29 mai 2007

No place for M&M's !

Amira Behbehani

La Mort ! Je n'aime pas la Mort ! Je fuis la Mort ! Je n'arrive pas à faire face à la Mort ! Je suis pitoyable face à la Mort ! Je n'aime pas parler de la Mort ! La Mort ! Je suis obligé de faire le clown. Je suis obligé de plaisanter. Je suis obligé de dire des phrases que je regrette après. Navrant, je suis navrant ! Jusqu'à présent, j'ai été assez protégé face à la Mort ! La Mort avec un M majuscule, celle qui fauche ceux qu'on aime sur son passage… Quand j'étais jeune j'ai perdu mon arrière-grand-mère… Je ne m'en souviens plus trop… Je me souviens de ma mère qui avait de la peine, de mon frère qui pleurait mais moi je ne ressentais rien… Je ne savais pas quoi dire… Je n'avais pas vraiment envie de réagir… Je ne voulais pas entendre parler de la mort… Plus tard, ce fut la voisine de mes grands-parents en Bretagne… Une vraie bigoudène avec la coiffe et tout… Elle était gentille, elle m'aimait bien… Je crois que j'ai été triste, je crois que j'avais de la peine… J'ai été à l'enterrement… C'était glauque ! Il y avait que des vieux ! C'est la seule fois où j'ai été à un enterrement… Je n'aime pas les enterrements ! J'abhorre le noir ! Moi, j'aime le rose ! Puis, ce fut mon voisin de Reims, un vieux monsieur très gentil ! Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai rien trouvé de mieux à faire que de tenir des propos cyniques qui me font gerber quand j'y repense, de l'humour noir, encore plus noir que le corbillard qui l'a emmené jusqu'au cimetière…

Quand un ami me dit qu'il vient de perdre un être cher, je ne sais jamais quoi dire ! Je reste muet ! J'ai pas envie de ressortir la même chose que 90% des blaireaux : "toutes mes condoléances et blablabla" ! Je n'aime pas les formules convenues, les phrases toutes faites, les sentiments formatés… Et vu que je trouve rien à dire je ne dis rien ! C'est frustrant de ne pas savoir réagir dans ces situations là... Ne pas pouvoir être rassurant, ne pas savoir être réconfortant quand les personnes qu'on aime ont besoin de nous ! Ils doivent me considérer comme malpoli, comme égoïste, comme insensible, comme terriblement cynique… En fait, c'est juste que je vis dans un monde dans lequel la Mort et la Maladie n'ont pas leur place !

Face à la Maladie aussi je suis affligeant ! Je n'arrive pas à m'y intéresser ! Je connais des gens qui sont capables de parler pendant des heures de leurs problèmes de santé (ma mère la première…), de montrer de la compassion, de l'empathie pour des malades… Moi je n'y arrive pas ! Je trouve ça chiant, je trouve ça malsain, je trouve ça écoeurant ! Je crois que je suis en bonne santé et je n'imagine pas une seule seconde ne pas l'être ! Quand ma grand-mère a été malade ces deux dernières années, je n'ai pas pris une seule fois de ces nouvelles… Pourtant je l'aime ma grand-mère ! Et puis pareil avec C., mon copain depuis la maternelle… Une seule fois ! Une seule fois je lui ai demandé comment évoluait sa maladie… Et le pire c'est que ça m'a coûté de demander… Je craignais sa réponse, je craignais ma réaction… Je suis lâche face à la Maladie ! Je suis lâche face à la Mort !

Le pire c'est qu'au cinéma, je n'aime que les films où la Mort est omniprésente ! Si personne ne meurt, le film ne peut pas être un bon film ! Il faut que je pleure ! Il faut que je verse les larmes que je n'arrive pas à verser dans la vraie vie ! Il faut que j'éprouve de la compassion, de l'empathie pour des personnages à défaut d'en éprouver pour des personnes ! C'est terrible d'être aussi maladroit par rapport à quelque chose qui me dépasse ! Comme si fermer les yeux sur le Mort allait faire reculer la Mort ! Vous allez me dire qu'il vaut mieux avoir peur de la Mort plutôt que se complaire dans une existence morbide mais bon, au plus profond de moi, je ne suis pas sûr que ça soit la bonne solution… Ainsi, si la Mort est omniprésente dans mes nouvelles, c'est pour évacuer la Mort de la réalité, c'est pour que la Mort ne vivote que dans l'Art, dans le Cinéma, dans la Littérature… J'écris la Mort pour vivre la Vie !

