19 février 2009

Un ordinaire très ordinaire

Je n'arrive pas à cerner Michel Vinaver. J'ai vu plusieurs pièces de lui, lu quelques textes à droite, à gauche. Je suis toujours séduit par l'idée de départ, par le fond de son texte mais quelque chose ne passe pas sur la forme. Trop littéraire ? Trop mou ? Trop plat ? Même si ces textes ne manquent pas d'intérêt, je finis souvent par m'emmerder profondément à chacune des représentations auxquelles j'ai assisté. L'ordinaire ne déroge pas à la règle malgré une mise en scène minimaliste de Gilone Brun (assisté de Michel Vinaver lui-même) faisant la part belle à un texte extrêmement visuel sur la mythique scène de la Comédie Française.Pourtant, je pense que c'est le texte qui pose problème. Mettant en scène le comité de direction d'une boite américaine de construction de mobile-home, écrasé dans la Cordillère des Andes sous Pinochet, Michel Vinaver nous entraine dans une lente descente aux enfers où la barbarie prend progressivement place au sein du petit groupe de dirigeants accompagnés de leur femme, leur secrétaire, leur amante ou leur fille, des personnages féminins qui apportent heureusement un peu de fraicheur dans la pièce. La pièce est divisée en sept morceaux et chaque nouvelle séquence annonce la disparition d'une ou plusieurs personnes. La pièce n'apporte malheureusement pas grand chose de nouveau au revival, thème éculé au possible, notamment au cinéma, et manquant ici de la force nécessaire pour transmettre des sentiments.

Sentiment vs Pragmatisme, c'est le grand débat au sein du groupe dirigeants. Un débat qui laisse de marbre à l'heure des dérives que connait le capitalisme aujourd'hui. Ainsi, le calvaire des uns – les personnages – devient rapidement le calvaire des autres – les spectateurs – pour qui il est impossible de ressentir la moindre empathie pour ses dirigeants arrogants, symboles du capitalisme américains et de la real politic de Reagan, n'hésitant pas à traiter avec les dictateurs sud-américains pour ouvrir de nouveaux marchés. Même si le texte – écrit en 1981 – est daté, il n'en reste pas moins d'actualité et on en vient presque à souhaiter que tous les dirigeants s'écrasent dans la Cordillère des Andes (ou les Alpes pour les dirigeants européens).Une entrée de Michel Vinaver au répertoire de la Comédie Française assez décevante malgré une prestation honorable de ses acteurs.