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08 août 2011

RIP


 Joaquin Sorolla

Je me l’étais appropriée un soir de février 2006. Kaiser Chiefs venait de livrer un concert grandiose au Bataclan. Grisé par la puissance de leurs rifs, excité par l’ambiance électrique, je m’étais élevé vers les airs pour saisir au vol  la serviette lancée en direction de la fosse par Ricky Wilson. Aucune contestation possible, la petite serviette blanche était désormais mienne. Telle une relique, je l’ai ramené chez moi, ai hésité plusieurs mois avant d’oser la laver puis j’ai décidé de l’utiliser de manière régulière : la serviette des Kaiser Chiefs étaient devenu ma serviette de voyage. Petite, douce, virginale, elle était la compagne idéale pour m’accompagner autour du monde. Elle massa mes cheveux à New York, elle me caressa le torse en Italie, elle me lécha les pieds à Amsterdam. Notre idylle était faite pour durer. Je n’éprouvais aucune jalousie lorsqu’il m’arrivait de la prêter à des amis hébergés sous mon toit car je savais que nos retrouvailles n’en seraient que plus fortes.

Et puis ce fut le drame, la séparation. En 2009. Alors que nous fêtions notre quarantième mois de passion dévorante. Dans une modeste auberge de jeunesse située en plein coeur de Prague, j’ai eu le malheur de la laisser négligemment posée sur mon lit après avoir pris une douche. C’était la dernière étape d’un trip en Europe de l’Est qui m’avait conduit à Bratislava, Vienne, Budapest et Cracovie. Elle était alors humide et légèrement odorante. Un peu ragoutante mais fidèle, toujours prête à exécuter mes mille volontés. Le Ténardier local, sorte d’agent du KGB anarchiste, décida alors de lui donner une nouvelle jeunesse en la passant à la machine à laver. L’intention était bonne, les conséquences irréparables. Comme s’il s’était agi d’un bébé échangé à la maternité, je ne me rendis pas tout de suite compte de la supercherie : la mythique serviette glanée au cours d’un des plus intenses concerts de ma vie avait été remplacée par un vulgaire drap de bain aux poils rêches et jaunis par le temps.

Désemparé, j’accordais néanmoins ma confiance à ce bout de tissu pour la fin du périple qui devait me mener vers Milan, Bergame et la Corse. Faute de mieux. A mon retour, j’avais deux solutions : me débarrasser de lui ou lui accorder une seconde chance pour me faire oublier ma belle petite serviette. Je lui ai alors imaginé un passé radieux. Et s’il avait été le premier à essuyer le corps rachitique de Franz Kafka ? Et s’il avait servi à dissimuler les premières toiles d’Alfons Mucha ? Et s’il avait vu grandir Milos Forman ou Milan Kundera avant leur départ pour les Etats-Unis ou la France ? Et s’il avait embrassé la longue chevelure de Pavel Nedved après chacun de ses matchs ? Il s’en suit une longue série de voyages au cours desquels il ne me trahit jamais, tant est si bien que je lui pardonnais les quelques petites traces indélébiles qui altéraient sa surface spongieuse.

Il connut son dernier voyage aujourd’hui. Après 10 jours sur les rails de France qui m’avait conduit au sud du Lubéron et au pied des Pyrénées, le malheureux rendit l’âme à Casteljaloux après trois jours de férias intenses. Son état avait commencé à empirer à Porquerolles, la crasse se faisait de plus en plus insistante. Mais ce n’était rien par rapport aux traces de rouille incrustées dans sa chair après que je l’ai posé, encore humide, sur un radiateur en fonte. Il n’était plus possible de le sauver. Il finit donc sa vie de globe-trotter dans une immense poubelle publique pleine de cadavres de bouteilles et de confettis décolorés. Fin tragique pour une serviette au destin épique.

20 février 2011

Benvenuti al Nord


Jeudi

Le départ fut douloureux. Ayant volontairement repoussé l’heure de mon départ, j’ai connu les 20 minutes les plus longues de ma vie pour aller d’Etienne Marcel à Porte Maillot. Je suis finalement arrivé quelques secondes à peine avant le départ de la navette pour l’Aéroport de Beauvais. Il aurait suffit d’une correspondance manquée pour rater le car et par extension l’avion. Je me décomposais au fur et à mesure que les embouteillages augmentaient pour sortir de Paris. Une fois sur l’autoroute, mon cœur cessait de battre la chamade malgré un ralentissement lié à des travaux peu avant Beauvais. Arrivé sur place en temps et en heure, je me suis empressé de me rendre aux portes d’embarquement, mon avion partant dans la demi-heure.

C’est alors que commence un véritable parcours du combattant, semé d’embûches et de rencontres étranges. Un premier homme contrôle la conformité des bagages à main, contrôle de la taille d’une part, mais également du poids, l’homme soupesant chaque valise avant d’annoncer « moins de dix kilos » ou « plus de dix kilos », la deuxième assertion conduisant le passager directement à la case départ : le desk d’enregistrement des bagages. Un second homme est chargé de vérifier les passeports. Il est fier de pouvoir dire bonjour dans toutes les langues mais peine visiblement à poursuivre la conversation, même en français. Un troisième homme surveille les portiques. Il retire ardemment ma ceinture, se moque de mon fromage qui pue, me raconte sa vie et m’invite à l’attendre à 23h heure à laquelle il termine. Je me demande combien de personne ont annulé leur voyage pour attendre un vigile de l’aéroport de Beauvais. Comme je bippe en passant sous le portique, un quatrième larron me fait la fouille au corps la plus vertigineuse de ma vie avant de me faire une analyse critique comparée entre Tron et Tron Legacy, le bougre ayant récupéré un vieux ticket de l’UGC des Halles dans la poche de mon jean. Enfin, la cinquième étape de ce fastidieux mais néanmoins réjouissant parcours fut une femme, elle s’empara de mon petit fromage de chèvre, le jeta à la poubelle avant de me consoler en me disant qu’il n’était pas perdu pour tout le monde et qu’elle irait le rechercher à la fin de la journée. Je décolle quelques minutes après, à peine remis de toutes ces émotions.

Arrivé à Verona avec presque 30 minutes d’avance, je me précipite vers la navette qui me conduit à la gare. Une fois mon billet pour Trento dans la poche, j’ai même le temps d’aller me sustenter avant le départ du train. Je me retrouve dans un McDonald’s qui fait également pizzeria et bar. J’y mange les plus infectes pizzas d’Italie entouré de clochards imbibés avant de rejoindre il binario 3. A l’arrivée, Joséphine m’attend à la gare.