Je redoute ma réaction quand j'apprendrai la mort de mes grands-parents ! Ça finira bien par arriver un jour ou l'autre (le plus tard possible sera le mieux !) et j'éprouverai de la peine, beaucoup de peine ! C'est sans aucun doute les membres de ma famille qui comptent le plus pour moi ! Et j'ai peur, j'ai peur d'être nul, j'ai peur d'être cynique, j'ai peur d'être incompris… J'ai peur qu'autour de moi on ne comprenne pas que ce cynisme est un bouclier contre la Mort, un bouclier contre le fini de la Vie ! Mon texte n'a ni queue, ni tête, ni début, ni fin… J'aime ce qui n'est pas fini ! J'aime ce sentiment de pouvoir profiter de manière illimitée (le cinéma, le restaurant chinois, emule…) et la Mort est un obstacle à ce sentiment, la Mort me rappelle constamment qu'on a qu'une vie, que le monde est une entité finie !

14 commentaires:

Amandine a dit…

Enfin un article qui parle de toi... ça commençait à manquer.
Je crois qu'on a tous + ou moins des réactions bizarres face à ... m&m

Si ça peut te rassurer je n'aime pas appeler mes grands parents bien que je les adore. Je déteste les entendre parler de leurs maladies...

Anonyme a dit…

Si la mort n existait pas ...la Vie aurait elle la m^eme saveur ?

Suny a dit…

après tout c'est plus facile de faire preuve d'empathie face aux choses qu'on connaît... la maladie ne te touche pas plus que ça parce que tu es en bonne santé, et en soi, c'est plutôt bon signe, non?
on ne peut pas non plus avoir de compassion pour tout et tout le monde. La mort et la maladie font partie de la vie, c'est triste mais c'est ainsi. Chacun y réagit à sa manière, et c'est vrai que pour la majorité des gens, on y réagit mal. Mais si tu le prends bien, franchement, je vois pas en quoi ça fait de toi quelqu'un d'horrible, ça veut juste dire que tu es plus porté vers la vie, que si la mort n'est pas insurmontable pour toi, alors les épreuves seront plus faciles...
je trouve que c'est plutôt une chance ;)

FredTheFrenchy a dit…

Réagir devant la mort n'est pas facile. Quand mon ami est mort, les personnes que j'ai le plus appréciées ont été celles qui ne me disaient rien ou presque, mais qui de par leur présence m'ont apporté un certain réconfort, la sincérité de leur douleur, la peine partagée et sans oublier la joie aussi de vivre car si la mort est la fin, elle ne doit pas l'être pour ceux qui restent en vie, même si le deuil, lui est inévitable.

comité-de-salut-public a dit…

Non, non, pas du tout, ce n'est pas maladroit. C'est clair, juste, émouvant et lucide. Et c'est tout à fait normal de ressentir ça...cette panique, cette angoisse devant le déclin, devant la fin.
Le cinéma, c'est ce qui met à distance par excellence, tu es très fin dans ton analyse: ça sert à ressentir par procuration.
J'ai un autre rapport à ça: ça m'angoisse tellement que j'ai choisi de l'affronter: je travaille avec des personnes malades, handicapées, très abimées, physiquement et mentalement.J'ai parfois vu des choses horribles, et j'en verrai encore. Mais j'ai choisi, et paradoxalement ça me plait: le plus important, c'est faire apparaitre de la lumière, parfois, dans les regards...
Merci pour ton honnêteté.

