18 mars 2008

Capillairement destructuré

Odilon Redon

Malgré la décision adoptée par la moitié de mon panel de lecteurs et de lectrices lors d'un précédent sondage, je ne m'étais pas coupé les cheveux depuis fin décembre. C'était pour moi une manière de résister à l'influence que peut avoir ma vie virtuelle sur mon moi réel. Malgré la tentation récurrente de mettre fin à cet obscurantisme capillaire, je laissais mes cheveux revivre, pousser tels qu'ils n'avaient pas poussés depuis plusieurs années. Ils commençaient à être longs, très longs. Et vu qu'ils sont raides, très raides, cela n'était pas du plus bel effet. Il fallait que je passe à l'action. Depuis plus d'un mois, j'étais obligé de faire taire chaque matin un épi prépondérant. C'est pourquoi, ce soir, en rentrant du Salon du Livre, j'ai pris mon courage et ma tondeuse à deux mains pour mettre fin à cette négligence capillaire. J'ai branché l'engin méphistophélique et le mit en action. Je le sentais glisser le long de mon crâne, pénétrer dans ma chevelure et ressortir libre et fier d'avoir accompli son devoir destructeur. Telle une force castratrice, il agissait en solitaire pour brimer la part d'innocence qui restait en moi. Autour de mon corps renaissant, les cheveux tombaient par petites touffes régulières. Je me sentais revivre. Comme si depuis plusieurs semaines, j'étais écrasé par le poids de ma coupe broussailleuse. J'allais dans tous les sens, tantôt à droite, tantôt à gauche. Je prenais le poil à la racine, je prenais le mal à son origine. Au fur et à mesure que je m'attaquais au sommet de mon crâne et en particulier à mon traditionnel épi, les mèches se réduisaient, rétrécissaient à vue d'oeil. M'escrimant face à mon reflet, je commençais à perdre patience. J'avais l'impression de passer la tondeuse dans le vide, de pédaler dans la semoule, de patauger dans une opération impossible. J'ai alors décidé d'attendre le retour de mon colocataire pour qu'il me prête main forte, qu'il achève le travail de boucher-coiffeur que j'avais entrepris. Malheureusement, après plusieurs essais infructueux, il dût également renoncer : la tondeuse ne voulait plus répondre, la tondeuse ne voulait plus me couper les cheveux, la tondeuse venait de s'émanciper. Il n'y avait rien à faire. J'étais condamner à errer comme une âme en peine; cheveux rasés devant, longs derrière, avec un épi sur la droite et la coupe de Matthieu Chedid sur la gauche...

Si vous avez un minimum d'imagination, vous devez déjà être en train de vous esclaffer en imaginant l'imbécile raté capillaire. Je suis désormais capillairement déstructuré, capillairement défiguré, capillairement ridiculisé.

6 commentaires:

soft drink a dit…

la tondeuse qui tombe en panne arrrrrrrrrghhhh!!! ça a été ma hantise pendant quelques années quand je me rasais la tête après que j'avais vu l'effet ridiculissime sur la coupe d'un de mes potes qui avait été obligé de venir chez moi avec une casquette pour que je lui redonne une tête "normale" héhé.

julie a dit…

Tu as raison, je suis pliée devant mon écran d'ordi...

Merci pour ce fou rire de bon matin ;)

Bisoux

dams a dit…

hahaha pas de chance. Ca m'est arrivé une fois mais g vite fait été demander secours à une tondeuse qui fonctionnait (après etre sortie avec une capuche sur la tete bien sur).

Amandine a dit…

:D
Et pourquoi donc n'y a-til pas de photo qui accompagne cet article :P

Amandine a dit…

Au fait mdr tu as réussi à ressortir "méphistophélique" XD

toli a dit…

je veux TE voir !