Vendredi

Lorsque je me réveille le lendemain matin, le soleil est déjà haut dans le ciel. De ma fenêtre, j’admire les premières hauteurs des Dolomites qui m’entourent. C’est magnifique !  TRENTO est une petite ville anémiée par la fin de l’hiver dont le centre ville est merveilleux. Il suffit de s’asseoir à la terrasse d’un café sur la Piazza Duomo pour ressentir un plaisir inouï : le soleil chauffe ma peau, les dernières neiges au sommet des montagnes m’éblouissent, le café coûte un euro. Sur les principales rues qui s’échappent de la Piazza Duomo, les façades des palais sont entièrement recouvertes de fresques datant de la moitié du XVIème siècle, lorsque le prince-évêque Bernardo Clès demanda à la noblesse de réaliser des travaux pour que le Concile de Trente se tienne dans la ville. Après une première exploration pédestre de la ville, nous pénétrons dans le Castello del Buonconsiglio. Prestigieuse résidence des princes-évêques de Trento, le bâtiment est parfaitement conservé et possède notamment de remarquables plafonds peints, tous plus originaux les uns que les autres.
L’après-midi, je me rends seul à VERONA. Je déjeune face aux arènes, chez Brek, sorte de Flunch nord-italien qui offre un repas copieux pour un moindre prix. Commence alors une exploration de la ville au pas de course. Mon programme est chargé et j’ai bien l’intention de le tenir. Dans le train, entre Trento et Verona, j’ai réfléchi au meilleur trajet à adopter pour satisfaire tous mes désirs. Je commence donc par les arènes, la troisième plus grande d’Italie. Le lieu est désert et ne présente finalement que peu d’intérêt. Quelques photos plus tard, je continue mon parcours en direction de la Chiesa San Fermo. Certainement pas la plus belle église de Verona mais elle présente la particularité d’offrir une église inférieure romane et une église supérieure gothique.

Je me dirige ensuite vers la Piazza delle Erbe, la place la plus belle de Verona. Effrayé par le nombre de touristes s’agglutinant devant la Casa di Giulieta, je m’enfuis vers la Torre dei Lamberti avec la certitude de m’offrir un beau panorama sur les toits de la cité. Prendre l’ascenceur est un luxe coutant un euro pour les possesseurs de la Verona Card comme moi, je décide de m’en passer et entame la montée des 368 marches me séparant du sommet de la tour. L’ascension est pénible et semble interminable mais la vue sur la ville et ses alentours méritait ces efforts presque surhumains. Après avoir soufflé quelques instants, c’est avec hâte que je décide de reprendre mon circuit à travers les petites ruelles pavés de Verona. Je passe par la très belle Piazza dei Signori avant de m’introduire dans la Chiesa Sant’Anastasia, vaste église gothique aux apparats et aux volumes impressionnants.

Je me dirige vers le Duomo en longeant l’Adige, le fleuve qui coupe Verona en deux. Sur l’autre rive, j’aperçois le Teatro Romano, je m’engouffre sur le Ponte Pietra, pont d’origine romaine, dynamité par les allemands en 1945 avant d’être reconstruit en 1959 avec ses matériaux d’origine. Mais je ne traverse pas entièrement et rebrousse chemin en direction du Duomo à la façade prestigieuse. Je fais ensuite le choix d’aller voir la Chiesa San Zeno Maggiore dont le Routard me vante les vertus. Légèrement excentrée, elle m’oblige à marcher au pas de course pendant plus d’une demi-heure. Lorsque j’arrive à la porte, le gardien vient juste de tourner la clé scellant la fin des visites hebdomadaires. C’est meurtri, la rage au ventre, maudissant mon guide (ou plus exactement le guide de GF) aux informations erronées, que je me dirige vers le Castel Vecchio. Ma colère est de courte durée. Le château est impressionnant et renferme en son sein une belle collection de peintures italiennes dont la scénographie laisse songeur. Chevalets, murs de pierre, jeux de lumière, chaque œuvre est parfaitement mise en valeur. Coup de cœur pour La Crucifixion de Jacopo Bellini mais aussi pour les tableaux de Mantegna, Bellini (Giovanni, le fils), Carpaccio, Tintoretto…

Lorsque je sors du château, après avoir fait un tour sur les remparts médiévaux, la nuit est déjà tombée. Avant de rejoindre la gare pour reprendre le train vers Trento, je retourne à la Casa di Giulieta. La cour s’est vidée et je décide de pénétrer dans la fameuse maison où aurait vécu Juliette et où Roméo serait venu lui conter fleurette. La visite est sans intérêt et je prends donc le morose chemin de la gare, non sans avoir dégusté une glace à la Gelateria Savoia.
Le soir, je passe la soirée au Centro Sociale Bruno de Trento où est diffusé Le Départ de Jerzy Skolimowski, film belge en français sous-titré en italien. C’est donc confortablement installé dans un moelleux canapé en cuir que je découvre ce chef d’œuvre de la Nouvelle Vague avant d’effectuer une promenade nocturne sur les hauteurs de Trento. Les pavés trentiniens achèveront le travail commencé par les pavés véronais en martyrisant mes pieds. Je ne le sais pas encore mais je vais désormais boiter pendant une grosse semaine...

Samedi

Le lendemain, nous partons de bon matin pour PESCHIERA DEL GARDA, charmante petite bourgade au sud du Lac de Garde. Il fait un temps sublime. Lorsque nous arrivons, la ville est déserte. Après quelques photos au bord du lac, nous allons déjeuner dans un restaurant touristique. Le plaisir de manger en terrasse en admirant le Lac de Garde un 19 février est inversement proportionnel à la qualité de la pizza qui m’a été servie.

Après manger, nous nous éloignons des rives du lac pour nous enfoncer dans la ville. Toutes les boutiques de luxe sont fermées, comme lorsque j’avais été à Capri, mais derrière ces petites ruelles calmes, on devine l’agitation qui doit y régner les mois d’été. Après cette petite promenade, nous retournons sur les quais, désormais noirs de monde. Peschiera del Garda semble être le point de rencontre de tous les motards du nord de l’Italie. Nous nous prélassons au bord de l’eau limpide, profitant de chaque rayon du soleil, admirant les montagnes enneigées à l’horizon. Le calme est apaisant et nous repoussons notre départ pour Brescia dont nous n’avons eu que des échos négatifs de-ci, de-là. 
Finalement, en fin d’après-midi, alors que le soleil commence à se cacher, nous partons pour BRESCIA, ville industrielle peu réputée pour sa beauté. Pourtant, le centre historique ne manque pas de charme. De grandes artères commerçantes, des galeries voutées, des places impressionnantes comme la Piazza Paolo VI ou la Piazza della Loggia, c’est avec surprise et satisfaction que nous déambulons dans le cœur de la deuxième plus grande ville de Lombardie. Lorsque l’on s’assoit en terrasse pour boire un Spritz (cocktail typique du Nord de l’Iltalie), celui-ci nous est servi avec quantité de chips, de cacahuètes et même de la pizza. Nous hésitons à nous servir avant de faire honneur à cet antipasti.