K.Lito a dit…

c'est beau ton texte sur la mort.

en pensant à tes morts de vieillesse, j'ai pensé à ceux morts du sida dans les années 90 et le côté valeureux, militant de ces morts là.

hinoku_@hotmail.fr a dit…

Très beau ce texte.
Aussi beau que son auteur, que je n'ai pas l'honneur de connaître dans la vraie vie. Pour info, je ne frequente pas la fausse vie, SecondLife par exemple.
A bientôt,
François

Dams a dit…

Je ne sais pas trop quoi dire pcq comme tu le dis la réaction face à la mort est assez difficile

burdigalaecosse a dit…

Là tu abordes un problème de société... de notre société. Car il y a des société qui afrontent la mort de façon beaucoup plus directe et franche - par exemple il y a la fête des morts au Mexique marquée par la présence de squelettes en tout coin, et ce jour-là est célébré comme une fête véritable; ou encore les traditions malgaches qui consistent à déterrer les morts régulièrement et à les ré-enselir dans un nouveau linceuil.

Je vois que tu parles de tes grand-parents. Je disais comme toi - et puis le jour où ça arrive tu ne t'y attends pas et tu n'as pas d'autre choix que de faire face!

broutilleuse a dit…

"J'ecris la mort pour vivre la vie" c'est tres beau ça!

Fernand a dit…

Face à notre impuissance devant la mort que peut-on, si l'on est sincère, opposer d'autre que le silence. La parole est dans ce cas souvent hypocrisie.
Au travers ce magnifique et trés juste post, on sent bien que ton silence n'est autre que le refus de l'hypocrisie. Tu est simplement digne et honnête Antoine ne change rien et surtout...VIE. La mort n'y songe pas trop, elle viendra bien toute seule et comme disait WOODY ALLEN"La mort c'est juste un mauvais quart d'heure à passer."
Pour ma part, je ne vais plus à aucun enterrement même de mes proches, je ne veux pas que le dernier souvenir de la personne soit celui d'une boite qu'on fait descendre dans un trou.

mélissa a dit…

amandine a raison enfin un article où l'on te découvre un peu!!!

T'es dur quand mm!!! les pauvres gens c'est pas de leurs fautes s'ils sont malades!!! faut pas nous enfuir dans la maldie mas aider les personnes malades soit pour les aider à guérir par ce que souvent la force des proches décuple la foreces des malades soit pour leurs faire vivre des moments apaisant et profiter d'eux s'ils doivent mourir!!!

c'est vrai aussi que devant la mort c'est difficile de réagir!!! mais il faut bien etre la!!! moi aux enterrements auxquels jai été à part pleuré j'ai pas fait grand chose mais il faut le faire, il faut y aller sinon on le regrettera !!
enfin voila mais t'as raison antoine moi non plus j'aime pas la mort et j'aimerais jamais perdre ceux que j'aime!!!

Va33 a dit…

Je vois que toi également tu es confronté à ça en ce moment !
Mais qu'est ce qu'ils ont tous, les copains, a tomber malades !!!

Anonyme a dit…

bof, j'ai pas une vie trépidante, je roule pas sur l'or, je sort pas avec une bimbo platinée, je suis pas intellectuellement supérieur vis a vis d'autres personnes, je suis pas ... je suis pas ...

et franchement, je m'en fout !

le monde tourne, la vie c'est inexistant, regardez, même celui qui est en train de lire (et moi par la meme occasion d'ecrire) passe a coté de la vie ... on la fuit, on l'evite et on se rassure avec "la mort", comme finalité ...

Mais MDR ! quand on sait qu'on existe dans 10% du visible, que 99% des questions de l'univers nous sont inpalpables, que le chien du voisin est peut être en train de se lecher les ... ah non il a fini :D
bref, y a pas a dire, je m'eclate, je vis, un jour ca s'arrêtera, et alors ? un nouveau mystere a explorer ou juste un retour a l'atome, voire le neant ?

pas d'idée préconcue, juste une reflexion sur soi-même et tu arrivera je l'espère, a la même conclusion que moi : profitons de la vie, pas parce que c'est "bien" mais juste parce que c'est dans ces moments la qu'on ne pense a rien d'autre qu'au plaisir que cela procure a l'instant présent ou l'on vit réellement sans s'en appercevoir






ou alors j'ai tout faux et il faut me pendre haut et court :D

©stf.up