30 mars 2008

Quand Paris me sourit...

Henri Matisse

Cela fait quelques semaines que j'ai changé de trajet pour me rendre en cours. Jusqu'alors, je prenais la ligne 7 à la station Cadet, changeais à Gare de l'Est et m'engouffrais dans la 4 jusque Saint-Michel où il me restait encore une dizaine de minutes de marche jusqu'à la Sorbonne. Or, depuis peu, je prends la ligne 7 à la station Le Peletier vers l'autre direction. Je descends ensuite à Chatelet où j'entame alors quinze minutes de marche à pied. Ce quart d'heure est particulièrement jouissif. Il me permet de me sentir chaque jour un peu plus parisien, d'humer l'air saturé de la capitale, d'aérer mes poumons anesthésiés, de pratiquer un minimum d'exercice physique, de rêver aux milliers de possibilités qu'offre la vie parisienne et même de gagner cinq minutes de sommeil.

Souvent, de brutales rafales de vent me font frissonner lorsque j'enjambe la Seine. Pourtant, il semble impossible de ne pas se sentir transporté par la magie de Paris quand on traverse ce fleuve aussi sale que majestueux. Sa couleur blafarde au petit matin laisse lui donne un air fragile. Pourtant, je ne me lasse pas de voir le puissant cours d'eau venir se fracasser contre les piliers du Pont au Change puis, un peu plus loin, du Pont Saint-Michel. La Seine dégage quelque chose de sidérant. Elle fait partie intégrante de la capitale. Elle insuffle la vie, le mouvement dans Paris. Elle me donne envie de m'évader, de voyager. Mais elle me rappelle également que je me sens bien à Paris. Sans la Seine, Paris ne serait pas Paris.

Sans la scène, Paris ne serait pas Paris. C'est ce que je me dis tous les jours lorsque je sors de la bouche du métro, place du Chatelet, et que je me retrouve entouré de théâtres prestigieux. D'un côté l'élitiste Théâtre du Chatelet et, face à lui, le Théâtre de la Ville qui parvient à combiner démocratisation de la culture, programmation éclectique et spectacle réjouissant. Au centre trône cette étrange fontaine dont je ne sais rien. C'est quoi le Chatelet ? Son passé, son histoire ? Chaque jour, je passe de la rive droite à la rive gauche. Je quitte les quartiers bourgeois et sophistiqués pour rejoindre les arrondissements peuplés d'artistes et d'intellectuels (théoriquement).

Pendant mon quart d'heure de marche en direction du Quartier Latin, je peux contempler à loisir les mille merveilles qui m'entourent. Au loin, la Tour Eiffel, le pont Alexandre III, le Grand-Palais. Plus proche de moi, Le Louvre, Notre-Dame de Paris, la Conciergerie. Mais aussi l'Hôtel de Ville, les Palais de Justice, l'Hôtel-Dieu. Que serait Paris sans sa pléthore de monuments nationaux à l'architecture si particulière ? L'île de la Cité est traversée de part en part par des étudiants, des juristes et surtout des touristes. Peu importe l'heure à laquelle je passe, il y a toujours une longue file d'attente de touristes qui souhaitent découvrir les vitraux merveilleux de la Sainte-Chapelle. Matin, midi ou soir, des dizaines de policiers assurent la surveillance des tribunaux. L'île de la Cité est sans aucun doute le seul endroit dans Paris où leur présence est supportable.

Durant quinze minutes, j'observe les gens, guettant un sourire ou un regard d'une belle inconnue, riant intérieurement d'hommes dont je ne sais rien, me moquant gentiment de femmes à l'accoutrement ou à la démarche étrange, admirant un Paris polyglotte, un Paris multi-ethnique, un Paris de carte postale. Sur l'île de la Cité, le temps semble s'être figé il y a des années. Et seul les derniers albums sortis dans les charts dont la musique dégouline dans mes oreilles me rappelle que je suis bien en 2008; Midnight Boom de The Kills, A guide to love, loss and depression de The Wombats, New Grids de Coming Soon, Saturnalia de The Gutter Twins, This Gift de Sons&Daughters...

La pluie récurrente ces dernières semaines ne m'a pas empêché de faire ce petit périple hautement symbolique. Chaussé de mes fidèles mocassins ou d'une simple paire de Converse, je me fais une joie de fouler chaque jour le pavé ancestral qui me sépare du métro aux salles de cours sorbonnardes. Et, au milieu de deux giboulées, chaque rayon de soleil est accueilli comme une bénédiction. En espérant que les beaux-jours qui reviennent me rendront le trajet encore plus agréable, éclaireront chaque jour un peu plus les façades des centaines de beautés architecturales qui m'entourent, irradieront ma peau avide de soleil...


Paris n'a de beauté qu'en son histoire,
Mais cette histoire est belle tellement !
La Seine est encaissée absurdement,
Mais son vert clair à lui seul vaut la gloire.
[Paul Verlaine]

2 commentaires:

Va33 a dit…

Très beau post ;-)

Marc-Antoine a dit…

Et dire que bientôt tu feras tout ça en vélib'... et que nous aurons droit à une autre rubrique "paysages en mouvements"...