Après cette petite pause reconstituante, nous continuons de déambuler à l’aveuglette dans les rues de la vieille ville quand nous sommes happés par la bourgeoisie bresciane entassée dans le Spazio Contemporeano, galerie d’art dont le vernissage offre des œuvres d’artistes majeurs de la scène internationale. Après ce moment insolite, la faim commence à se faire sentir et l’on se rend compte avec stupeur que nous n’avions vu aucun restaurant jusqu’à présent. Heureusement, alors que nous continuons de nous aventurer toujours plus loin dans la vieille ville, nous finissons par tomber sur des petites ruelles offrant de bonnes tables de droite et de gauche. Je suis fort tenté par le menu degustazione de Sapori e Sapore mais je propose que nous allions jusqu’au Castel Mella pour nous mettre en appétit. Nous voilà partis pour une ascension romanesque, escortés par un chat roux pas très farouche. Nous croisons même un chinois qui court dans la nuit juste avant de pénétrer dans le château. Ce dernier est entièrement ouvert. Il est possible de s’y promener de nuit en toute liberté, dans une obscurité presque effrayante.

Après avoir erré pendant presque une heure entre les remparts, nous décidons de retourner au fameux restaurant. Malheureusement, nous sommes éconduits faute de réservation. C’est donc avec tristesse que nous échouons dans un autre restaurant où nous nous retrouvons dans une cave, au milieu de la réserve de vin. Le cadre ne manque pas de charme, les serveurs sont sympathiques mais les portions sont restreintes. Après ce diner frugal bien arrosé, nous cherchons un bar pour boire un dernier verre. Faute de trouver le quartier animé de la ville, nous échouons au Fufibar, bar PMU-Lounge aux habitués très particuliers. Nous ne tardons pas à faire la connaissance de Fulvio, le tavernier qui règne en maitre sur les lieux, personnage haut en couleur qui nous raconte sa vie mouvementée (et dont nous avons depuis reçu une version pdf du premier tome de ses mémoires) en nous laissant comparer le Spritz de Brescia au Spritz de Venezia.

Dimanche

Après une nuit trop courte dans un hôtel trop bruyant, mes pieds doivent à nouveau battre le pavé italien. Malheureusement, le ciel bleu et le soleil radieux ont laissé leur place à d’immondes nuages et à une petite bruine désagréable. La journée commence avec la visite du Duomo Vecchio (ou Rotonde), ayant été terriblement frustré de n'avoir pu y rentrer la veille ; le lieu est insolite, presque unique dans le paysage religieux italien avec son architecture circulaire. Après s’être fait jeter de nombreuses églises (notamment le Duomo Nuovo et la Chiesa San Cristo) pour cause de liturgie et être passé devant les ruines d’un Teatro Romano assez pathétique, nous grimpons en direction du château pour en admirer de jour la superbe restauration. Notre chemin du retour nous emmène vers les quartiers populaires (pas vraiment "italiens" comme dirait notre ami Fulvio du Fufibar) et, après une petite halte à l'hôtel pour récupérer ma valise, nous nous rendons à la gare.

Nous prenons le train en début d’après-midi pour BERGAMO, petite ville fortifiée faisant face aux premières hauteurs des Alpes. Je connais déjà les lieux et c’est donc en connaisseur que je nous guide à travers les ruelles de la città alta.  Après nous être alimentés dans le seul établissement de la ville respectant la bière, nous nous sommes rendus sur la Piazza Vecchia avant de pénétrer dans la Cappella Colleoni et la basilique Santa Maria Maggiore en espérant pouvoir nous y réchauffer un peu. Malgré la beauté des lieux, le froid y règne en maitre et l'examen des fresques, bas-reliefs et autres tapisseries tourne court, n'ayant en plus aucun guide pour étayer la visite de détails croustillants.

Nous nous rendons ensuite dans une aile de la mairie mise à disposition de l'Accademia Carrara. Le fameux musée étant actuellement en travaux, certaines œuvres y sont exposées. Malheureusement, hormis la célèbre Vierge à l'enfant de Giovanni Bellini, le reste des collections présentées ne présentent que peu d'intérêt. Après ce petit intermède chauffé, nous nous aventurons dans de petites ruelles, loin de l'agitation de la rue principale, visiblement très prisée par les touristes en ce dimanche après-midi. Même si le temps pourri et le froid ne motivent pas à arpenter la ville, je retrouve le chemin de la Rocca, forteresse offrant une belle vue sur les toits de la ville et un panorama brumeux sur la campagne alentours.
A 19h, après avoir avalé une polenta e osei (spécialité pâtissière roborative de Bergame) et acheté un beau morceau d'Aurricchio Piccante, il est déjà temps de repartir. Anecdote à peine croyable, je suis arrivé chez moi à Neuilly avant Joséphine à Trento.

17 février 2011

Artichaut

 Gustav Klimt

Klemens Wenzel von Metternich disait que l’Italie était comme un artichaut qu'il fallait manger feuille à feuille. C’est donc dans l’optique de dévorer le plus de feuilles possible que je me suis décidé à passer trois jours et trois nuits dans le Nord de l’Italie (Trentin, Vénétie, Lombardie).

Retour dimanche soir pour le récit détaillé de mes pérégrinations.

13 novembre 2009

Berliner Mauer Fall

Sabine Franek

Antoine n'est pas (encore) à Berlin.

Antoine pose pour la première fois le pied sur une autoroute allemande.

Antoine ist (ein) berliner.

Antoine is drinking beer in West Berlin.

Antoine pense que Staline doit se retourner dans sa tombe en voyant des sponsors capitalistes sur les dominos symbolisant le mur de Berlin.

Antoine rêve des boucles d'oreilles Lego et des boucles d'oreilles Trabant du Flohmarkt !

Antoine a froid, très froid, et il est complètement trempé.

Antoine trouve les commémorations officielles à chier.

Antoine aime entendre huer Sarkozy à l'étranger.

Antoine is drinking beer in East Berlin.

Antoine est triste que seuls cinq toiles de Caspar David Friedrich soit visibles à la Alte Nationalgalerie.

Antoine is underground and LGBT-friendly in Kreuzberg.

Antoine a mangé quatre kebabs berlinois en 24 heures.

