute énergie confondue) était de 23%, elle est aujourd’hui de 8,9%, sans parler de l’épuisement des ressources d’ici une cinquantaine d’années. En fait, seules les énergies renouvelables permettraient cette indépendance énergétique, d’ailleurs, pour négaWatt, son scénario permettrait d’assurer l’indépendance énergétique de la France à hauteur de 97%. 

 - Non, le nucléaire n’est pas une énergie propre : Certes, l’exploitation des centrales émet peu de Co2 mais il faudrait peut-être préciser que dans le nucléaire, tout ou presque est importé : le combustible de base mais aussi l’acier nécessaire à la construction des réacteurs. Tout cela n’est pas sans conséquence sur l’empreinte écologique d’une centrale, sans compter la pollution émise par l’exploitation du minerai, la construction puis le démantèlement des centrales, le traitement et l’enfouissement des déchets. Par ailleurs, 57% des prélèvements d’eau en France sert à refroidir les réacteurs nucléaires, cette eau est ensuite restituée avec quelques degrés de plus. Enfin, il faut relativiser la part de la production d’électricité dans les émissions de gaz à effet de serre… 

 - Non, le nucléaire n’est pas la solution énergétique la plus économique : Cela fait des années et des années que l’on nous répète que le kilowattheure nucléaire est bon marché, C’est faux ! La branche nucléaire nous ment, nous manipule, tronque les chiffres ! Chaque nouveau rapport (notamment le dernier publié par la très neutre Cour des Comptes) augmente le prix de revient d’un kilowattheure. Celui-ci est maintenu artificiellement bas (en omettant les coûts de recherche ou de démantèlement, en minimisant les coûts de stockage, en n’intégrant pas les coûts d’assurance) pour tuer la concurrence. Certes les français payent leur électricité moins chère que leurs voisins européens. Mais cela relève de la manipulation comptable car ils payent en fait deux fois, la recherche nucléaire et la construction des centrales étant très largement assurées par l’Etat français et donc par l’ensemble des contribuables. Au final, l’analyse du coût de production des différentes sources d’énergie place le nucléaire en très mauvaise position (sans même intégrer le coût de mise aux normes demandée à EDF et Areva par la peu indépendante ASN – l’ASN est effectivement financée en grande partie par EDF et Areva) et une étude montre d’ailleurs qu’il n’existe aucun exemple de réacteur nucléaire construit uniquement sur financement privé, preuve du caractère non-compétitif de la filière. 

 - Non, la fin du nucléaire n’augmentera pas le chômage : Aujourd’hui, la filière nucléaire emploie au maximum 100 000 personnes. Or, en Allemagne, on estime que 340 000 emplois ont été créés par le développement des énergies renouvelables. Assortie d’un plan de reconversion pour les salariés d’EDF ou Areva, la transition énergétique permettrait au contraire de favoriser des emplois pérennes, non-délocalisables et surtout beaucoup moins dangereux que les métiers de l’industrie nucléaire. 

 - Non, le nucléaire français n’est pas une réussite industrielle et économique : Le projet de maîtriser la fusion (ITER) est un véritable gouffre économique aux résultats de plus en plus incertains. Outre ce projet prométhéen, il est surtout inquiétant de voir que seule la France s’enfonce dans l’impasse nucléaire et ce malgré l’endettement catastrophique d’EDF. A l’échelle mondiale, la part du nucléaire dans la production d’électricité est passée de 18% dans les 90’s à 13,6% en 2009. Et le processus s’accélère depuis Fukushima tant est si bien que la part du renouvelable a dépassé celle du nucléaire. La France ne peut plus espérer vendre ses réacteurs à l’étranger bien que Sarkozy fut prêt à vendre des réacteurs à l’Iran ou à la Libye (ce qui n’est pas sans risque de perméabilité entre nucléaire civil et nucléaire militaire). 

 - Non, les grands groupes français qui gèrent le nucléaire ne sont pas fiables et socialement responsables : A l’étranger par exemple, les mines d’uranium à ciel ouvert exploitées par Areva au Niger sont un désastre écologique mais surtout humain, la vie des ouvriers y est directement mise en danger. En France, la privatisation d’EDF n’est pas sans conséquence sur les conditions de travail des salariés. Et c’est surtout l’important recours à des sous-traitants moins protégés que les salariés d’EDF (on compte 25 000 sous-traitants pour 50 000 agents EDF) qui est inquiétant dans le paysage nucléaire français. De plus, pour des raisons de rentabilité, la durée des périodes d’arrêt des centrales a tendance à diminuer et les cadences à augmenter. Tout cela peut avoir des conséquences dramatiques dans un secteur aussi dangereux que le nucléaire. 

Pour toutes ces raisons, il est grand temps de sortir du nucléaire. C’est pourquoi de nombreux scénarios de sortie sont régulièrement proposés par des organismes indépendants. C’est la solution négaWatt (défendue par Jean-Luc Mélenchon) qui semble la plus appropriée à la situation française. Il y a aujourd’hui urgence à opter pour une transition tant les choix énergétiques relèvent du temps long : les infrastructures d'aujourd'hui pèseront longtemps sur les générations futures. Le scénario négaWatt se présente donc comme un nouveau projet de société articulé autour de la trilogie sobriété-efficacité-renouvelables misant sur la réduction des besoins énergétiques et plaçant les collectivités territoriales au cœur du dispositif. 

Pour approfondir la réflexion, rien de mieux que le manifeste négaWatt et cet article en résumant la teneur.