19 février 2008

Sociologie du portique RATP

Deux fois que je me rends en banlieue (en fraude) en moins d'une semaine. Vendredi, je rejoignais des amis de prépa au restaurant à Rosny-sous-bois et, ce soir, j'allais fêter l'anniversaire de Thomas à Saint-Maur. Je n'aime pas la banlieue. Je suis heureux (et peut-être même un peu fier) de vivre dans Paris intra-muros. Pourtant, à chaque fois, je m'indigne devant le portique du RER. Le mépris de la banlieue commence à l'intérieur de Paris. Pourquoi doit-on valider une deuxième fois son pass navigo ou ticket lorsque l'on se dirige vers le quai du RER ? Ce portique sonne comme une barrière supplémentaire entre Paris et sa banlieue. C'est le symbole de l'exclusion, l'allégorie de la marginalisation d'une frange de la population condamnée à vivre de l'autre côté du périph'. Pourtant, à l’origine, banlieue n’est pas un terme d’exclusion et de bannissement, mais d’inclusion. Banlieue vient de "ban" pouvoir de commandement ou juridiction auquel est accolé "lieue" pour définir l’espace sur lequel s’exerce cette autorité juridique. La banlieue est un territoire qui entoure la ville et dépend de sa juridiction. Mais, en France, la situation atteint son paroxysme. Ainsi, au cœur de la région Ile-de-France, sur 4% de l’espace francilien, vivent 47% de la population, sont concentrés 60% des emplois et s’effectuent 90% des déplacements de la région.
Jean Dubuffet

Il est important de noter que Paris est l'une des rares capitales où la ville et sa banlieue forment deux entités bien distinctes. Et l'une des causes de cette discrimination, c'est la complexité du réseau RATP. Le RER pour la banlieue, le métro pour la capitale. Le RER pour les pauvres, le métro pour les riches (à part la ligne 2 dans laquelle les voyageurs sont tristes, pauvres et moches). Une bête lutte des classes trouvant sa source dans les transports en commun ou bien une bête lutte des classes matérialisée par les transports en commun ? La première classe a été supprimée des rames de métro... mais le Réseau Express Régional s'est accaparé la seconde classe (voire la troisième ou la quatrième) sur l'intégralité de son tissu de rails et de caténaires. La RATP peut alors être désigné comme le bourreau, la responsable d'un certain ostracisme nauséabond et les banlieusards peuvent se poser en victimes d'une machination vieille d'un demi-siècle et jamais remise en cause par les pouvoirs politiques.
idem

Le bannissement semble insurmontable. Jamais les rapports entre Paris et sa banlieue n'auront été aussi difficiles. Et ce n'est certainement pas en envoyant 1000 policiers pour arrêter une trentaine de jeunes (anciens) délinquants que les choses vont évoluer positivement, surtout avec la médiatisation obscène qui a été faite de « l'événement ». Qui a peur d'un Grand Paris ? Pourquoi Paris est aujourd'hui coincé et sclérosé dans sa ceinture périphérique comme dans un rempart ?

5 commentaires:

Pierre a dit…

il y a un portique parce que c'est plus cher d'aller en zone 2,3, 4, 5...le métro ne dessert que la zone 1

Julie a dit…

euh non le métro dessert aussi la zone 2 et même qu'il va jusqu'à la 3 sur la ligne 1 vers la Defense ^^

Et Antoine je fais de la résistance... moi je prends que le rer intra muros pour aller à la sorbonne lol

Marc-Antoine a dit…

A part la ligne 2 (dans laquelle les voyageurs sont tristes, pauvres et moches)... J'ajouterais : "et la ligne 3, après Gambetta"

Antoine a dit…

La Défense fait toujours partie de la zone 2 ! Et le RER c'est nul ! Dedans les gens sentent mauvais et même que parfois il y a des noirs ou des arabes... moi ça me fait peur, c'est pour ça que je fuis le RER ! Et puis le 2e portique inutile (oui oui je maintiens que j'ai raison et que ce 2e portique n'apporte rien si ce n'est un flicage permanent du banlieusard lambda !) me donne le cafard !
Et effectivement, si on prend les 3-4 stations avant le terminus de chacune des lignes (sauf la 1 et la 14 évidemment !), on y trouve que des gens tristes, pauvres et moches...^^

La Crampe a dit…

Voir une symbolique sur l’exclusion dans le deuxième portique me paraît être une aberration.
C’est uniquement un outil de contrôle des zones. Après cela gêne bien sûr le fraudeur, parce qu’il y a deux « barrières ». Mais ne t’en fais pas, il repère vite les stations où il est possible de sortir plus facilement. Et puis de dire que le métro est pour les riches, tu n’as pas dû voir les gens qui le fréquentent, et pas seulement la ligne 2. Les riches ont un garage, avec une grosse voiture dedans ou se déplacent en taxi. Le métro c’est trop sale et dangereux pour eux.
Et puis, il y a banlieue et banlieue. La majorité des banlieusards que je rencontre ont CHOISI d’y vivre, au nom d’une pseudo qualité de vie et de l’envie d’un plus grand logement. Alors bien sûr, on ne parle pas des banlieues difficiles. Mais il est important de nuancer le propos aussi, beaucoup de gens se plaisent dans ces villes dortoirs plus mortelles que n’importe quelle bourgade de province, aussi hallucinant que cela puisse paraître. Et pour rien au monde ils habiteraient Paris : trop bruyant et stressant. Et c’est là que je me dis quel intérêt dans ce cas de vivre en banlieue ? La Province est bien moins chère et offre toute la nature et le calme déprimant qu’ils recherchent.