Antoine a passé 5 heures dans la Gemalgalerie pour seulement 4 euros.

Antoine est essoufflé après avoir grimpé quatre à quatre les marches de la Colonne de la Victoire.

Antoine trouve Berlin beaucoup plus sympathique avec du soleil.

Antoine apprécie le calme de Charlottenburg Schloss.

Antoine s'est fait contrôler deux fois en moins de cinq minutes dans le S-bahn.

Antoine vient de payer 200 euros un Berlin-Paris de nuit.

12 novembre 2009

28 septembre 2009

FlickR Pro

Après un mois de baisse d'activité, je retrouve mon compte FlickR et ses multiples fonctionnalités. Des dizaines de photos de mes vacances à découvrir de toute urgence dans une qualité exceptionnelle.

01 septembre 2009

31 août 2009

Bergam'haut

Nous arrivons en fin de matinée à l'aéroport de Bergame. Nous déposons nos bagages à la consigne puis nous prenons le bus en direction du funiculaire nous conduisant à la ville haute. La partie historique de Bergame est magnifique, uniquement constituée de petites ruelles pavés bordées de villas patriciennes du plus bel effet. Nous déambulons sereinement jusqu'à aboutir à la Piazza Vecchia, superbe place sur laquelle se dresse le beffroi et le Palazzo della ragione dans lequel les plus belles pièces de l'Academia Carrara – actuellement en travaux – ont été transférées. Malheureusement, nous sommes lundi, jour de fermeture hebdomadaire des lieux culturels de Bergame. Il nous sera donc impossible de voir la plus belle collection de Lorenzo Lotto du monde. Je suis évidemment déçu tant j'aurais aimé faire bisquer JM, Bergame étant l'une des rares villes de l'Italie du Nord manquant à son tableau de chasse.Heureusement, nous pouvons nous consoler avec les monuments religieux heureusement ouverts en ce dernier jour d'aout. De la vieille place, nous passons sans nous en rendre compte à la Piazza del Duomo où se trouve évidemment la cathédrale. Malheureusement, elle ne parvient pas à égaler le Duomo de Milan tant son architecture du 18ème siècle manque outrancièrement de charme. Trois autres monuments se dressent sur la place, le décevant baptistère, la basilique Santa Maria Maggiore et ses impressionnantes tapisseries et surtout la Cappella Colleoni, superbe chapelle de l'architecte Amedeo imbriquée dans l'édifice de la basilique.Après avoir mangé dans un petit restaurant de la ville haute (pas inoubliable mais pas aussi lamentable que les restaurants milanais) puis avoir dégusté une Polenta e Osei (la spécialité de Bergame, un peu étouffante à la première cuillère mais finalement assez goûtue) chez un artisan local, nous amorçons notre descente vers le vieux quartier de la ville basse et sa longue et sinueuse via pignolo. Nous pénétrons dans San Bernardino, Santo Spirito, San Bartolomeo, trois églises possédant une oeuvre de Lorenzo Lotto. D'ailleurs, la Vierge en majesté placée derrière l'autel de San Bernardino est tout simplement magnifique. Les rues sont vides, la chaleur étouffante mais finalement la promenade n'est pas si désagréable que ça tant le charme de la cité est évident.Après avoir mangé une glace – notre dernière glace italienne de l'été – sous le sentierone de la Piazza Matteotti, nous remontons vers la ville haute afin de nous mettre en quête la citadelle, Rocca, que nous avons été incapable de trouver en début d'après-midi. Après quelques hésitations, mon sens de l'orientation ne me fait pas défaut et nous finissons par fouler le sol du parc duquel nous profitons d'une vue magnifique sur la ville haute, la ville basse et les Alpes, la majestueuse chaine de montagne dominant Bergame et sa région. Le soleil m'empêche de prendre en photo les toits des palais anciens de la ville haute et je regrette ardemment que nous ne restions pas ici jusqu'au coucher du soleil tant je suis convaincu que j'aurais pu prendre quelques chefs d'oeuvre avant de rentrer à Paris.Effectivement, il est temps de retourner chercher nos bagages à l'aéroport et après avoir acheté des parts de pizza à emporter (délicieuses mais hors de prix ; nous déboursons plus de seize euros dans cette enseigne) et chercher en vain de l'aurrichio piccante, nous reprenons le bus pour l'aéroport où nous attend notre avion pour Beauvais. Un peu après 23h nous foulons le sol parisien après plus de trois semaines d'absence... C'est quand les prochaines vacances ?

