03 juillet 2009

(épi)sode nocturne

Valério Adami

Depuis mon adolescence (et même avant), je souffre d'un terrible épi revenant de manière récurrente au sommet de mon crâne. Tel un Don Quichotte, je me bats contre cet ennemi implacable à coup de brosse, gel, peigne, laque et autres armes chargées de réduire à néant ce contrariant opposant. J'ai tout essayé pour vaincre cette tare que je croyais incurable. J'étais persuadé d'être génétiquement raté. Je m'étais résigné à supporter mes cheveux jusque ma mort, ou au moins jusque ma calvitie. Chaque matin il était là, indétrônable, ruinant ma potentielle vie amoureuse, nuisant à ma vie sociale. Source de complexe infinie, j'avais fini par résoudre le problème en me rasant les cheveux le plus court possible. J'avais ainsi vaincu la sournoise touffe de cheveux tout en m'économisant bien des soucis devant le miroir au réveil.

Depuis mon adolescence (et même avant), j'ai l'habitude de m'endormir au cœur d'un nuage d'oreillers et de coussins divers. Assurément confortables, chargés de combler le vide, la solitude de mon grand lit, ils étaient toujours là pour moi. Ainsi, ces dernières années, je vivais avec six énormes oreillers. Toute les nuits, je ne pouvais trouver le sommeil qu'après avoir calé ma tête entre deux oreillers et enlacer suavement les deux autres, immobilisés sous mes bras musclés. Enfin, les deux derniers me permettaient d'exercer un roulement afin d'avoir toujours un côté froid à portée de main. C'est dans cette si délicieuse harmonie que nous vivions, mes oreillers, mon épi et moi-même.

Or, ces derniers jours, j'ai dormi plusieurs nuits dans mon ancien appartement, alors complètement vide. Dans ma chambre, il ne restait qu'un vieux matelas et un vieux sommier trainant misérablement au milieu de la pièce. Tous mes oreillers avaient été rapatriés à Reims (et deux d'entre eux avaient pris la direction de la poubelle). Or, grande a été ma stupeur en me réveillant le matin sans aucune trace d'épi. Plus grande encore fut-elle quand l'événement se reproduit le lendemain et le surlendemain.

Je traverse donc une profonde remise en cause de mes habitudes de sommeil qui m'oblige à faire un choix cornélien : conserver mes oreillers (et, par conséquent, mon épi) ou bien les supprimer pour en finir à jamais de cette malformation capillaire qui me pourrit la vie depuis des lustres.

3 commentaires:

Victor a dit…

Moi j'aime bien ton épi!
Se que j'aime pas c'est ton gros derrière ravageur de roue arrière de vélo!
Mais ton épi je l'aime bien!!!!

St Loup a dit…

Moi, je le garderais comme mon "trait personnel" ;-)

papou a dit…

Un épi pour un beau bouquet de mots dans un océan de plumes.
KARAVANPAPOU