21 mai 2009

Prémices d'une Europe Culturelle ?

Edvard Munch

Le Centre Pompidou a proposé de réunir plusieurs grands musées d’art moderne et contemporain autour d’une offre d'accès illimité à dimension européenne dont peuvent bénéficier les jeunes européens de moins de 26 ans inscrits dans une université européenne dans le cadre d'un échange Erasmus. C'est la carte « Museo Libre » qui regroupe le Reina Sofia à Madrid, le Moderna Museet à Stockholm, le Musée Berardo à Lisbonne, le Castello di Rivoli à Turin, le Musée Sztuki à Lodz, le Mudam à Luxembourg et le Centre Pompidou à Paris.

La carte reprend toutes les caractéristiques du Laissez-Passer Beaubourg réservé aux moins de 26 ans. D'ailleurs, pour les amateurs des cartes créées par Annette Messager ou Tatiana Trouvé, cette année, la carte « Museo Libre » a été réalisée par Christian Boltanski et sera dès lors renouvelée chaque année par un artiste contemporain européen. En plus de ces avantages, elle permet à tous les adhérents l’entrée illimitée dans toutes les collections permanentes et les expositions temporaires des musées partenaires ainsi qu’un accès privilégié à une sélection d’activités culturelles proposées par ces établissements. Pour seulement trois euros de plus (le laissez-passer actuel coûte 22 euros pour un an), le jeune amateur d'art peut s'offrir sept des plus grandes institutions culturelles d'Europe.

Théoriquement, la carte « Museo Libre » semble être une excellente idée développée par les services du Centre Pompidou. Intimement convaincu du bien-fondé du système de carte illimitée et autres laissez-passer comme alternative à la gratuité totale ou partielle des musées (non-souhaitable pour tout un tas de raisons trop longues à expliquer dans cet article), je ne peux que me réjouir de ce nouveau-venu parmi les offres proposées par les institutions culturelles de la capitale, une offre à la dimension internationale assez exaltante. Pourtant, derrière mon enthousiasme de façade dissimule quelques réticences tant j'aimerais penser que cette carte n'est qu'une ébauche, un projet en phase bêta, le croquis d'une véritable politique culturelle commune au sein de l'Union Européenne.

Pourquoi la réserver uniquement aux étudiants Erasmus ? Ne pourrait-on imaginer qu'elle s'adresse à tous les jeunes de moins de 26 ans de l'Union Europénne ? Voire même qu'elle soit étendue à tous les européens ? Une telle carte est susceptible d'intéresser énormément de monde. Plus que jamais, les voyages au sein de l'Union Européenne ont le vent en poupe. L'absence de formalités et le développement pharaonique des compagnies low-cost augmentent le nombre de courts-séjours permettant de découvrir une capitale par-ci, une grande ville par-là. Une telle carte permettrait vraisemblablement d'augmenter la fréquentation des grandes institutions culturelles européennes, mais aussi des structures plus modestes comme l'ont montré, dans un tout autre domaine, les études concernant la carte UGC illimitée qui montrent clairement que la formule a eu un impact positif sur le cinéma d'auteur.

Pourquoi ne réunir que sept musées ? Pourquoi la limiter uniquement aux musées d'art moderne et contemporain ? Ne pourrait-on imaginer une carte qui dépasse les genres, qui transcende les styles ? Même si le Centre Pompidou précise que de nouveaux établissements européens devraient rejoindre le projet dès l'année prochaine, ne pourrait-on imaginer d'ores et déjà une carte commune qui abolirait définitivement les frontières dans l'Union Européenne pour offrir à ses citoyens un accès à la culture presque illimité ? Quiconque a déjà été en Hollande connait le principe de la Museumkaart, véritable révélation pour n'importe quel amateur d'art parisien habitué à avoir une multitude de pass dans son portefeuille. Effectivement, cette carte est unique. Dès lors, pas besoin de multiplier les cartes.

Orsay, Branly, Beaubourg, Grand Palais, Louvre : en France, chaque musée a sa propre carte et son propre public. Une carte plus globale serait susceptible de briser les frontières entre les différents styles et ouvrir l'esprit de ses possesseurs. Un amateur de la Renaissance Italienne espagnol pourrait se laisser tenter par une exposition de photographies de l'entre-deux guerres à la Maison de la Photographie d'Amsterdam (FOAM). Une admiratrice de la création contemporaine slovaque pourrait découvrir avec passion l'impressionnisme au Musée d'Orsay. Et les exemples sont déclinables à l'infini tant cette carte serait susceptible d'exacerber la curiosité intellectuelle des citoyens européens.

Cependant, faute d'une volonté politique forte de la part des états-membres, une véritable carte « Museo Libre » – dans le sens d'un accès aux musées totalement libre partout en Europe – n'est sûrement pas prête de voir le jour dans l'Union Européenne. Pourtant, au-delà de l'Europe Économique (aux ravages libéraux aujourd'hui évidents), au-delà de l'Europe Sociale (promise depuis 20 ans et dont on peine à voir les réalisations concrètes), l'Europe Culturelle pourrait bien être un nouveau challenge pour les parlementaires européens prochainement élus. Qui est prêt à relever le défi d'une véritable démocratisation de l'accès au savoir au sein d'une Union Européenne qui peine de plus en plus à convaincre ?

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour
Bien ton article, mais je ne suis pas très convaincu par l'éventuelle nécessité d'aller encore vers plus de démocratisation de l'art : aucune carte gratuite ne remplacera la véritable, intime,et rare, rencontre de la personne avec l'oeuvre. On aura beau multiplier les accès gratuits, c'est de la consommation culturelle : aucun intérêt. Qu'est-ce qu'il en ressort ?
Une véritable "rencontre", une fois dans sa vie, vaut largement la visite de 36 musées. Et cette rencontre peut avoir lieu....chez soi.
Tes articles sont sympas, Antoine, mais on voit que cette rencontre n'a pas eu lieu. Ou alors elle n'apparaît pas. Dommage...attention à ne pas friser le dépliant publicitaire !!
Je te souhaite sincèrement cette rencontre.

Antoine a dit…

Je crois savoir ce que tu entends par rencontre... Je pense avoir connu ce type de sensation à plusieurs reprises, à l'exposition Yves Klein à Beaubourg (vu 5 fois grâce à mon Laissez-Passer) ou à l'exposition Allemagne années noires au Musée Maillol... Et évidemment, je serais prêt à renoncer à 10 expos pour ressentir à nouveau ce que j'avais éprouvé lors de ces expositions...

Cependant, je ne suis pas d'accord avec toi. Je pense effectivement que la véritable rencontre ne peut avoir lieu qu'au musée comme elle ne peut avoir lieu qu'au cinéma pour un film ! Ce n'est pas du snobisme mais aucune représentation, aucune copie, aucune image Google ou photo Taschen ne remplacera jamais une véritable œuvre d'art mise en valeur par le travail de scénographes et d'un commissaire !

Dire le contraire, même pour critiquer une prétendue "consommation culturelle", est une ineptie. Cela étant dit, je pense néanmoins qu'une "rencontre" (pour reprendre ton expression) ne peut avoir lieu sans un minimum de sensibilisation, notamment à l'école où l'on attend toujours les fameux cours d'histoire de l'art promis par Sarkozy en 2007... C'est là que se trouve le véritable enjeu de l'accès à la culture et au savoir ! ;)

Anaël a dit…

Toi qui aime beaucoup Edvard Munch tu devrais aller à Oslo un de ses quatre pour visiter le magnifique musée qui lui est consacré !