30 août 2009

Corsicaaaaaa bonita

Lorsque nous arrivons en Corse, le soleil tape déjà fort au-dessus de nos têtes. De l'aéroport de Figari, nous arrivons vite à Porto-Vecchio et au camping de La Matonara. François redoutait depuis deux semaines le montage de la tente. Pourtant, je savais bien que rien ne pourrait me résister et certainement pas une vulgaire T2 Ultralight Pro de Quechua. En à peine plus de cinq minutes, la tente est montée et nous pouvons aller nous prélasser au bord de la piscine que nous ne quitterons qu'en début de soirée pour aller dévorer une assiette corse dans le seul restaurant pratiquant des prix abordables dans la ville haute de Porto-Vecchio. Après nous être imprégnés de l'ambiance un peu guindée, un peu snob qui règne dans la ville haute, nous redescendons vers notre camping où nous attendent nos duvets et notre tente. C'est la première fois de ma vie que je fais du camping. Et je crois que je me souviendrai toute ma vie de cette première nuit à l'atrocité indicible. Il fait une chaleur suffocante dans la tente. Son étroitesse nous oblige à être quasiment collés l'un à l'autre. Le sol est dur comme du béton (je n'ai pas de matelas ou de tapis de sol). Autant dire que je n'ai quasiment pas fermé l'oeil de la nuit. Et lorsque le jour se lève enfin, nous irons terminer notre nuit sur les chaises longues au bord de la piscine avec un bon bouquin (durant cette semaine, je lirai le remarquable L'oeuvre de Dieu, la part du Diable de John Irving, le facile et jubilatoire Partouz de Yann Moix et le surprenant et entrainant Dalva de Jim Harrisson).Cette première nuit aurait rapidement pu devenir monnaie courante. Adieu les longues nuit de sommeil récupérateur que nous espérions tant. Sauf que dès le deuxième soir, nous nous sommes rendu compte des vertus de l'alcool sur notre temps de sommeil. Retournés au même restaurant que la veille, nous nous sommes laissés tenter par une bouteille de vin. Puis de retour au camping, nous y avons dégusté une Pietra accompagnée d'un cigarillo. Jamais nous n'avons aussi bien dormi que lorsque nous étions complètement bourrés. Dès lors, l'alcool devient habituel au camping ; nous y boirons même l'absinthe achetée à Prague. D'ailleurs, lassés de payer des bières hors de prix au bar du camping, nous avons rapidement détourné les frigos du Leclerc situé à proximité. Chaque matin, François allait chercher son petit-déjeuner et en profitait pour glisser au frais une bouteille de vin pour notre déjeuner. Le midi, nous prenions notre petit fromage corse du jour, notre baguette et notre bouteille bien fraiche puis nous nous empressions de dissimuler des bières et/ou des bouteilles de vin dans le bac à mozzarella (di buffala ! Ah ah ah) ou derrière les apéricubes. Et le soir, en allant chercher notre diner, nous n'avions plus qu'à prendre nos boissons prêtes à être bues avec passion.Le gros problème de notre camping c'est qu'il n'y a pas de plage à proximité. Comme nous n'avons pas de voiture, la proximité des commerces (et du Leclerc notamment) était pour nous une donnée à ne pas négliger. Mais jamais je n'aurais imaginé que les plages les plus proches puissent être à quatorze kilomètres alors que nous n'étions qu'à quelques minutes de la mer. Pour compenser, un service de navettes était mis en place. Nous nous sommes donc plié aux dures lois des horaires à respecter en direction de Santa Giulia ou de Palombaggia (l'une des plus belles plages d'Europe). Et puis, le troisième jour, nous avons décider d'aller à Bonifacio. Pourtant, au retour, nous avions une demi-heure à tuer avant le passage de la navette. C'est alors que j'ai proposé à François de faire du stop avec, à la clé, une économie de huit euros par personne. Et ça n'a pas manqué, une dizaine de minutes plus tard, un jeune fumeur de pétards (et pêcheur sous-marin à ses heures perdues) nous fait monter dans sa voiture en direction de Porto-Vecchio. Dès lors, nous prendrons l'habitude de faire du stop une demi-heure avant le passage de la navette (afin de ne pas rester en plan en cas d'échec). Mais il faut bien reconnaître que nous avons eu pas mal de succès (ne serait-ce que les regards amusés des passagers des voitures ne s'arrêtant pas !^^) et fait des rencontres assez surprenantes et plutôt amusantes. Jamais je n'aurais imaginé que le stop était aussi en vogue sur l'île de beauté.Le dernier jour, nous décidons d'embarquer dans un bateau proposant de remonter la côte de Porto-Vecchio à Bonifacio puis de rentrer en s'arrêtant dans les îles Lavezzi et les îles Cerbicales. C'était une croisière sensationnelle tant l'équipage était complètement allumé. De blagues foireuses en accent corse caricatural, on peut dire qu'on ne s'est pas ennuyé une seule seconde durant la traversé. D'autant plus que la traversée en question fut clairement agitée. Des creux de deux ou trois mètres faisaient valdinguer le bateau (et le petit-déjeuner servi à bord dans nos estomacs). Rapidement, nous nous sommes retrouvés seuls à la proue du bateau, trempés mais ravis, avides de sensations fortes malgré les recommandations de l'équipage.Après avoir revu Bonifacio (que j'adore inconditionnellement malgré les stigmates laissés par ces rochers sur mes fesses, mes bras, mes pieds), nous faisons demi-tour en direction de l'île Lavezzi. A midi, après notre premier bain au milieu d'un nuage de poissons agglutinés entre eux, nous dévorons notre déjeuner servi dans le bateau. Taboulé aux fruits de mer, soupe de poissons, pâtes au pesto, salade de fruit, le tout arrosé d'un apéritif, d'une bouteille de rosé de Saint-Antoine (j'aime pas le rosé !) et d'un digestif à la myrte (hummm... trop bon !). Après ce repas, le bateau nous dépose sur l'île, une réserve naturelle protégée assez jolie. Nous nous y baignons, nous nous y prélassons, nous nous y photographions. Et il est déjà l'heure de repartir en direction de notre bateau, non sans avoir préalablement replongé parmi les poissons omniprésents sous la coque du bateau.La suite de la traversée est paisible. Le soleil chauffe nos corps allongés à la proue du bateau. Le voyage est agréable, reposant, inespéré compte tenu de la traversée de la matinée. Un dernier arrêt baignade aux îles Cerbicales et nous rentrons au port, éreintés et ravis par cette ultime journée en Corse qui a néanmoins le goût amer des fins de vacances. Le lendemain matin, à l'aube, nous replions la tente et nos duvets dans la pénombre avant de nous envoler vers Bergame, sympathique intermède avant le redouté retour à Paris et sa morosité ambiante.

23 août 2009

Una citta fantomatica

Vers deux heures du matin (et oui, il faut presque une heure pour rejoindre le centre de Milan depuis l'aéroport de Bergame), nous arrivons à la gare de Milan. Heureusement, notre première auberge n'est pas trop loin. Lorsque nous arrivons sur place, il s'en dégage une atmosphère assez étrange. Loin des auberges classiques, on a clairement l'impression d'être tombés dans un hôtel de passes. Et ce n'est pas la vieille femme débraillée qui vient nous ouvrir qui nous permet de changer d'avis. Un sein à l'air et les cuisses écartées sur le lit lorsque nous sortons de la douche, autant dire que le lieu est plutôt louche et ce n'est pas la chaleur accablante qui arrange les choses. Pourtant, ce n'est rien par rapport à notre deuxième auberge. C'est l'auberge la moins chère de Milan. Mais on a vite compris pourquoi. Il nous a fallu faire deux changements d'une sorte de RER maudit (un toute les trente minutes, le dernier à 20h53) pour arriver dans le quartier d'Affori. Et sur place, le lieu semble hanté. C'est un ancien hôpital psychiatrique, l'ex Ospedale Psichiatrico Paolo Pini. Et peu de rénovations ont dû être faites depuis. A mon avis, il faut être fou (ou bien carrément fauché) pour aller dans cette auberge.Mais ce petit soucis de logement ne nous coupe pas dans notre élan et, aux environs de midi, nous nous lançons à la conquête de Milan. Première difficultés, où manger ? Toute la ville semble fermée. Les trattorie sont fermées, les pizzerie sont fermées, les tavole calde sont fermées, il ne reste d'ouvert à Milan que les pièges à touristes. Et malheureusement nous n'y échapperons pas. De la bouffe infâme à des prix exorbitants. Heureusement que les musées et les monuments parviennent à compenser l'horreur de notre alimentation et le désespoir qui règne dans les rues de cette ville-fantôme. La Pinacoteca di Brera, le Castello Sforzesco méritent le détour pour leurs oeuvres uniques de la Renaissance Italienne. La Galleria Vittorio Emmanuele est presque aussi belle que celle de Naples (mais le Mc Do y est intolérable). Et même si la Scala est très décevante extérieurement (sans parler de notre détour inutile par San Siro), le Duomo parvient à lui seul à justifier notre passage par Milan. C'est clairement l'un des lieux les plus magnifiques du monde. La luxuriance, l'exubérance de son toit – admiré à l'heure où le soleil se couche derrière la ville – mérite que l'on s'y attarde encore et encore. Milan, comme toute ville italienne qui se respecte, brille également par ses églises telles que San Lorenzo ou San Ambrogio mais aussi ces glaciers, le fameux Grom (conseillé par JM) qui nous a réveillé les papilles anesthésiées par les horreurs avalées jusqu'à présent.Néanmoins, c'est sans grand regret que nous quittons la ville pour nous envoler vers la Corse où nous allons (théoriquement) pouvoir reprendre des forces après avoir couru de droite à gauche pendant presque deux semaines.

20 août 2009

Praha, Praze, Prahou, Prahy

Le voyage a été dur. Impossible de fermer l'oeil de la nuit. Une chaleur insoutenable. Un bruit permanent. Une couchette dure comme du béton. C'est pourquoi l'arrivée à Prague fut perçue comme une bénédiction. Nous ne savions pas encore ce qui nous attendait. Aucune carte dans le Routard. Nous tentons donc de rejoindre notre auberge, normalement située pas trop loin, à pied après avoir repéré les grands axes que nous devions suivre. Pourtant, arrivés au Vaclavské Nam, je ne peux m'empêcher de descendre la rue, au mépris de l'itinéraire préalablement choisi. Et ensuite, c'est la débandade. Pendant 1h30, nous foulons le sol praguois, sans aucun moyen de nous repérer. Nous demandons notre direction à des policiers ou des passants. Aucun ne semble connaître Karlovo Namesty. Les avis divergent, les indications s'opposent. Jusqu'à ce que l'on demande à une petite vieille – annonant "Jacques Chirac" dès qu'elle a su que nous étions deux frankusky – qui, après nous avoir proposé de nous y accompagner, a fini par nous expliquer voyant qu'elle marchait nettement moins vite que nous. Une fois nos bagages déposés et nos corps lavés, nous nous sommes mis à arpenter les rues praguoises. Comme nous avions trois jours – au lieu de deux dans nos précédents lieux de villégiature – nous avons pu davantage prendre notre temps. Et il faut bien reconnaître que la ville garde en son sein un certain nombre de merveilles, de la Staromestske Nam et sa fameuse tour astronomique à son quartier juif, « aux cendres encore brulantes ». Malheureusement, ici, la kippa donnée (louée) est nettement moins sexy qu'à Cracovie.Bien que les prix des restaurants soient bien plus élevés qu'en Hongrie ou qu'en Pologne, nous y avons passé beaucoup de temps (notamment au Mlejnice et ses spécialités de pommes de terre, notre cantine praguoise), à dévorer de bons petits plats, abreuvés de Pilsner, de Gambrinus, de Staropramen ou de Velkopopovicky Kozel. Et c'est donc le ventre lourd que l'on a visité le Musée Mucha (pas inoubliable), le Galerie Nationale d'Art Moderne (Veletrzni Palac : sensationnel !) ou encore le château et ses différentes composantes : la Cathédrale Saint-Guy, la Basilique Saint-Georges, l'Ancien palais royal et enfin, la Ruelle d'or au charme certain malgré son flot incessant de touristes.Le dernier jour, nous avons même loué un pédalo afin d'avoir de nouveaux angles de vue sur le Karluv Most ou encore le château, espérant retrouver les mêmes sensations de folie que sur notre bringo hongrois. Malheureusement, il faut bien reconnaître qu'un pédalo est nettement moins amusant qu'un bringo et que la chaleur qu'il faisait ce jeudi-là était particulièrement éprouvante. Le jeudi est également le jour de notre départ vers d'autres horizons, en l'occurrence l'Italie et sa « capitale de la mode » : Milan. Pourtant, on a bien cru ne jamais arriver à Milan. Lorsque nous arrivons à l'aéroport, nous touchons du bois. Pas de problème lors de l'enregistrement comme à l'aller. Jusqu'à la dernière seconde, nous avons cru qu'aucun incident ne viendrait troubler notre voyage. Lorsque les portes se sont ouvertes et que nous sommes montés dans la navette, nous avons vraiment cru que nous allions décoller à l'heure. Pourtant, à peine étions nous installés dans la navette devant nous conduire jusque l'avion qu'un message nous informe que nous devons retourner dans le terminus. Une trentaine de minutes s'écoulent avant que le mot maudit s'affiche sur l'écran : CANCELLED. Je peste. Je fulmine. Je regarde ma montre. 19H30. Avec un peu de chance, on peut peut-être avoir un train de nuit nous permettant d'arriver le lendemain matin à Milan. Heureusement, après trente minutes de tractations, nous apprenons que l'avion décollera à 23h. Soit quatre heures de retard. Et pour se faire pardonner, Sky Europe nous offre 180 couronnes (7 euros) à dépenser dans le self de l'aéroport ; indéniablement le plus mauvais repas de notre séjour.

16 août 2009

Trois Pierogi à Cracovie

Avant même d'arriver à Cracovie, nous avons eu le droit à une escale dans la gare de Katowice, grosse ville industrielle à une centaine de kilomètres de Cracovie. C'est tout simplement la gare la plus horrible que j'ai vu dans ma vie. Dès 4h30 du matin, nous avons été accueilli par une odeur rance de tabac mêlée à celle du kebab, pris d'assaut par des militaires prépubères. Dans cette gare, on vent les cigarettes et les biscuits à l'unité et déjà un dimanche à 4h30 du matin il y règne une agitation et une vie impossible à imaginer. C'est alors que nous avons connu le trajet le plus exotique de notre séjour. Il faut savoir que le train reliant Katowice à Cracovie met plus de deux heures à parcourir les cent kilomètres qui séparent les deux villes. Ce fut deux heures infernales (avec son lot d'alcooliques tournant à la bière à 5h du matin, fumant cigarette sur cigarette, la tête penchée par la porte du wagon grande ouverte sur la voie, retenant à intervalle régulier un début de vomissement archi-dégueulasse), surtout lorsque j'eus une envie pressante d'uriner. J'ai dû faire une dizaine de wagons avant de trouver des toilettes acceptables. Soit la porte était arrachée, lacérée, démontée, défoncée. Soit un tas de merde dépassait de plusieurs centimètres au-dessus de la cuvette des chiottes. Soit le sol était recouvert d'une couche de trois centimètres de pisse, jaunâtre et odorante. Soit des kilomètres de papier avait été déroulés sans aucun soucis artistique, condamnant ad vitam eternam l'usage des cabinets. Autant dire qu'après ce premier aperçu de la Pologne, nous redoutions notre arrivée en gare de Cracovie où Maxence nous attendait déjà.Fort heureusement (ou pas), Cracovie est une ville touristique d'une propreté impeccable. Après être passé nous laver et nous sustenter à notre auberge de jeunesse située sur la grande place Rynek Glowny face à la Halle aux draps (Sukiennice) et au Beffroi de l'Hotel de Ville (Wieza Ratuszowa), nous pouvons arpenter les rues de la ville de Krak. Une petite ville vraiment sympathique, très agréable. Ayant la chance (ou pas) d'y arriver un dimanche matin, nous pouvons ressentir toute la religiosité du lieu. Les églises (nombreuses) sont combles, les polonais se pressent pour prier et communier avec Dieu. Après avoir été refoulés de plusieurs messes (le style sandalette adopté en raison de la chaleur étouffante n'était visiblement pas acceptable pour le grand barbu qui nous regarde de là-haut), nous décidons d'aller nous immerger dans le quartier juif dont on peine à voir aujourd'hui les stigmates des ghettos voulus par les nazis. Cela étant dit, je regrette quand même de pas avoir continué notre promenade sur l'autre rive de la Vistule, jusqu'à l'usine de Schindler encore visible aujourd'hui. L'un des moments les plus drôles – et les plus infamants, je vous le concède – de la journée fut la Kippa Cabana Party dans le vieux cimetière juif de Cracovie qui nous a offert de belles photos grâce à ma kippa turquoise et la kippa rose de Maxence. Il fallait bien ça pour se remettre de la visite d'une demi-douzaine de synagogues plus ou moins belles et intéressantes (à voir absolument : la Synagoga Tempel).Après avoir mangé des dizaines de pierogi (à la viande, aux pommes de terre&fromage, aux fruits, aux champignons&chous...) carrément délicieux pour quelques zlotys à la Kuchnia u Doroty, l'adresse à découvrir absolument dans le quartier juif, nous décidons de prolonger notre découverte de la ville en retournant au Château Royal (Zamek Krolewski) et à la Cathédrale gothique de Wawel (Katedra Wawelska) avant de redescendre la butte par la Caverne du Dragon (Smocza Jama) où le roi Krak, le fondateur de la ville, avait vaincu le dragon au septième siècle. Pas forcément un passage inoubliable mais cela nous a permit de comprendre pourquoi il y avait autant de peluches en forme de dragon en vente à chaque coin de rue. La fin d'après-midi approchant, nous décidons d'aller jeter un coup d'oeil à Nowa Huta, une ville voulue par Staline à l'architecture... stalinienne. Un détour de quelques kilomètres pas forcément exceptionnel pour ne pas dire complètement inutile tant il est difficile d'accepter que les rues furent débaptisées et que les noms des hauts dignitaires soviétiques furent remplacés par des noms de membre du Solidarnosc ou du gouvernement américain. Quelle tristesse !Le soir, nous irons manger au Festival de pierogi de Cracovie. Quelle aubaine ! Les meilleurs cuisiniers de pierogi de toute la Pologne étaient venus se presser pendant trois jours afin de remporter le titre. Le festival touchant à sa fin, il ne reste plus grand chose. Mais pour quelques zlotys, nous repartons avec nos assiettes pleines de victuailles, accompagnés d'une bonne petite Zywiec, l'une des meilleures bières bues durant notre périple. Avant d'aller me coucher (après avoir raccompagné Maxence à la gare repartant en direction de la Slovaquie), je me tente un petit chien fou : vodka grenadine – inbuvable ! - ainsi qu'une cigarette locale : une Viceroy – infumable !Le lendemain, nous prenons le bus à l'aube en direction d'Oswereic, nom polonais pour désigner la ville mondialement célèbre d'Auschwitz. Nous pénétrons dans l'horreur des camps. Auschwitz I puis Auschwitz II (Auschwitz-Birkenau). La visite guidée se révèle un peu ridicule tant les ficelles pour tirer quelques larmes aux visiteurs sont grossières mais elle permet d'humaniser un peu la visite du camp. Difficile de décrire les sensations qui accompagnent la déambulation dans le plus grand camp nazi où 1,5 millions de déportés juifs, tziganes ou résistants périrent de 1940 à 1945. On a beau avoir vu et revu des images, des films, des documentaires sur les atrocités commises dans l'enceinte du camp, je dois bien reconnaître que j'ai passé cinq heures avec un pincement au coeur et une boule dans le ventre (même si une telle visite fait également frémir le gestionnaire que je suis tant l'organisation nazie était tout bonnement impressionnante !^^).
Le soir, nous retournons manger à la « Cuisine de Dorota » où je déguste une spécialité maison (un vrai délice !) et François s'enfile deux assiettes de pierogi. Au moment de payer, nous nous rendons compte qu'il ne nous reste plus assez de zlotys. Heureusement, un couple de français nous dépanne de 12 zlotys (moyennant quelques euros) puis nous reprenons le train couchette pour Prague, ultime étape à l'Est.

14 août 2009

Plus Pest que Buda

Impossible de trouver un distributeur dans la gare de Budapest. Impossible donc de prendre le dernier métro en direction de notre auberge. Nous voilà contraint de faire le trajet à pied à travers des quartiers pas forcément rassurants où les night clubs entourent les kebabs, un environnement presque pire que Gare du Nord à Paris. Arrivé à notre auberge, le choc est rude. J'ai l'impression de revivre mes pires nuits en auberge à Rome. Un vieil appart miteux tenu par des gens entravant que dalle à l'anglais. A peine arrivé, malgré l'heure tardive, nous ressortons déjà pour aller fumer une clope sur le Pont des chaînes (le premier pont construit sur le Danube dont l'architecte s'est suicidé après s'être rendu compte que les statues de lions sur le pont n'avaient pas de langues...) et siroter une bière à 250 florins (1 euro) devant la basilique Saint-Etienne, superbe édifice à proximité de l'auberge et de Godor, rendez-vous des jeunes soiffards de Budapest.Le lendemain, nous avons une fois de plus un programme chargé. Escalade à pied (pas de funiculaire pour les vrais gars) des collines de Buda pour aller au pied du Palais royal, de l'église Saint-Mathias, du Bastion des pêcheurs (sorte de Montmartre hongrois) et du labyrinthe attrape-touriste situé dans les catacombes creusées dans la colline. La pluie commence à devenir de plus en plus forte quand nous décidons de rejoindre à pied l'île Marguerite (Margit Sziget). Une fois sur place, nous ne pouvons résister au bringo, superbe véhicule deux places nous permettant de faire le tour de l'île (et un paquet de conneries) en moins de trente minutes. Après avoir bien transpiré malgré le mauvais temps, nous nous dirigeons vers une petite adresse recommandée par le routard, le Pozsonyi Kisvendeglö. On s'explose littéralement la panse pour trois fois rien et nous ressortons de table saoulés (à moins de un euro de grand verre de vin, pourquoi se priver) et repus (achevé par les palacsinta (crêpes hongroises) et les gnocchis au pavot servis dans des quantités impressionnantes). C'est donc lourdement que nous nous dirigeons vers le Bois de la ville (Varosliget) renfermant entre autres le Musée des beaux arts (abritant des collections si impressionnantes qu'on a bien cru ne pas réussir à aller au bout avant la fermeture), les bains Széchenyi, la roue du temps, la Place des héros (Hosok ter)... Après avoir glandé au soleil enfin revenu, nous prenons le métro de Budapest (le premier d'Europe, au bruit assourdissant) pour retourner à l'auberge avant de nous presser au Szimpla, bar alternatif absolument dément où la bière et le tokaji coule à flot. Un peu ivres, nous nous promenons dans le centre du Budapest où l'on nous propose ouvertement des putes (big tits, tight pussy, tout ce que j'aime !). L'alcool aidant, nous essayons nos bases de hongrois. J'aime le hongrois. C'est une langue qui se prononce comme elle s'écrit. Et savais-tu que c'était la seule langue pas indo-européenne en Europe ? Incroyable non ? Encore une bière (Arany Aszok, Dreher, Soproni et même une Lowenbrau, bière allemande perdue en Hongrie) et une clope et hop au lit !L'acmé du voyage, le point d'orgue du périple, le moment tant attendu qui justifie à lui seul le déplacement à Budapest n'est autre que le Szoborpark où les autorités hongroises ont déposé les anciennes statues communistes de la ville après la chute de l'URSS. Une bonne occasion pour poser avec les plus grands, mes maitres spirituels, Marx, Engels et Lénine. Un peu déçus qu'aucune statue du vénérable Staline n'est été conservée mais bon, c'est avec un plaisir évident que nous avons posé avec ces hommes fringuant, figures de proue du socialisme old school que les pays que nous traversons semblent renier. Après cette immersion dans un temps désormais révolu, nous retrouvons le Budapest d'aujourd'hui avec son Parlement tout simplement magnifique et ses petits restaurants copieux (Csarnok Hall, deuxième adresse de choix à Budapest). Malheureusement, à cause de notre SNCF franco-française et de la limite intellectuelle de ses guichetiers* qui osent nous vendre des Vienne-Katowice pour faire Budapest-Cracovie, nous sommes obligés de repartir pour Vienne en fin d'après-midi, la rage au ventre tant nous aurions aimé prolongé nos adieux à la Hongrie et aux hongroises.

* : Je tiens à préciser qu'il existe des trains directs entre Budapest et Cracovie et que mieux encore, il existe des cars faisant le trajet pour trois fois rien. Autant dire que j'ai regretté d'avoir aussi bien préparer à l'avance ce voyage (rires).

12 août 2009

(Ad)Vienne que pourra

Vienne et Bratislava sont les deux capitales les plus proches du monde. A peine quarante kilomètres les séparent, soit une heure de train. Ayant réservé une auberge près de la gare, je m'attends à pouvoir déposer nos bagages à peine descendu du train. Malheureusement il y a plusieurs gares à Vienne et les trains de Bratislava n'arrivent pas à WestBahnhof. En fin de matinée, nous sommes enfin sur le pied de guerre. Au programme, la visite du château des Habsbourg (de l'impératrice Sissi notamment). Sur le plan, il suffit de remonter la Mariahilfer Strasse. Jamais je n'aurais imaginé que cette rue puisse être aussi longue. Presque une heure de marche pour rejoindre le château, un château qui est tout bonnement immense, sans parler du parc (Schlosspark schönbrunn) que nous avons arpenté en long, en large et en travers. Nous y passerons toute l'après-midi, au prix d'une visite audioguidée hors de prix. Nous rejoignons ensuite le centre-ville (en métro). Après avoir siroté un cocktail dans un bar branché de la capitale, nous nous mettons en quête des constructions d'Hundertwasser, un architecte et artiste que j'apprécie particulièrement. Et il faut bien reconnaître que les appartements que constituent la Hundertwasserhaus ont vraiment de la gueule, sans oublier les toilettes de l'art moderne dans le plus pur style d'Hundertwasser. Le soir, je m'enfile quelques bières (des Gosser et même une Shlossgold, une bière sans alcool achetée par erreur !^^) et une bonne grosse saucisse autrichienne (tandis que François jeûne, pas vraiment séduit par la gastronomie végétarienne viennoise) avant de rejoindre l'auberge.
Le lendemain, à l'aurore, nous nous attaquons au Kunsthistoriches Museum, un des plus beaux musées du monde. Autant dire que, comme JM quelques semaines avant moi, je marche sur les pas de Thomas Bernhard. Surtout qu'en sortant du musée, nous nous retrouvons devant le Rathaus puis le Burgtheater, ce dernier ayant été longuement vilipendé dans l'œuvre de cet auteur autrichien que j'adore. Après ce petit passage dans l'univers bernhardien, nous découvrons les coulisses du Parlement autrichien (où la guide s'offre un parallèle assez intriguant entre le royaume de l'Autriche-Hongrie du début du siècle et la création européenne). Puis, nous déambulons dans les rues du centre-ville (assez charmant) où nous pouvons admirer la cathédrale. Malheureusement (d'autant plus que je regrette infiniment de ne pas avoir pu aller au Belvedere), il est déjà l'heure de rejoindre notre prochaine destination : Budapest. Et c'est là que nous rencontrons une terrible déconvenue. Il faut savoir qu'un aller-retour en train entre Vienne et Budapest coûte 70 euros. Autant dire que cela représente une coquette somme pour deux jeunes étudiants comme nous. Nous avions donc projeté de faire le trajet en bus, bien moins onéreux. Pourtant, quand nous arrivons à la gare routière, nous apprenons que celle-ci est en rénovation et personne n'est capable de nous informer sur le nouveau lieu de départ. La rage au ventre, nous retournons à notre point de départ, la Westbahnhof où nous prenons le train hors de prix pour Budapest. Trois heures plus tard, nous foulons le sol hongrois.